Élèves et enseignants sont sortis de l’école les mains en l’air, sous la supervision de la police, pour retrouver leur proches.

Saint-Valentin funeste dans une école de Floride

PARKLAND, Floride — Un jeune homme armé d’un fusil semi-automatique a fait 17 morts le jour de la Saint-Valentin dans une école secondaire du sud-est de la Floride avant d’être interpellé, semant la panique parmi les élèves retranchés dans leurs classes ou tentant de s’échapper.

Cette fusillade, l’une des pires aux États-Unis depuis 25 ans, s’est produite mercredi peu avant la fin des cours dans l’école Marjory Stoneman Douglas de Parkland.

Le suspect, identifié comme étant Nikolas Cruz, un ancien élève de 19 ans renvoyé de l’établissement pour des raisons disciplinaires, a été arrêté plus tard dans la localité de Coral Springs, selon le shérif du comté de Broward, Scott Israel.

Il a indiqué que l’arme utilisée était un fusil d’assaut semi-automatique AR-15, qu’il est très facile de se procurer dans la majeure partie des États-Unis.

Messages «très alarmants»

Né en septembre 1998, Nikolas Cruz avait publié sur les réseaux sociaux des messages «très alarmants», a ajouté le shérif, insistant sur la nécessité de signaler ce type de publications.

Le directeur de l’établissement, Robert Runcie, et la police avaient auparavant indiqué qu’il y avait de «nombreux morts» et plusieurs blessés.

Des coups de feu très rapprochés, caractéristique de ce fusil d’assaut, sont entendus sur une vidéo amateur apparemment tournée dans une salle de classe et diffusée par la chaîne CBS. Des élèves sont prostrés sous leur bureau ou allongés en silence, tandis qu’on entend des hurlements au loin.

«Nous n’avons reçu aucun avertissement, aucune indication», a précisé Robert Runcie. «À notre connaissance, aucune menace n’avait été proférée».

Cachés dans les placards

Des témoins, dont plusieurs arboraient des cœurs et autres décorations de la Saint-Valentin — qu’enseignants et élèves célèbrent traditionnellement ensemble dans les écoles américaines —, ont rapporté s’être cachés jusque dans les placards lorsque les coups de feu ont retenti peu avant la fin des cours, à 14h30.

«C’était la fin de la journée scolaire et l’alarme incendie s’est déclenchée. Nous avons commencé à évacuer. On pensait que c’était un exercice et après avoir fait 15, 20 pas hors de la classe on était à terre, et on se cachait dans le placard», a raconté une enseignante, Melissa Falkowski, sur CNN.

Une élève, Peri Harris, a raconté à la chaîne CBS Miami que «toute sa classe» avait trouvé refuge dans «un tout petit placard».

Noah Parness, 17 ans, a raconté que les autres élèves et lui étaient sortis calmement à l’extérieur en croyant qu’il s’agissait d’un autre exercice d’incendie lorsqu’ils ont entendu des bruits de tirs.

«Nous avons vu plusieurs professeurs courir dans l’escalier, puis tout le monde a changé de direction et a commencé à courir», a-t-il dit. «J’ai sauté par-dessus une clôture.»

Les images des télévisions locales ont montré plusieurs dizaines de personnes sortant de l’école souvent les mains en l’air ou croisées derrière la tête.

Des ambulances, des camions de pompiers ainsi qu’une longue cohorte de voitures de police et plusieurs véhicules blindés d’un groupe d’intervention étaient stationnés près de l’école. Des victimes ont été évacuées par hélicoptère.

L’établissement comptait près de 3000 élèves en 2014.

Le sénateur floridien Bill Nelson a déclaré que le tireur portait un masque à gaz et avait des grenades fumigènes. En entrevue à CNN, le sénateur a affirmé avoir été informé des détails de l’enquête par la police fédérale (le FBI).

Trump réagit

Le président Donald Trump «a été informé de la fusillade dans une école en Floride», a indiqué la Maison-Blanche. «Nous surveillons la situation», a-t-elle précisé.

«Aucun enfant, enseignant ou quiconque, ne devrait jamais se sentir en danger dans une école américaine», a tweeté le président.

