Le secrétaire d'État Mike Pompeo accompagné de la ministre des affaires étrangères Kang Kyung-wha

Pressions américaines à l’ONU pour maintenir l’unité sur la Corée du Nord

NATIONS UNIES - Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, faisait pression vendredi à New York sur les membres du Conseil de sécurité afin de maintenir l’unité de l’ONU face à la Corée du Nord et obtenir une dénucléarisation complète et vérifiable de Pyongyang.

L’objectif est surtout de garder la Chine et la Russie, soutiens de Pyongyang, dans le même bateau que les Occidentaux, après la triple série de sanctions économiques infligée en 2017 à la Corée du Nord pour la contraindre à suspendre, voire arrêter ses programmes d’armement nucléaire et conventionnel jugés dangereux.

Ces derniers mois, plusieurs membres du Conseil de sécurité ont exprimé une certaine frustration de ne pas être informés par les États-Unis sur leurs relations avec les Nord-Coréens, passées de l’enceinte multilatérale des Nations unies à des échanges bilatéraux.

Ayant «été parties prenantes» du début des pressions, il serait «normal» d’être tenus au courant de la suite, devenue principalement un tête-à-tête américano-nord-coréen, font ainsi valoir en substance plusieurs ambassadeurs.

Mike Pompeo devait ainsi rendre compte de ses multiples visites à Pyongyang et du sommet du 12 juin à Singapour entre le président américain Donald Trump et son homologue nord-coréen, Kim Jong Un.

«Il vient pour vérifier que les sanctions sont bien serrées, valider la fermeté», indique un diplomate sous couvert d’anonymat. «Les Chinois ont lancé des ballons d’essai» pour alléger les sanctions «mais à chaque fois Washington a dit non», ajoute-t-il.

«Garder la pression»

Mike Pompeo «va aussi s’assurer que l’application des sanctions reste pleine, certains pouvant être tentés de relâcher la pression», poursuit le même diplomate. «À ce stade, il n’y a eu aucun constat que c’était le cas, notamment de la Chine», précise une autre source diplomatique, elle aussi sous couvert d’anonymat.

Au Conseil de sécurité, «il n’y a pas eu de discussion sérieuse jusqu’à présent pour lever bientôt les sanctions», résume un autre diplomate occidental, membre du Conseil. «Pour cela, il nous faut voir un mouvement sérieux sur le terrain» nord-coréen vers une dénucléarisation, précise-t-il. «Il nous faut garder la pression et ce n’est pas le moment de lever les sanctions», indique-t-il sous couvert d’anonymat.

Cette semaine, Donald Trump a affirmé qu’il n’y avait pas de date butoir pour la dénucléarisation de la Corée du Nord, après avoir estimé qu’elle allait débuter «très rapidement». «Les discussions continuent et se déroulent très, très bien» et «les relations sont très bonnes», a-t-il assuré.

Lors de la réunion, la Chine devait notamment plaider pour un «ajustement» des sanctions au vu de la bonne volonté montrée par le régime nord-coréen en faveur d’un règlement du conflit, mais il est exclu à ce stade que les États-Unis et leurs alliés au Conseil de sécurité enclenchent à ce stade un tel processus.

La triple série de sanctions approuvées par l’ONU en 2017 interdit notamment aux États membres des Nations unies d’acheter à la Corée du Nord du charbon, du fer, du textile et des produits de la pêche. Les exportations de pétrole vers Pyongyang sont aussi limitées.

Jeudi, les États-Unis ont échoué à interdire complètement pour 2018 l’envoi de produits pétroliers raffinés vers la Corée du Nord. Se basant sur des images satellitaires de transbordement illicite de cargaisons en mer et d’accostages de pétroliers en Corée du Nord, Washington a fait des supputations sur le volume de pétrole acheminé et en a déduit que Pyongyang avait dépassé ses quotas autorisés par l’ONU pour cette année.

Moscou et Pékin ont demandé à Washington des informations complémentaires et des explications sur la méthodologie retenue afin de pouvoir se faire un avis sur la demande d’interdiction américaine, renvoyant toute décision à dans plusieurs mois.