À compter de fin 2022, soit dans trois ans, il sera interdit de vendre du foie gras, d'en servir ou même d'en détenir à New York. Ci-dessus, des manifestants contre le foie gras, en juin dernier

New York interdit la commercialisation du foie gras à partir de 2022

NEW YORK — Le conseil municipal de New York a adopté mercredi un texte interdisant la commercialisation du foie gras à partir de 2022, une décision qui devrait priver l'industrie, locale en particulier, d'un marché important.

Plusieurs dirigeants d'entreprises de la filière dans la région de New York ont indiqué à l'AFP leur intention de contester en justice cette loi, qui doit encore être ratifiée par le maire de New York, Bill de Blasio.

L'issue du vote de mercredi faisait peu de doute : une majorité d'élus avaient affiché leur soutien à ce texte, présenté en début d'année par plusieurs conseillers municipaux.

À compter de fin 2022, soit dans trois ans, il sera interdit de vendre du foie gras, d'en servir ou même d'en détenir.

Les contrevenants s'exposeront à une amende comprise entre 500 et 2000 dollars, susceptible d'être renouvelée toutes les 24 heures.

New York rejoindra ainsi l'État de Californie, où la commercialisation est interdite depuis janvier, même si la bataille judiciaire continue autour de cette décision.

La production de foie gras est interdite dans plusieurs pays, notamment le Danemark, le Royaume-Uni ou l'Australie.

«C'est une journée historique pour les droits des animaux à New York», a commenté, après le vote, Matthew Dominguez, conseiller politique de l'association «Voters for Animal Rights» («Les électeurs pour les droits des animaux»), qui a joué un rôle majeur dans ce dossier.

«Atrocité»

Le texte adopté mercredi précise que l'interdiction concerne les produits issus du gavage des animaux, pratique dénoncée par les élus ainsi que par plusieurs associations de protection des animaux.

Pour Matthew Dominguez, le gavage est une «atrocité».

L'association de défense des animaux Animal Welfare Institute a salué, dans un tweet, la fin de la commercialisation à New York de «cette nourriture de luxe inhumaine».

Il existe aujourd'hui une offre de foie gras obtenu sans gavage, mais ses volumes sont insignifiants à l'échelle de l'industrie.

Une jeune pousse française, Aviwell, travaille par ailleurs à un procédé alternatif qui pourrait être utilisé par l'industrie.

«On va se battre»

Outre amateurs, détaillants et restaurateurs, les premiers touchés par la mesure seront les deux gros producteurs installés au nord de New York, Hudson Valley Foie Gras et La Belle Farm.

Le foie gras de ces deux exploitations alimente une partie importante du marché new-yorkais, même si la mesure aurait aussi un impact pour des producteurs français.

Aux opposants, qui assurent que les animaux souffrent du gavage, Hudson Valley Foie Gras répond que la quantité de grains administrée aux canards ne dépasse pas celle qu'ils pourraient manger d'eux-mêmes.

Ils soulignent aussi que le gésier du canard a naturellement une fonction de stockage et n'a pas la sensibilité de celui d'un homme.

«On va se battre», a réagi Ariane Daguin, fondatrice et pdg de D'Artagnan, un intermédiaire qui alimente en foie gras une bonne partie du marché new-yorkais. «On va faire un procès.»

Pour elle, la nouvelle loi «n'est pas constitutionnelle du tout». «Ce n'est pas à un conseil municipal de décider ce qui est cruel ou pas pour les animaux.»

L'entrée en vigueur de la mesure «serait dramatique» pour D'Artagnan, dit-elle, car foie gras et morceaux de canard gras pèsent environ 10 % de son chiffre d'affaires, soit 15 millions de dollars.

Pour Izzy Yanay, cofondateur d'Hudson Valley Foie Gras, les activistes s'en sont pris à sa filière parce qu'elle est modeste par rapport aux géants de l'élevage et de l'agroalimentaire.

«C'est très facile de nous attaquer», dit le chef d'entreprise qui annonce une «tragédie» pour une partie de ses 400 employés si la mesure entrait en application.

«Cela fait 40 ans qu'ils attendent cette victoire», a-t-il poursuivi en faisant allusion aux défenseurs des droits des animaux. «Ils ont fait une brèche dans le mur de verre. Maintenant, ils ont leur précédent», qui va leur permettre, selon lui, de s'attaquer à d'autres industries.

«Tout élevage et production est inhumain. Pourquoi prendre un petit comme ça?» a réagi Hugue Dufour, chef du restaurant M. Wells Steakhouse, dans le quartier du Queens.

«Ceux qui s'en tirent, c'est encore le fast-food, les grandes chaînes», a ajouté le chef, qui sert du foie gras dans son établissement.