Bernie Sanders

Primaires démocrates: mais où est Obama? 

WASHINGTON — Pour un grand absent, Barack Obama pourrait difficilement être plus présent dans l’âpre bataille que se livrent les candidats à l’investiture démocrate pour la présidentielle.

Cité des dizaines de fois lors des débats, mis en vedette (non consentante) dans des publicités de campagne, lui s’en tient strictement à son silence malgré ses avertissements, en coulisses, contre le coup de barre à gauche promis par le favori Bernie Sanders.

«L’establishment panique» ou «Présenter Bernie Sanders contre Trump serait un acte de folie» : les gros titres des médias américains reflètent le désarroi de certains démocrates modérés, qui revendiquent leur filiation avec Obama.

Ils s’inquiètent de voir ce «socialiste» autoproclamé affronter en leur nom le président républicain Donald Trump lors de la présidentielle de novembre.

Après ses bons résultats dans les premiers États ayant voté, le sénateur indépendant est, à 78 ans, le grand favori des primaires démocrates. Et l’avalanche de scrutins prévue mardi pour le «Super Tuesday» pourrait lui offrir une avance pratiquement imparable pour remporter l’investiture du parti.

«La plupart des démocrates initiés sont convaincus qu’il n’y a qu’une façon d’arrêter, ou du moins de freiner, Sanders» : que Barack et Michelle Obama «se rallient derrière un autre candidat»... Et de préférence avant le «Super Tuesday», avançait mardi un éditorialiste de CNN, Chris Cillizza.

En novembre, Barack Obama avait affirmé devant des donateurs démocrates que la bataille électorale se remporterait au centre.

Les Américains ne pensent pas «que nous devons détruire complètement le système et tout recommencer», avait-il déclaré, soulignant que les États-Unis n’étaient pas un pays «révolutionnaire».

S’il ne citait personne, tous avaient pensé à Bernie Sanders, qui prône une «révolution» politique. À l’automne toujours, le site Politico affirmait que l’ex-président comptait s’exprimer publiquement si le sénateur prenait une nette avance dans les primaires, «afin de l’empêcher d’être investi».

Comme «Obama l’a dit»

Barack Obama reste «extrêmement populaire au sein du parti démocrate», souligne Kyle Kondik, politologue à l’université de Virginie.

Sa voix résonnerait donc avec force s’il prenait parti. Mais il y a peu de chances qu’on l’entende.

S’il a «plusieurs amis en lice, y compris, bien entendu, son propre vice-président» Joe Biden, Barack Obama «a dit qu’il ne prévoyait pas soutenir quelqu’un pendant les primaires», a rappelé mercredi sa directrice de communication, Katie Hill.

«Car il estime que pour que les démocrates gagnent à l’automne, ce sont les électeurs qui doivent choisir leur candidat».

En 2016, il n’avait ainsi déclaré son soutien à Hillary Clinton qu’une fois qu’elle fut assurée de décrocher l’investiture démocrate.

Mais il s’est impliqué dans des élections à l’étranger, en annonçant son soutien à Emmanuel Macron, en France, et à Justin Trudeau, au Canada, pendant leurs campagnes.

Le rare commentaire de sa directrice de communication venait dénoncer un groupe de soutien à Donald Trump qui a diffusé une «publicité ignoble», dans laquelle d’anciens propos de Barack Obama ont été utilisés «hors de contexte» pour nuire à Joe Biden.

L’ex-président reste en revanche muet sur les nombreux messages de campagne des candidats à l’investiture démocrate qui utilisent ses anciens discours pour laisser entendre qu’ils ont son soutien.

Sanders privé de discours?

Joe Biden, mais aussi le milliardaire Michael Bloomberg, la sénatrice progressiste Elizabeth Warren, l’ex-maire Pete Buttigieg : c’est à qui proclamera la meilleure relation, l’entente la plus ancienne, l’héritage le plus évident...

Et tous le citent à l’envi pour appuyer leurs positions.

«Comme Barack Obama l’a dit, nous devons prendre en compte la position des électeurs de ce pays. Or dépenser près de 60 000 milliards de dollars, ce n’est pas ce qu’ils veulent», a ainsi tweeté Amy Klobuchar jeudi pour dénoncer le programme de Bernie Sanders.

À l’exception notable de Bill Clinton, qui avait soutenu son épouse Hillary lors des primaires de 2008 et 2016, «de nombreux ex-présidents ont tenté de rester au-dessus de la mêlée politique», explique Kyle Kondik.

Et il n’y a pour l’heure «aucune indication» que Barack Obama s’apprête à rompre avec la tradition. «Il est peut-être, comme de nombreux autres démocrates, sincèrement indécis», poursuit le politologue.

Mais si Bernie Sanders décrochait l’investiture, l’expert se «demande vraiment si Obama ferait un discours à la convention» démocrate qui officialiserait en juillet la victoire du socialiste.

