Pékin a très mal pris une tribune parue le 3 février dans le <em>Wall Street Journal,</em> en pleine épidémie de coronavirus, titrée : «La Chine est le véritable homme malade de l’Asie».

Sanction inédite en Chine contre le Wall Street Journal après un titre controversé

PÉKIN — La Chine a annoncé mercredi expulser trois journalistes du Wall Street Journal en représailles à un titre jugé raciste du quotidien américain, une sanction condamnée dans la foulée par Washington. 

Pékin a très mal pris une tribune parue le 3 février, en pleine épidémie de coronavirus, titrée : «La Chine est le véritable homme malade de l’Asie».

Ce titre «sensationnaliste» était empreint de «discrimination raciale», a justifié le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, qui a reproché au Wall Street Journal (WSJ) de ne pas avoir présenté les excuses que Pékin réclamait.

En conséquence, le gouvernement chinois a annoncé mercredi qu’il retirait leur carte de presse à trois journalistes de ce quotidien accrédités en Chine. Ils ont cinq jours pour quitter le pays, a précisé le WSJ.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a «condamné» rapidement la mesure, exhortant le pays à respecter la liberté de la presse.

«Les pays sensés et responsables comprennent que la presse libre rapporte des faits et exprime des opinions. La réponse adéquate est de présenter des arguments contraires, pas de restreindre la liberté d’expression», a déclaré M. Pompeo dans un communiqué.

«Notre intention n’était pas d’offenser avec ce titre», a de son côté réagi William Lewis, directeur général du groupe Dow Jones, qui publie le Wall Street Journal, dans une déclaration transmise à l’AFP. «Quoi qu’il en soit, cela a clairement contrarié et inquiété les Chinois, ce que nous regrettons.»

Le responsable a rappelé que le service opinion du Wall Street Journal, qui gère les tribunes, était complètement séparé du reste de la rédaction.

Un terme offensant

La tribune, rédigée par Walter Russell Mead, un professeur du Bard College, une prestigieuse université américaine, s’alarmait des risques que l’épidémie de coronavirus faisait peser sur l’économie chinoise et, partant, mondiale.

Il critiquait aussi la lenteur supposée de la réaction initiale des autorités chinoises après l’apparition, en décembre, du virus à Wuhan, dans le centre de la Chine.

Ce texte «a discrédité les efforts du gouvernement et du peuple chinois dans leur lutte contre l’épidémie», a assuré le porte-parole de la diplomatie chinoise.

L’expression «homme malade de l’Asie» est un terme apparu en Occident au XIXe siècle pour décrire la Chine à l’époque coloniale. Il est considéré comme très offensant dans ce pays.

«Les rédacteurs en chef du Wall Street Journal se sont eux-mêmes cloués au pilori de la honte», tonnait dès mardi le quotidien nationaliste chinois Global Times.

Le directeur adjoint du bureau de Pékin du WSJ, Josh Chin, et la journaliste Chao Deng, tous deux de nationalité américaine, sont visés par cette mesure, ainsi qu’un reporter australien, Philip Wen, a précisé le WSJ.

Le Club des correspondants étrangers en Chine a qualifié cette sanction «représailles sans précédent» et de «tentative manifeste des autorités chinoises» pour «intimider les médias étrangers».

«Propagande»

Pas moins de neuf reporters ont dû quitter la Chine à l’expiration de leur carte de presse depuis 2013, parmi lesquels la correspondante du magazine français L’Obs, Ursula Gauthier, en 2015.

Le WSJ avait lui-même eu maille à partir avec le régime communiste en août dernier lorsqu’un de ses reporters, Chun Han Wong, n’avait pu faire renouveler sa carte de presse à la suite d’un article cosigné avec Philip Wen à propos d’un cousin du président Xi Jinping.

La polémique est survenue au lendemain de l’annonce par Washington de la modification du statut de cinq médias publics chinois implantés aux États-Unis — le gouvernement de Donald Trump les considère désormais comme des organes «de propagande».

Pékin, par la voix de M. Geng, a jugé cette mesure «inacceptable». «Nous nous réservons le droit de répliquer dans le cadre de cette affaire», a-t-il menacé.

Ces médias — l’agence de presse Chine nouvelle, la télévision CGTN, Radio Chine Internationale et les organes diffusant Le Quotidien du peuple et le China Daily — devront désormais obtenir l’approbation du département d’État pour acheter des propriétés aux États-Unis.

Ils devront aussi fournir la liste de tous leurs employés. Aucune restriction ne sera en revanche appliquée aux activités journalistiques chinoises sur le sol américain.