Le pape François a lu une lettre en forme de mea-culpa, publiée en sept langues, disant qu’il est essentiel que toute la communauté des fidèles, et pas seulement le clergé, se mobilise dans les affaires de pédophilie secouant l’Église.

Scandale de pédophilie aux É.-U.: le pape hausse le ton

CITÉ DU VATICAN — L’énorme scandale de pédophilie, révélé la semaine dernière au sein du clergé catholique aux États-Unis, a une nouvelle fois contraint le pape François à hausser le ton devant ce fléau qui n’en finit pas d’ébranler l’Église.

Une enquête des services du procureur de Pennsylvanie publiée la semaine dernière a mis au jour des abus sexuels, couverts par l’Église catholique de cet État américain, perpétrés par plus de 300 «prêtres prédateurs» dont ont été victimes au moins 1000 enfants.

«Bien qu’on puisse dire que la majorité des cas appartient au passé [...] nous pouvons constater que les blessures infligées ne disparaissent jamais, ce qui nous oblige à condamner avec force ces atrocités», a affirmé le pape dans une lettre au «Peuple de dieu», donc à tous, diffusée lundi par le Vatican.

«Il est urgent de réaffirmer une fois encore notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables», a souligné le pape argentin.

Il y a trois jours, le Vatican avait exprimé déjà sa «honte» et sa «douleur» à la suite de l’enquête américaine, mais lundi, le pape François a évoqué les responsabilités passées et futures de l’Église catholique.

«Considérant le passé, ce que l’on peut faire pour demander pardon et réparer du dommage causé ne sera jamais suffisant. Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas, mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées», assure le pape.

Il est essentiel, ajoute-t-il, que toute la communauté des fidèles, et pas seulement le clergé, se mobilise, écrit-il ainsi dans cette lettre en forme de mea-culpa, publiée en sept langues.

«Un crime, pas un péché»

Dans un message audio accompagnant la lettre du pape, Greg Burke, porte-parole du Vatican, souligne le fait que François considère les abus pédophiles comme des «crimes».

«Il est significatif que le pape qualifie ces abus de crimes et pas seulement de péchés et qu’il demande pardon», a-t-il dit.

Le porte-parole a également insisté sur l’universalité du message du pape.

Cette lettre concerne «l’Irlande, les États-Unis, le Chili, mais pas seulement», dit-il. «Le pape François a écrit au Peuple de Dieu, ce qui veut dire à tout le monde», a ajouté M. Burke.

Le pape est attendu les 25 et 26 août en Irlande, où il sera confronté à l’histoire des scandales liés à des sévices commis au sein de l’Église qui ont détourné nombre d’Irlandais de la religion catholique. Il devrait discrètement y rencontrer des victimes.

Ce message a toutefois été jugé insuffisant dans une première réaction des victimes. «Le Vatican et le pape devraient cesser de nous dire combien les abus sont terribles [...]. Au lieu de cela, ils devraient nous dire ce qu’ils entendent faire pour que les coupables rendent des comptes sur leurs actions. C’est ce que nous voulons entendre», a écrit sur Twitter l’Irlandaise Marie Collins, âgée de 71 ans et victime à 13 ans d’abus sexuels perpétrés par un prêtre.

Elle avait préféré claquer la porte en mars 2017 de la commission anti-pédophilie du Vatican, jugeant que les actes ne suivaient pas les paroles de fermeté tenues par le pape.

Ce n’est pas la première fois que le pape François, élu en 2013, se prononce sur les affaires de pédophilie dans l’Église catholique.

Au cours des derniers mois, il a accepté les démissions du cardinal Theodore McCarrick, archevêque émérite de Washington accusé d’abus sexuels sur un adolescent, et de cinq évêques chiliens accusés d’avoir couvert des prêtres pédophiles.

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DES «PRÊTRES PRÉDATEURS» AMÉRICAINS SOIGNÉS EN ONTARIO

Des victimes alléguées de prêtres pédophiles et leurs proches étaient envahis par l’émotion alors qu’un grand jury de la Pennsylvanie faisait état de son rapport la semaine dernière, indiquant que plus de 1000 enfants ont été agressés ou violés par plus de 300 «prêtres prédateurs» dans cet État depuis les années 40.

TORONTO — Plusieurs prêtres accusés aux États-Unis d’avoir agressé des enfants pendant des dizaines d’années ont été examinés ou soignés dans un établissement situé au nord de Toronto, spécialisé dans les services aux membres du clergé, révèle un document récemment publié.

Le rapport d’un grand jury de la Pennsylvanie, qui indique que plus de 1000 enfants ont été agressés ou violés par plus de 300 «prêtres prédateurs» dans six diocèses catholiques de cet État depuis les années 40, signale également quelques agressions qui auraient été commises lors de voyages au Canada.

