Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, son homologue allemand Heiko Maas

Paris et Berlin veulent une «alliance» pour défendre le multilatéralisme

NATIONS UNIES — La France et l'Allemagne ont annoncé mardi leur volonté de créer une «Alliance pour le multilatéralisme» afin de faire contrepoids aux tentatives de rompre avec ce socle de l'ordre international qui régit le monde depuis 1945.

«Face aux risques de déconstruction de notre édifice multilatéral», il faut «un message de soutien aux Nations unies et à l'action multilatérale», a expliqué le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, lors d'une conférence de presse à New York avec son homologue allemand Heiko Maas.

«Nous voulons nous assurer que l'ONU reste l'institution pivot pour la paix et la sécurité à l'avenir», a renchéri le ministre allemand. «Nous voulons aussi nous opposer à l'érosion des structures de désarmement», a ajouté Heiko Maas.

États-Unis, Russie, Chine : ces «trois acteurs majeurs, directement ou indirectement, remettent en cause le multilatéralisme», relève un responsable européen sous couvert d'anonymat.

«Les États-Unis sont dans une forme d'isolationnisme, “America first”, pour laquelle la seule régulation du monde passe par les rapports de forces». «La Russie bloque le Conseil de sécurité sur tous les grands sujets de crise». Et «la Chine se fait le chantre d'un nouveau multilatéralisme» pour en être le centre «avec les routes de la soie», précise cette source.

«Réseau anti-ONU»

Face aux interrogations sur l'avenir des outils de régulation mondiale, «il faut prendre des initiatives, de pression, d'action, d'interpellation» pour contrecarrer le «réseau anti-ONU».

D'où l'idée de cette nouvelle alliance pour «les puissances de bonne volonté» qui sont «convaincues que le rapport de forces n'est pas un modèle d'organisation de la planète».

Selon des diplomates, le Canada et le Japon figurent parmi les pays les plus intéressés par l'initiative, qui sera lancée formellement lors d'une réunion ministérielle en septembre à New York. D'autres pays pourraient s'y joindre, mais à condition de ne pas créer un front ouvertement anti-Donald Trump.

Ce sera un «groupe informel, d'impulsion», «un réseau d'États qui partagent le même objectif». Pas «un nouveau club fermé (et) érigé contre un État», assurent Paris et Berlin qui laissent la porte ouverte à Washington.

À la mi-février, une cinquantaine de pays entraînés par la Russie avaient aussi créé un groupe destiné à défendre les principes de la Charte des Nations unies, bafoués selon eux par les Occidentaux au Venezuela. «Ils se sont arrêtés à la défense de la souveraineté des États en oubliant les droits humains», ironise un diplomate européen.