Donald Trump a été mis en accusation le 18 décembre par la Chambre des représentants aux mains des démocrates, parce qu'il a demandé à l'Ukraine d'enquêter sur Joe Biden, au moment où la Maison-Blanche avait gelé près de 400 millions de dollars destinés à cet allié en guerre avec la Russie.
Donald Trump a été mis en accusation le 18 décembre par la Chambre des représentants aux mains des démocrates, parce qu'il a demandé à l'Ukraine d'enquêter sur Joe Biden, au moment où la Maison-Blanche avait gelé près de 400 millions de dollars destinés à cet allié en guerre avec la Russie.

Procès en destitution: révélation explosive de John Bolton

Francesco Fontemaggi
Agence France-Presse
WASHINGTON — John Bolton était connu pour ses positions va-t-en-guerre en diplomatie. Mais l’ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump vient de lâcher une bombe sur la scène politique américaine qui devrait rendre définitive la rupture de ce souverainiste sourcilleux avec le président des États-Unis.

Depuis qu’il a été limogé en septembre par le milliardaire républicain en raison de leurs désaccords sur la politique étrangère, le Tout-Washington bruissait de rumeurs sur ses intentions : allait-il régler ses comptes? Qu’allait-il raconter dans son livre, à paraître le 17 mars?

Dimanche soir, le New York Times a rapporté que l’ancien conseiller à la fameuse moustache blanche affirme dans ce manuscrit que Donald Trump lui avait bien dit, en août, que le gel d’une aide militaire cruciale à l’Ukraine ne serait levé qu’en échange de garanties de Kiev sur l’ouverture d’enquêtes contre Joe Biden, son rival potentiel à la présidentielle de novembre.

L’auteur de ces mémoires n’a pas démenti, se bornant à assurer n’être pas à l’origine de la fuite.

Or cette accusation de chantage est justement au cœur du procès en destitution du 45e président américain actuellement en cours. Jusqu’ici, aucun témoin direct ne l’avait clairement imputé au locataire de la Maison-Blanche : si son ex-conseiller diplomatique devait le faire sous serment, sa défense se verrait largement contredite.

Les démocrates réclament que John Bolton soit convoqué comme témoin lors du procès au Sénat.

L’intéressé, après avoir fait mine de vouloir batailler en justice pour y résister, a finalement fait savoir début janvier qu’il viendrait témoigner en cas de citation à comparaître.

Mais le camp présidentiel freine des quatre fers.

«Je ne sais pas si on s’est quittés en bons termes. Je dirais probablement pas», a reconnu la semaine dernière le président Trump. «On n’a pas envie que quelqu’un témoigne quand on ne s’est pas quittés en bons termes», a-t-il ajouté avec candeur.

Depuis que l’affaire ukrainienne a éclaté en septembre, John Bolton est resté silencieux.

John Bolton affirme dans un livre à paraître le 17 mars que le président Trump a bien dit en août que le gel de l’aide militaire à l’Ukraine ne serait levé qu’en échange de garanties que Kiev ouvrirait des enquête sur Joe Biden et son fils.

«Trafic de drogue»

Il n’a pas démenti les membres de son ancienne équipe à la Maison-­Blanche lorsqu’ils ont rapporté, durant l’enquête parlementaire, comment il s’était emporté en apprenant le donnant-donnant qui se tramait entre Washington et Kiev. Il n’a pas non plus cherché à infirmer le récit selon lequel il avait dénoncé des méthodes dignes d’un «trafic de drogue» et comparé Rudy Giuliani, l’avocat personnel de Donald Trump, à «une grenade dégoupillée».

Entre l’impétueux président et le bouillonnant diplomate, le mariage était imparfait dès sa nomination en mars 2018.

Les deux hommes sont unis par un fervent souverainisme et une détestation commune du multilatéralisme.

America First, le slogan présidentiel, est fait pour plaire à John Bolton, 71 ans, convaincu de longue date qu’il faut placer l’Amérique d’abord et dénoncer les organisations internationales qui cherchent à empiéter sur ses prérogatives nationales.

Le juriste aux fines lunettes métalliques ne cache pas tout le mal qu’il pense de la justice internationale et même de l’ONU, où il s’est fait connaître lors d’un passage mouvementé comme ambassadeur des États-Unis en 2005-2006 sous la présidence de George W. Bush.

