Recueillement à Parkland, un an après la tuerie dans une école

PARKLAND — Un an après la fusillade qui avait fait 17 morts dans une école de Parkland, cette ville de Floride marque jeudi ce triste anniversaire dans le silence et le recueillement pour tenter de retrouver «la paix».

Le jour de la Saint-Valentin, Nikolas Cruz avait ouvert le feu avec un fusil semi-automatique AR-15 dans l'école secondaire Marjory Stoneman Douglas, dont il avait été exclu l’année précédente pour «raisons disciplinaires».

Pour le premier anniversaire de la tragédie, les cours ont été remplacées par une «journée pédagogique». Les rares élèves présents ont observé une minute de silence dans la matinée. Ils ont pu participer à des séances de discussions avec des médecins ou réduire leur stress à l’aide de «thérapies canines».

L’établissement devait fermer peu avant 14H20, au moment où la fusillade a éclaté.

Un jardin de fleurs entouré de 17 petits anges - pour les 14 étudiants et trois membres du personnel - a été installé près de l’école, à l’endroit où un premier mémorial avait rassemblé photos des victimes, fleurs et ours en peluche.

«Nous voulions donner aux gens un sentiment de paix et un endroit pour rendre hommage» aux victimes, a expliqué à l’AFP Victoria Gonzalez, 18 ans, à l’origine du projet.

Elle a perdu son meilleur ami, Joaquin Oliver, sous les balles du tueur. «Tout ce que je fais, c’est pour lui. Aussi pour toutes les 17 victimes, mais il remplit mon coeur», a dit la jeune fille aux cheveux rose, qui vit «une journée difficile».

«Je vous aime» 

Fred Guttenberg, père de l’une des victimes, a posté sur Twitter un message poignant: «Il y a exactement un an, à cette minute, vers 07H00, j’ai envoyé mes deux enfants à l’école. Seul mon fils Jesse est rentré. Jaime a été assassinée à l’école. Je resterai hanté pour toujours par le souvenir de ce matin-là, en les mettant dehors plutôt que les avoir une minute de plus. Est-ce que j’ai dit +je vous aime+?»

Dans la ville voisine de Coral Springs, l’artiste David Best doit inaugurer le «Temple du Temps». La structure de contreplaqué où la population peut rendre hommage aux victimes sera brûlée à la mi-mai.

Emma Gonzalez, rescapée de la tuerie et devenue l’un des visages du combat des jeunes contre les armes, a annoncé qu’elle garderait le silence pour cette journée d’hommage.

«Comme tant d’autres dans notre ville, je passerai la journée à m’occuper de mes amis et de ma famille, en me souvenant de ceux que nous avons perdus», a-t-elle dit mercredi dans un communiqué.

«Mais voir le mouvement que nous avons construit (...) nous fait un bien incroyable», a-t-elle ajouté.

«Brûler, tuer, détruire» 

Les élèves de Parkland ont mené un mouvement de mobilisation inédit pour un contrôle plus sévère des ventes d’armes aux États-Unis. Malgré ses antécédents psychiatriques, Nikolas Cruz avait pu acheter légalement un fusil d’assaut.

Sur son téléphone portable, le jeune homme avait expliqué qu’il souhaitait tuer «au moins 20 personnes». Il a aussi affirmé aux enquêteurs avoir entendu des voix lui ordonnant de «brûler», de «tuer» et de «détruire». Inculpé pour 17 assassinats, il attend son procès en prison et risque la peine de mort.

La mobilisation avait culminé le 24 mars 2018 quand la «Marche pour nos vies» avait rassemblé 1,5 million de personnes à travers le pays, la plus grande manifestation nationale contre les armes de l’histoire des États-Unis.

Depuis Parkland, plus de la moitié des États américains ont renforcé leurs lois sur les armes, mais la législation a peu évolué au Congrès à Washington où l’influence de la National Rifle Association (NRA), le principal lobby des armes, reste forte. Seuls les «bump stocks», un dispositif permettant de tirer en rafale, ont été interdits.

Un projet de loi sur le renforcement du contrôle des antécédents lors des achats d’armes à feu doit être présenté prochainement à la Chambre des représentants, où il devrait être approuvé par la majorité démocrate. Mais il pourrait ne pas passer le Sénat, contrôlé par les républicains.

Le président Donald Trump, qui soutient la NRA, s’est dit jeudi déterminé à «assurer la sécurité de tous les Américains, particulièrement celle des enfants de notre pays».

L’ex-président démocrate Barack Obama, qui avait lutté pour un renforcement du contrôle des armes, s’est pour sa part dit «fier» des lycéens qui, en se mobilisant, «ont refusé de laisser les choses en l’état».