Le drame survenu mercredi est le dernier d’une longue série de fusillades ayant ensanglanté l’Amérique ces dernières années. À Las Vegas en octobre 2017, 58 personnes ont péri sous les balles d’un seul tireur et 49 personnes avaient été abattues dans un club gai d’Orlando en 2016.

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L’IMPLACABLE RÉPÉTITION DES TUERIES À L'ÉCOLE AUX ÉTATS-UNIS

Les écoles américaines sont de moins en moins des sanctuaires épargnés par la violence armée et les Américains semblent fatalistes face à la situation.

WASHINGTON — Les États-Unis sont le seul pays développé du monde où se répètent désespérément les fusillades en milieu scolaire, comme celle qui a endeuillé mercredi la Floride : il y en a déjà eu 18 en 2018, et nous ne sommes que le 14 février.

«Il s’agit de la 291e fusillade en milieu scolaire depuis le début de 2013», a réagi Shannon Watts, fondatrice de «Moms Demand Action For Gun Sense In America», une organisation qui lutte contre la prolifération des armes à feu.

Les écoles américaines sont de moins en moins des sanctuaires épargnés par la violence armée et les Américains semblent fatalistes face à la situation.

La plupart des ces fusillades ne font d’ailleurs même pas les gros titres de la presse nationale, étant donnée leur banalité répétitive.

Il y a environ une fusillade en milieu scolaire par semaine, selon Everytown for Gun Safety, une autre organisation militant pour le contrôle des armes à feu, c’est-à-dire le durcissement des lois sur les armes individuelles.

Un tireur a fait mercredi plusieurs morts, selon un bilan encore provisoire, dans un lycée de Parkland, dans le sud-est de la Floride, avant d’être interpellé.

Un élève porteur d’une arme de poing avait lui ouvert le feu le 23 janvier dans son lycée de l’État du Kentucky, à l’heure du début des classes. Il avait tué deux adolescents, une fille et un garçon, âgés de 15 ans comme lui.

Au total, 18 autres jeunes victimes avaient été prises en charge par les secours, dont 14 blessées par balle.

La veille, une adolescente avait été blessée par balle dans la cantine de son lycée du Texas.

Le 22 janvier, un garçon de 14 ans avait lui été éraflé par une balle sur le stationnement d’un collège de La Nouvelle-Orléans. Dans les jours précédents, des tirs avaient visé un autobus scolaire dans l’Iowa, un lycée de Seattle, un campus de Californie...

Ces drames relancent invariablement un débat qui tourne à vide : faut-il équiper toutes les écoles de portiques de sécurité? Faut-il au contraire armer (davantage) les enseignants? Au fond, chacun sait que, comme d’habitude, aux réactions outrées succédera l’inaction d’un Congrès contrôlé par les républicains.

Pourtant la tendance sur le long terme offre des motifs d’inquiétude.

«Fréquence en hausse»

Dans une étude sur des «tireurs en action» des années 2000 à 2013, la police fédérale américaine constate une «fréquence en hausse» de ces événements sur la période.

Dans 70% des cas, l’irréparable est commis en cinq minutes ou moins, ce qui relativise la réaction que peuvent avoir les forces de l’ordre. Dans 24,4 % des cas, les tirs concernent des sites éducatifs.

Les tireurs ayant ouvert le feu à l’intérieur d’un collège ou d’un lycée sont, dans la majorité des faits recensés, élèves de l’établissement. Enfin, note le FBI, les fusillades en milieu scolaire sont souvent les plus meurtrières.

Certaines de ces tragédies ont durablement traumatisé l’Amérique, comme celles de Columbine en 1999, de Virginia Tech en 2007, ou le massacre de Sandy Hook, une école primaire du Connecticut où furent abattus il y a cinq ans 20 enfants âgés de 6 et 7 ans

Depuis ce dernier drame, les procédures d’alerte et les exercices d’entraînement se sont multipliés dans les établissements scolaires.

L’objectif de ces formations est d’apprendre aux écoliers comment réagir face à un individu tirant à l’aveugle dans le but de faire un maximum de victimes.