Faucon

Grâce à cet unilatéralisme exacerbé, et à ses commentaires comme chroniqueur sur la chaîne Fox News prisée du président, il a fini par décrocher le poste stratégique dont il rêvait, conseiller à la sécurité nationale.

Mais ce faucon s’est vite retrouvé en porte-à-faux avec tout un pan de la politique trumpiste.

Conseiller va-t-en-guerre d’un président qui ne veut pas faire la guerre, il a eu du mal à dissimuler son agacement lorsque l’ex-homme d’affaires se targuait de négocier avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un ou avec les talibans en Afghanistan, ou encore lorsqu’il se disait prêt au dialogue avec l’Iran.

Si sa parole est rare depuis son départ de la Maison-Blanche, il ne s’est pas privé d’étriller la stratégie nord-coréenne de l’administration Trump. Mais il a salué la frappe américaine pour tuer le puissant général iranien Qassem Soleimani.

Aux côtés des néoconservateurs, John Bolton fut l’un des architectes de l’invasion de l’Irak en 2003. Il est partisan des guerres préventives, alors que Donald Trump estime que l’Amérique ne peut être le gendarme du monde et, dans de nombreuses situations, doit se désengager.

Avant même de le limoger sans ménagement, Donald Trump ne cachait d’ailleurs pas les tensions croissantes.

«Il a des avis appuyés sur plein de sujets, mais c’est OK. En fait, je le calme, ce qui est vraiment incroyable», ironisait-il en mai dernier.

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LES AVOCATS DE TRUMP S'ATTAQUENT À JOE BIDEN ET À SON FILS

La défense de Donald Trump s’est attaquée lundi à Joe Biden et à son fils Hunter pour tenter de démontrer que le président américain était dans son bon droit en demandant à l’Ukraine d’enquêter sur eux, une requête au centre de son procès en destitution au Sénat.

M. Trump est accusé d’avoir conditionné le versement d’une aide militaire cruciale à l’annonce par Kiev d’enquêtes sur le démocrate Joe Biden, son potentiel adversaire à la présidentielle de novembre, et sur son fils. Hunter Biden a siégé entre 2014 et 2019 au conseil d’administration de la société gazière Burisma, un temps visée par des enquêtes pour corruption.

La défense de M. Trump a suggéré lundi que l’ancien vice-président américain, qui supervisait alors la politique de Washington à l’égard de Kiev, avait demandé - et obtenu - la tête du procureur général ukrainien pour protéger l’employeur de son fils.

Hunter Biden a été embauché par Burisma alors qu’il n’avait «ni expertise, ni expérience» dans l’industrie du gaz ou la loi ukrainienne, a affirmé Eric Herschmann, l’un des avocats du président.

«Pourquoi Burisma voulait-il Hunter Biden à son conseil d’administration? C’était le fils de l’homme chargé de l’Ukraine», a lancé M. Herschmann.

Pam Bondi, une autre membre de l’équipe de M. Trump, a aussi souligné que «tous les témoins» entendus lors de l’enquête en destitution «étaient d’accord sur l’apparence possible d’un conflit d’intérêts» concernant la présence d’Hunter Biden au sein de la compagnie quand son père était vice-président.

Elle a estimé que le dossier d’accusation «s’effondrait» dès qu’on admettait que les inquiétudes de M. Trump étaient légitimes.

Selon des documents bancaires montrés par Mme Bondi, Hunter Biden a notamment reçu plus de 83 000 dollars par mois pendant 17 mois.

Les élus démocrates, qui représentent l’accusation pour ce procès historique, ont rappelé à plusieurs reprises qu’Hunter Biden n’avait jamais fait l’objet de poursuites et que l’ensemble du monde occidental demandait le limogeage de l’ex-procureur général ukrainien, jugé trop passif face à la corruption.

Les avocats de la défense «espèrent arriver avec ce procès là où ils ont échoué à travers leur combine en ne pouvant pas forcer l’Ukraine à salir les Biden», avait lancé vendredi le chef des procureurs démocrates, Adam Schiff.

Hunter Biden a récemment reconnu une erreur de jugement lors de la seule entrevue qu’il a accordée sur cette affaire.