Un blessé est transporté hors de l'une des deux mosquées ciblées par une attaque à Christchurh, en Nouvelle-Zélande.

Mosquées de Nouvelle-Zélande: une violence d’extrême droite semée par Internet

WASHINGTON — Les attaques sanglantes perpétrées vendredi par un extrémiste de droite contre deux mosquées à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, montrent l’expansion mondiale d’une idéologie nationaliste blanche véhiculée par les réseaux sociaux.

Des rassemblements néonazis de Charlottesville en août 2017, où une militante antiraciste a été tuée, à l’attaque contre une synagogue de Pittsburgh (onze morts) fin 2018, les États-Unis notamment ont vu se multiplier ces dernières années les actions d’une extrême droite ultra-violente et raciste.

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L’assaillant de Christchurch ne semblait pas appartenir à un groupe constitué. Il se présente comme un simple «partisan» et prône la «résistance sans dirigeant», une théorie développée depuis les années 1980, relève Sophie Bjork-James, spécialiste des milieux nationalistes à l’université Vanderbilt.

«L’attentat d’un loup solitaire fait partie d’une stratégie globale», explique-t-elle.

Comme dans beaucoup de tragédies de ce genre et de tueries de masse, les réseaux sociaux jouent un rôle prépondérant.

Le groupe britannique Hope Not Hate, qui s’oppose aux mouvements racistes, note que le tueur, Brenton Harrison Tarrant, avait fait part de ses intentions sur la section politique du forum 8chan, prisé des extrémistes.

Puis il a diffusé son attaque en direct sur Facebook Live, dix-sept longues minutes glaçantes avant que la retransmission ne soit désactivée.

Quant à ses motivations politiques, le tireur affirme les avoir forgées sur Internet. «On ne trouve pas la vérité ailleurs», affirme-t-il dans son manifeste de revendication qu’il a lui-même publié sur les réseaux sociaux.

«Le grand remplacement»

Ce long texte est titré «Le grand remplacement», du nom d’une théorie popularisée par l’écrivain français Renaud Camus. Il s’agit de dénoncer un prétendu remplacement à terme des populations blanches européennes par des immigrés de couleur et majoritairement musulmans

Selon l’historien français Nicolas Lebourg, spécialiste de l’extrême droite et du fascisme, cette théorie découle des concepts du suprémacisme, notamment le «génocide blanc».

«Pour des types comme l’auteur de l’attentat de Pittsburgh, le grand remplacement est organisé par le complot juif mondial. Pour d’autres, ce sont les arabo­musulmans, et l’assaillant de Christchurch se situe dans cette perspective», note l’historien.

La théorie du «grand remplacement» a été reprise par l’extrême droite européenne. En France, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen préfère parler de «submersion migratoire».

Interrogé par l’AFP, Renaud Camus a vivement dénoncé les attaques de Christchurch, «terroristes, épouvantables, criminelles, désastreuses et imbéciles».

Mais pour le sénateur australien Fraser Anning, proche de l’extrême droite, les responsables de la tragédie sont «les programmes d’immigration qui ont permis aux musulmans fanatiques de migrer en Nouvelle-Zélande».

Le tireur de Christchurch affirme aussi dans son texte que Donald Trump, partisan d’une politique d’immigration très stricte, est le «symbole de l’identité blanche renouvelée et d’un but commun».

Esprit de revanche

Dans ce manifeste, il cite dans le texte différents auteurs d’attaques racistes ou d’ultra-droite, en particulier le Norvégien Anders Behring Breivik qui a tué 77 personnes en juillet 2011. Il affirme avoir eu «un bref contact» avec lui.

Il cite aussi l’Américain Dylan Roof (neuf morts dans une église de Charleston fréquentée par des Noirs en juin 2015), l’Italien Luca Traini (six blessés dans une fusillade raciste en février 2018 à Macerata) et le Canadien Alexandre Bissonnette (six morts dans une mosquée de Québec en janvier 2017), dont il a écrit le nom sur son fusil semi-automatique.

Pour Nicolas Lebourg, «l’année 2015 est passée par là». Marquée par la crise des réfugiés en Europe et par les attentats djihadistes à Paris, elle a suscité chez ces militants ultra-violents un esprit de «revanche».

Dans son manifeste, l’assaillant dit vouloir venger «les milliers de vies européennes perdues lors d’attentats terroristes dans les pays européens», espérant que son acte aura des répercussions mondiales.

Il préconise aussi la «séparation raciale» sur le continent nord-­américain, où certains nationalistes comme Richard Spencer, l’un des membres les plus en vue de l’extrême droite américaine, prônent la création d’un «État ethnique» réservé aux Blancs.

Cette capture d'écran tirée d'une vidéo diffusée en direct montre le tireur présumé.