Raul Castro, à La Havane, en mai 2017

Raul Castro passera le flambeau en avril 2018

LA HAVANE - Le président cubain Raul Castro cédera son poste en avril 2018, a annoncé l’Assemblée nationale après avoir reporté de deux mois l’élection de son successeur, qui tournera la page de six décennies de pouvoir des frères Castro sur l’île.

Raul Castro, 86 ans, est longtemps resté dans l’ombre de son frère Fidel avant de prendre les rênes de l’île caribéenne il y a 11 ans pour l’engager sur la voie d’une transition historique en avril prochain.

Longtemps très discret, Raul Castro était sorti en pleine lumière en juillet 2006 lorsqu’un soudain problème de santé forçait son aîné à céder le pouvoir à celui qu’il a toujours présenté comme son successeur.

Ministre de la Défense depuis l’automne 1959, à l’aube de la Révolution cubaine, il devait ensuite prendre officiellement la présidence du Conseil d’État et du Conseil des ministres en février 2008, Fidel renonçant à revenir au premier plan.

Aussi réservé et patient que Fidel était exubérant et bouillonnant, Raul s’est imposé peu à peu comme l’homme fort du pouvoir en écartant doucement les vieux compagnons de route que Fidel lui avait associés à l’été 2006 pour les remplacer par de fidèles militaires.

La fratrie Castro a écrit une histoire unique de coopération au sommet, à la tête d’un pays qui a résisté plus d’un demi-siècle à l’adversité de la super-puissance américaine, à 150 km au nord de ses côtes.

Pour beaucoup d’historiens, c’est cette inébranlable alliance de Fidel et Raul qui a valu à Cuba de survivre, non seulement aux attaques de «l’ennemi impérialiste» américain, comme ils l’appellent, mais aussi au lâchage d’un «grand frère soviétique» agonisant à la fin des années 1980.

Au côté de Fidel, stratège visionnaire d’un charisme débordant, a toujours veillé l’inusable organisateur Raul qui a tissé patiemment la toile des allégeances et des fidélités au régime.

Alternant uniforme militaire, guayabera (chemise traditionnelle cubaine à quatre poches) ou costume croisé occidental, Raul Castro n’aime pas les médias, mais il est réputé pour son côté bon vivant et son sens de l’humour subtil, mais décapant.

C’est pour ses talents d’organisateur méticuleux que Raul se voit très vite confier par Fidel les rênes des «forces armées révolutionnaires». Ces mêmes talents porteront avec succès l’armée cubaine au coeur de l’Afrique, en Éthiopie et en Angola, dans les années 1970 et 1980.

Avec patience et minutie, Raul a procédé à la reconversion de l’armée en lui confiant des pans entiers de l’économie, première raison de la survie du régime dans les années 1990.

Réformes et dégel

Une fois au pouvoir, Raul Castro a ouvert Cuba à une économie de marché en autorisant en 2011 les Cubains à vendre leurs voitures et leurs logements et en les encourageant à quitter le secteur public pour devenir travailleurs indépendants.

Mais cette «actualisation» censée rompre avec un modèle économique obsolète a laissé acteurs et observateurs sur leur faim. Depuis 2016, l’île peine à relancer son économie dans un contexte plombé par l’embargo américain et les difficultés du proche allié vénézuélien.

En 2013, Raul a aussi levé les sévères restrictions imposées aux voyageurs depuis 50 ans, une revendication essentielle d’une dissidence brusquement devenue plus discrète d’autant que le nouveau président a progressivement vidé les prisons de ses dissidents, privilégiant une répression moins axée sur les lourdes condamnations.

Mais surtout, il a été l’artisan du rapprochement historique annoncé fin 2014 avec les États-Unis, en adoptant une diplomatie plus pragmatique. Toujours inflexible sur l’essentiel, il a su donner les gages nécessaires à Washington pour initier un dégel aujourd’hui remis en cause par l’administration de Donald Trump.

Ces derniers mois, Raul Castro a suspendu les réformes et posé les jalons de sa succession pour laisser progressivement la main à une nouvelle génération non issue de la révolution dès avril 2018.

Raul a toujours exprimé un sens aigu de la famille, totalement à l’opposé de son frère. Sa femme, Vilma Espin, qu’il avait connue dans le maquis et épousée en 1959, a longtemps présidé la Fédération des femmes cubaines avant de décéder en 2007.

Le couple a eu quatre enfants, dont un seul fils, Alejandro Castro Espin, colonel spécialiste des relations internationales de 52 ans. Il a représenté son pays de 2013 à 2014 dans les négociations secrètes qui ont conduit au dégel historique avec les États-Unis.

Plusieurs analystes parient qu’Alejandro Castro pourrait être amené à jouer un rôle plus exposé derrière le dauphin désigné du président, l’actuel vice-président Miguel Diaz-Canel, 57 ans.