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LA CALIFORNIE AU COEUR DU COMBAT DÉMOCRATE

LOS ANGELES — Farouchement progressiste, la Californie a décidé de revenir au coeur du combat pour la présidentielle en 2020 et va peser lourd mardi lors de la primaire démocrate pour choisir le candidat qui affrontera Donald Trump en novembre.

En 2016, l’État américain le plus peuplé avait organisé sa primaire démocrate en juin et les jeux étaient faits depuis longtemps. Cette fois, pour pouvoir agir à un moment déterminant de la campagne, la Californie a délibérément avancé le scrutin au 3 mars, le fameux «Super Tuesday» auquel 14 États au total vont prendre part.

«La Californie va être vraiment importante, avec un nombre de délégués envoyés à la Convention démocrate plus élevé que n’importe où ailleurs. Et le fait que la primaire californienne se tienne de nouveau dans le cadre du Super Tuesday en fait une prise de choix», déclare à l’AFP Christian Grose, politologue à l’université USC de Los Angeles.

D’ordinaire assez peu mobilisés, les électeurs californiens ont bien conscience cette année que leur vote peut réellement faire la différence, à l’instar de Peter Fisher, technicien de laboratoire de 44 ans.

La primaire permet de «m’assurer que mon bulletin ira au candidat capable d’emmener le pays dans la bonne direction», a-t-il dit récemment à l’AFP lors d’un événement du candidat Bernie Sanders.

«On voit la différence par rapport à 2016. Beaucoup de candidats viennent ici, ils sont partout dans les publicités, à la télévision ou les réseaux sociaux, et les gens en parlent tout simplement beaucoup», relève M. Grose.

Signe de l’engouement suscité par le scrutin, les inscriptions sur les listes électorales ont atteint un niveau jamais vu depuis les années 1950, plus de 20 millions (sur 25 potentiels). 44 % des inscrits sont des démocrates déclarés, presque le double de l’électorat républicain (23,6 %).

En finir avec Trump

«Il faut garder à l’esprit que les électeurs démocrates désapprouvent de manière écrasante l’action du président Trump. Et quand on leur demande ce qu’ils recherchent chez un candidat, une nette majorité d’entre eux dit vouloir quelqu’un qui peut lui tenir tête», explique Mark Baldassare, président de l’Institut de politique publique de Californie.

Un sondage piloté par Christian Grose pour l’USC et l’Institut Schwarzenegger, qu’il dirige, a mis en évidence cette idée fixe des Californiens d’en finir avec M. Trump et sa politique.

Un questionnaire ouvert a été soumis aux sondés pour répertorier ce qu’ils estimaient être les principaux enjeux de l’élection présidentielle. En première place venait la question du logement et des sans-abri, dont le nombre a explosé sur la côte ouest, puis le changement climatique, suivi de l’immigration.

«Et en quatrième place est arrivé spontanément Donald Trump, ce qui est plutôt surprenant!», dit M. Grose.

«La difficulté dans cette campagne, c’est que personne ne sait quelles sont les qualités nécessaires pour faire face à Trump. Il n’y a pas de critères objectifs», relève Mark Baldassare.

Sanders en tête?

Edgar Pedroza, barman de 25 ans né de parents immigrés du Mexique, juge que «Trump est un être humain horrible qui rejaillit sur nous en tant que société et en tant que pays». Et pour cet électeur, qui se déclare comme «indépendant», Bernie Sanders est le mieux placé pour le battre en novembre.

Les enquêtes récentes en Californie placent toutes en tête des intentions de vote le sénateur du Vermont, «socialiste» autoproclamé, autour de 30 %, avec une nette avance sur le modéré Joe Biden et la sénatrice Elizabeth Warren, au coude à coude.

Mais il est difficile de faire des pronostics, car les marges d’erreur restent élevées et les votes particulièrement volatils en raison du nombre d’indécis. Le complexe système de vote à la proportionnelle, avec un seuil d’élimination en deçà de 15 % des voix, brouille encore un peu plus les cartes.

La compétition entre candidats est si disputée que certains experts évoquent la possibilité que seuls un ou deux outsiders parviennent à franchir la barre des 15 %, laissant à Bernie Sanders la majeure partie des délégués californiens.

«S’il obtient au moins 40 % ou 45 % des délégués de Californie, il sera difficile à arrêter», estime Christian Grose.

Pour M. Baldassare, c’est de toute façon le «tableau d’ensemble» du «Super Tuesday» qu’il faudra prendre en compte le soir du 3 mars. «La Californie sera un des facteurs, mais pas déterminante à elle seule», estime-t-il.

L’État progressiste n’est en effet pas toujours visionnaire. En février 2008, il avait préféré lors du «Super Tuesday» Hillary Clinton à Barack Obama, qui s’était finalement imposé. AFP, Laurent Banguet