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Le président russe Vladimir Poutine lors son discours annuel.
Le président russe Vladimir Poutine lors son discours annuel.

Poutine met en garde l’Occident, l’opposition dans la rue

Romain Colas
Agence France-Presse
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Vladimir Poutine a promis mercredi à ses rivaux occidentaux une riposte «dure» en cas de provocations, dans un grand discours que l’opposition a voulu perturber en organisant des manifestations pour la libération d’Alexeï Navalny.

L’allocution et ces actions de protestation interviennent en pleines tensions russo-occidentales sur le sort de cet opposant emprisonné et en grève de la faim, mais aussi d’un déploiement militaire russe très important aux frontières de l’Ukraine.

Des milliers de personnes ont défié l’interdiction de rassemblement, notamment à Moscou et Saint-Pétersbourg où des foules importantes se sont réunies, sans pour autant atteindre l’ampleur de la mobilisation du début d’année, après l’arrestation de M. Navalny.

Son état de santé inquiète fortement ses partisans, alors qu’il a été placé dans un hôpital pour détenus tuberculeux après trois semaines de grève de la faim.

La réponse policière aux manifestations apparaissait plus mesurée qu’en janvier, même si l’ONG spécialisée OVD-Info a décompté, vers 18H30 GMT, 459 interpellations à travers le pays.

Des milliers de personnes ont défié l’interdiction de rassemblement, notamment à Moscou et Saint-Pétersbourg où des foules importantes se sont réunies.

Le président russe a quant à lui, dans son grand discours annuel, a adressé une mise en garde à ses adversaires étrangers avec lesquels il croise le fer sur de multiples dossiers.

Ligne rouge 

«Les organisateurs de provocations menaçant notre sécurité le regretteront comme jamais ils n’ont eu à regretter quelque chose», a-t-il prévenu.

«J’espère que personne n’aura l’idée de franchir une ligne rouge», a-t-il encore dit, promettant une riposte «asymétrique, rapide et dure».

La Russie, du fait du conflit en Ukraine, de la répression de l’opposition, d’accusations de cyberattaques et d’ingérences est sous le coup de multiples sanctions occidentales.

Mais le seul dossier international précis abordé par M. Poutine est celui d’une tentative «de coup d’État et d’assassinat du président du Bélarus», dénoncée le week-end dernier par les services de sécurité des deux pays qui y ont vu la main d’opposants soutenus par les États-Unis.

Et il n’a pas répondu aux appels occidentaux à retirer les dizaines de milliers de troupes russes déployées aux frontières de l’Ukraine, nourrissant la crainte d’un conflit d’ampleur.

La crise économique et sanitaire due à la COVID-19 a figuré en bonne place du discours, d’autant que des législatives sont prévues en septembre. M. Poutine a promis «d’assurer la croissance des revenus des citoyens» en berne depuis des années, sous l’effet des sanctions et désormais aussi de la pandémie.

À l’approche des élections, Vladimir Poutine reste populaire, mais son parti, réputé corrompu, ne l’est guère.

Sans surprise, M. Poutine n’a pas évoqué l’opposant, qui a cessé de s’alimenter le 31 mars pour protester contre ses conditions de détention.

L’Occident réclame sa libération et la vérité sur son empoisonnement en août 2020 et dans lequel les services spéciaux seraient impliqués.

Détermination et déception 

Des experts de l’ONU ont dit mercredi craindre pour sa vie et réclamé «de lui permettre d’être évacué à l’étranger pour un traitement médical urgent». Ses proches, qui considèrent qu’il risque un arrêt cardiaque, réclament pour leur part une hospitalisation à Moscou.

Malgré l’interdit, des manifestations ont eu lieu dans des dizaines de villes russes mercredi.

Des milliers de personnes ont manifesté de la capitale à l’Extrême-Orient en passant par l’Oural et la Sibérie, scandant des slogans tels que «Poutine tueur», «Libérez-le» ou «Liberté».

À Moscou, ils ont pu, sous l’oeil de centaines de policiers casqués, défiler près du Kremlin et du siège des services de sécurité (FSB) sans que les forces anti-émeute n’interviennent.

Les protestataires interrogés par l’AFP balançaient entre la détermination et une certaine déception de ne pas être plus nombreux.

«Je ne pense pas que cette action pourra sauver Navalny, il faudrait au moins 200 ou 300.000 personnes dans la rue. Là, ce n’est pas le cas», constatait Alexandre Boutouzov, 51 ans.

«C’est un combat pour l’avenir», estimait pour sa part Andreï Zamiatine, un entrepreneur de 51 ans : «Navalny veut changer le système et il est puni pour cela».

À Saint-Pétersbourg, contrairement à Moscou, la police a fait usage de matraques et de tasers pour disperser les protestataires.

Les autorités russes se montrent aussi toujours  déterminées à mettre fin au mouvement pro-Navalny. La semaine prochaine, la justice doit examiner une demande de classer ses organisations comme «extrémistes», ce qui exposerait ses militants à des peines de prison.