Le document dévoilé la semaine dernière affirme qu’une succession d’évêques et d’autres dirigeants diocésains ont déplacé des prêtres d’une paroisse à l’autre plutôt que de les signaler à la police dans le but de protéger l’Église de la mauvaise publicité et d’une éventuelle responsabilité financière.

Au moins sept prêtres nommés dans le rapport ont été envoyés, à un moment ou l’autre, dans ce qui s’appelait auparavant le Centre de traitement de Southdown, ou Institut Southdown, situé à Aurora, en Ontario, selon le document.

L’établissement, maintenant appelé Southdown, a depuis déménagé à Holland Landing, en Ontario. Selon son site Web, il fournit un traitement de santé mentale de 14 semaines à des membres du clergé et à d’autres personnes impliquées dans l’Église. Il offre également un programme de soins continus pour ceux qui ont reçu un traitement en milieu hospitalier, ainsi que des services psychologiques ambulatoires et des évaluations cliniques complètes.

Une porte-parole de Southdown a refusé de répondre aux questions sur ce rapport.

Le père Hoehl

Le père John S. Hoehl, qui a travaillé dans plusieurs écoles catholiques de 1964 à 1988 — lorsqu’il a été démis de ses fonctions sacerdotales —, figurait parmi les membres du clergé hospitalisés à Southdown.

Il a été traité à l’établissement pendant environ six mois à partir de mai 1986, indique le rapport.

«Lors de son traitement à South-down, le directeur a informé le diocèse que John S. Hoehl avait reconnu avoir été impliqué sexuellement avec plusieurs élèves lorsqu’il était directeur à Quigley [en Pennsylvanie]», ajoute le document. «Au terme de son traitement, Southdown a fourni au diocèse une évaluation selon laquelle John S. Hoehl était, en fait, un pédophile.»

Peu de temps après, le père Hoehl a été nommé consultant en éducation, indique le rapport.

Le père Connor

Un autre prêtre qui a été traité à Southdown est le père John P. Connor, arrêté en 1984 pour avoir agressé sexuellement un adolescent de 14 ans alors qu’il travaillait comme professeur de théologie et entraîneur de golf dans une école privée, selon le document.

L’affaire n’a jamais fait l’objet d’un procès. Le diocèse est intervenu et a conclu un accord dans lequel le prêtre a admis avoir commis des agressions, et qui prévoyait «effacer le dossier de son arrestation pourvu qu’il ne soit pas arrêté de nouveau dans un délai d’un an».

«Les documents de Southdown indiquaient qu’à cause du problème de John P. Connor avec l’alcool, il avait une «préférence sexuelle pour les jeunes adolescents»», affirme le rapport. «Ils ont spécifiquement prévenu de ne pas donner à John P. Connor des fonctions de responsabilité envers des adolescents, comme une situation d’enseignement.»

Moins d’un an plus tard, il a reçu un «ministère sans restriction» dans une nouvelle église, selon le rapport.

Le père Barletta

Michael G. Barletta, qui a admis avoir agressé plus de 25 enfants et jeunes hommes de 1975 à 1994, s’est également rendu à Southdown, où il a été soigné pendant certains mois de 1994 et de 1995, bien que le diocèse l’ait déclaré en congé sabbatique.

«Après 1994, il y a des rapports et des documents qui ont prouvé que Michael G. Barletta était autorisé à continuer à servir les fidèles dans le diocèse d’Érié», indique le rapport.

Le rapport du grand jury a également soutenu que deux adolescents non identifiés auraient été agressés sexuellement par Michael G. Barletta dans une chambre d’hôtel durant une période où ils étaient en retraite avec le prêtre à Toronto. Le document indique qu’il avait nié toute inconduite sexuelle avec les deux jeunes, mais a admis avoir passé des vacances avec eux au Canada.

Le père Wolk

Un autre prêtre — le père Robert Wolk —, qui a finalement plaidé coupable à quatre chefs d’accusation de «relations sexuelles déviantes involontaires» et de corruption de mineurs, a également fait l’objet d’une enquête pour des incidents qui se seraient produits au Canada.

Selon le plus récent rapport annuel publié sur le site Web de Southdown, un peu plus de la moitié des 50 personnes traitées en 2016-2017 ont reçu un diagnostic de troubles de l’humeur et 6 % ont reçu un diagnostic de trouble sexuel. Le site indique que les troubles de l’humeur incluent la schizophrénie, la dépression et l’anxiété, mais ne donne pas de définition des troubles sexuels.

Le rapport annuel de Southdown précise que la plupart des patients ont reçu plus d’un diagnostic.

Un porte-parole de l’archidiocèse de Toronto a déclaré qu’il envoyait périodiquement des prêtres dans l’établissement «pour gérer divers problèmes, par exemple la dépression, l’alcool ou d’autres situations similaires, ainsi que pour des évaluations psychologiques si nécessaire».  La Presse canadienne