Provisions, sorties limitées, les New Yorkais s'adaptent au coronavirus

NEW YORK — Ils font des réserves au supermarché, se mettent à faire la cuisine au lieu de sortir, et s'interrogent sur les habitudes auxquelles il faut renoncer: les New Yorkais commençaient samedi à s'adapter aux bouleversements de la vie quotidienne précipités par le coronavirus.

Le nombre de cas recensés dans la première ville américaine, a, comme anticipé par les autorités, fortement augmenté ces derniers jours: il dépasse désormais les 200, selon le gouverneur Andrew Cuomo, et devrait franchir les 1 000 la semaine prochaine.

Pour ceux qui n'avaient pas encore eu le temps d'aller au supermarché, la journée ensoleillée de samedi était l'occasion de faire des réserves - nourriture, papier toilette, produits désinfectants - alors que de nombreux supermarchés ont été pris d'assaut dès jeudi.

«Je fais ce métier depuis 40 ans et je n'avais jamais vu ça: pendant l'ouragan Sandy je n'avais pas vu ça, lors (des attentats) du 11 septembre 2001 non plus», déclare à l'AFP Larry Grossman, directeur d'un supermarché du sud de Manhattan, en remplissant les étagères dévalisées de son magasin, avec ses 85 employés dont il a allongé les horaires.

Nnenna Doyle et son mari Mark, 34 et 36 ans, qui télétravaillent depuis jeudi, se sont rendus dès l'ouverture au populaire Trader Joe's.

«On a acheté beaucoup de produits de base - et aussi beaucoup de bière», disent-ils en riant.

Ce couple d'origine irlandaise avait prévu de fêter la Saint-Patrick, la grande fête des Irlandais, dans un pub samedi soir. Mais comme beaucoup de New-Yorkais, même si les restaurants et bars restent ouverts, ils préfèrent éviter de sortir, et ont organisé une soirée chez eux.

Pour ceux qui n'avaient pas eu le temps d'aller au supermarché, la journée de samedi était l'occasion de faire des réserves - nourriture, papier toilette, produits désinfectants.

Ils avaient invité 17 personnes, «huit se sont décommandées», préférant s'isoler chez eux de peur d'avoir été au contact de personnes infectées, dit Nnenna.

Cette jeune cheffe de produits essaiera de saluer son monde «en se tapant les coudes», même si elle dit être «une habituée des accolades».

Tout fermer 

Patricia Jamele, 60 ans, et son partenaire James, ont eux aussi profité du soleil pour se promener, mais sont partagés: «l'un de nous pense qu'on devrait éviter complètement de sortir, l'autre est pour qu'on se balade», dit cette femme de ménage qui n'a, elle, aucune possibilité de télétravail.

«Il y a une grande anxiété... on ne sait pas si elle est justifiée ou déplacée», dit-elle.

Un peu plus loin, sur la grande place de Union Square, à Greenwich Village, le marché en plein air du samedi bat son plein. Plusieurs vendeurs disent avoir plus de clients que d'habitude.

À la mi-journée, «on était déjà à court de plusieurs produits que, d'habitude, on remballe en fin de journée», dit Paul Violethill, 50 ans, fermier venu du nord de l'État de New York, qui vend viandes et charcuterie.

«Les gens restent chez eux. De ce que je vois les restaurants sont vides, donc ils restent chez eux et font la cuisine», ajoute-t-il. «Et un marché en plein air est probablement un des endroits les plus sûrs où acheter de la nourriture».

Bien que sa ferme soit dans un hameau isolé de l'État de New York, il n'a pas d'appréhension à venir en ville, même s'il pense que les autorités, qui à New York ont maintenu écoles publiques et métro ouverts, feraient mieux de «tout fermer».

«Je m'occupe d'animaux», dit-il, «je vois bien que, quand il y en a un malade, si vous ne l'isolez pas immédiatement, ça se propage comme un feu de forêt.»