Loin devant ses adversaires, M. Poutine, loué par les uns pour avoir ramené la stabilité après les dures années 1990 et vilipendé par les autres pour un net recul des libertés, avait peu de souci à se faire.

Poutine réélu pour un quatrième mandat

MOSCOU — Vladimir Poutine a été réélu dimanche pour un quatrième mandat à la tête de la Russie, fort d'un score aux allures de raz de marée toutefois marqué par les accusations de fraude de l'opposition.

Avec un score dépassant 76 % selon des résultats encore partiels, il est conforté comme l'homme incontournable de son pays, qu'il a replacé au premier rang sur la scène internationale au prix d'un climat de Guerre froide.

Alimentée par le conflit syrien, la crise ukrainienne ou les accusations d'ingérence russe dans l'élection de Donald Trump, la confrontation Est-Ouest s'est encore accentuée depuis que Londres accuse Moscou d'avoir empoisonné un ex-espion russe au Royaume-Uni.

Après dépouillement de 90 % des bulletins, le président russe a obtenu 76,4 % des suffrages, bien plus que les 63,6 % obtenus en 2012 et que tous les sondages de ces dernières semaines, selon la Commission électorale.

Il devance le candidat du Parti communiste Pavel Groudinine, qui ne récolterait que 12 % des voix, devant l'ultranationaliste Vladimir Jirinovski, autour de 6 %, et la journaliste proche de l'opposition libérale, Ksénia Sobtchak (1,5 %)

Devant des centaines de partisans réunis à deux pas du Kremlin, celui qui restera au pouvoir jusqu'en 2024, année où il fêtera ses 72 ans, a remercié les Russes et dit voir dans cette large victoire «la confiance et l'espoir de notre peuple».

«Nous allons travailler tout aussi dur, d'une manière tout autant responsable et efficace», a-t-il ajouté, voyant dans sa victoire «la reconnaissance du fait que beaucoup de choses ont été faites dans des conditions très difficiles».

Le taux de participation était de presque 60 % à 15h GMT (11h, heure du Québec), selon la Commission électorale, présageant un chiffre définitif décevant par rapport à 2012 (65 %) et aux efforts déployés par le Kremlin pour mobiliser des électeurs et mobiliser une élection dont l'issue ne faisait aucun doute.

Première puissance à féliciter le chef du Kremlin, la Chine, par la voix du président Xi Jinping — lui-même réélu samedi à l'unanimité à la tête de l'État par le parlement — a salué lundi une relation sino-russe «à son meilleur niveau historique», à ses yeux un «un exemple pour l'édification d'un nouveau type de relations internationales».

L'opposition, et en premier lieu l'adversaire le plus acharné du pouvoir Alexeï Navalny, interdit de participation et qui avait appelé au boycott, ont accusé les autorités d'avoir gonflé le taux de participation grâce à de nombreuses fraudes, en bourrant les urnes ou en organisant le transport massif d'électeurs vers les bureaux de vote.

Pression pour voter

En Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie il y a tout juste quatre ans, Vladimir Poutine a obtenu près de 92 % des voix tandis que son score dépasse les 93 % en Tchétchénie, république russe du Caucase tenue d'une main de fer par Ramzan Kadirov, selon des chiffres préliminaires.

Pour encourager les électeurs à participer au scrutin, les autorités ont mené des campagnes massives d'information et d'incitation, facilitant le vote hors du lieu de résidence mais aussi, selon des médias, en faisant pression sur les fonctionnaires ou les étudiants pour aller voter.

Des militants de l'opposition ont notamment fait état dimanche d'électeurs amenés en bus dans les bureaux de vote par la police ou de coupons de réduction pour des produits alimentaires distribués aux Russes se rendant aux urnes.

Symboliquement, le scrutin se tenait quatre ans jour pour jour après la ratification du rattachement de la Crimée, à l'issue d'une opération militaire et d'un référendum jugé illégal par Kiev et les Occidentaux.

Plus de 1200 bureaux de vote avaient ouvert en Crimée mais beaucoup de Tatars, une communauté musulmane qui s'est largement opposée à l'annexion, ne comptaient pas se rendre aux urnes.

En représailles à la tenue de la présidentielle en Crimée, Kiev a empêché le vote des Russes résidant en Ukraine. Des dizaines de policiers, ainsi que des militants nationalistes, ont bloqué dimanche l'accès aux consulats russes dans plusieurs grandes villes.  AFP

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LA RUSSIE EN CHIFFRES

  • Le pays le plus grand du monde, avec 11 fuseaux horaires, sur plus de 17 millions de km2, de la mer Baltique à l'ouest à l'océan Pacifique à l'est
  • 146,8 millions d'habitants en 2017 (Rosstat)
  • 1,5 % de croissance économique en 2017 après des baisses de 0,2 % en 2016 et 2,8 % en 2015 (Rosstat)
  • 13,5 % de la population en dessous du seuil de pauvreté, contre 10,7 % en 2012 mais 33,5 % en 1992 (Rosstat)
  • 77 % : la part de la richesse nationale que détiennent les 10 % de Russes les plus riches, un chiffre comparable à celui des États-Unis (étude du Crédit suisse)
  • Au 135e rang, sur 180 pays, dans l'échelle de la corruption, du moins corrompu au plus corrompu, en 2017 (Transparency International)
  • Au 148e rang, sur 180 pays, pour la liberté de la presse, en 2017 (Reporters sans frontières)