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Le très fidèle secrétaire d’État, Mike Pompeo, pousse jusqu’au bout ses priorités chères aux conservateurs.
Le très fidèle secrétaire d’État, Mike Pompeo, pousse jusqu’au bout ses priorités chères aux conservateurs.

Mike Pompeo, le dernier des trumpistes

Francesco Fontemaggi
Agence France-Presse
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WASHINGTON — S’il devait n’en rester qu’un, ce serait peut-être lui.

Sans jamais se démarquer de Donald Trump même maintenant que de nombreux républicains lui tournent le dos, son très fidèle secrétaire d’État Mike Pompeo pousse jusqu’au bout ses priorités chères aux conservateurs. L’œil visiblement rivé sur la présidentielle de 2024.

À huit jours de l’investiture du président élu Joe Biden, le dernier des trumpistes a ainsi prononcé mardi un énième discours virulent contre l’Iran, accusé d’être devenu la «nouvelle base» des jihadistes d’Al-Qaïda, le réseau responsable des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

Les experts se montrent sceptiques sur cet «axe» entre l’Iran chiite et la nébuleuse sunnite, mais Mike Pompeo assure dévoiler des «informations nouvelles» sur une alliance qu’il fait remonter à 2015.

La date n’est pas anodine. Elle correspond à la signature de l’accord international censé empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.

Trois ans plus tard, Donald Trump a déchiré ce texte considéré par la droite américaine comme un chèque en blanc à un État accusé par Washington de soutenir le terrorisme. Et Mike Pompeo, fer de lance de la «pression maximale» contre Téhéran, tente de rendre plus difficile la tâche de Joe Biden, qui a promis de revenir dans l’accord nucléaire.

«Si c’était vrai, pourquoi le révèle-t-il huit jours avant de quitter le pouvoir?», s’interroge Trita Parsi, du Quincy Institute for Responsible Statecraft, au sujet des accusations sur «l’axe Iran/Al-Qaïda». «Probablement, car il veut absolument tenter d’empêcher le gouvernement Biden de réparer les pots cassés», dit-il à l’AFP.

Obstacles pour Biden

De fait, le faucon Pompeo dédie ses derniers jours à dresser des obstacles sur le chemin du futur président démocrate, en enfonçant le clou contre les bêtes noires des conservateurs: l’Iran, Cuba, la Chine ou encore les médias.

Dans un gouvernement à l’arrêt, dont plusieurs ministres ou conseillers ont claqué la porte après l’assaut donné le 6 janvier par des partisans de Donald Trump contre le Capitole, Mike Pompeo est l’un des seuls à encore s’activer.

Ces derniers jours, il a levé les restrictions dans les communications avec Taïwan, faisant enrager la Chine.

Il a classé les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, comme groupe terroriste, malgré les avertissements internationaux sur les risques de famine.

Puis il a inscrit Cuba sur la liste noire des États soutenant le terrorisme, compliquant le souhait de Joe Biden de renouer avec le dialogue.

Et il est allé au siège de la radio publique internationale Voice of America pour critiquer... Voice of America, accusée de «dénigrer» les États-Unis.

«Surfer» sur le chaos

Lorsqu’une correspondante de la radio à la Maison-Blanche l’a suivi à la sortie pour tenter, en vain, de lui poser des questions, elle s’est vue réaffectée le soir même à un autre poste moins prestigieux par sa direction, rapporte le site Vox.

Car Mike Pompeo, qui n’a jamais caché son mépris pour la plupart des médias, n’a pas répondu à la moindre question qui ne soit pas venue d’un journaliste conservateur ou «ami» depuis le 10 novembre.

Ce jour-là, une semaine après la présidentielle, il avait refusé de reconnaître la victoire de Joe Biden et avait promis une «transition en douceur» vers «un second mandat Trump».

Il aura fallu attendre les violences du Capitole, et la promesse tardive d’une transition «sans accrocs» par le milliardaire républicain jusque-là arc-bouté sur la négation de sa défaite, pour que le secrétaire d’État accepte de recevoir son successeur désigné, Antony Blinken.

Mais à la différence d’un grand nombre de ténors républicains qui ont clairement pris leurs distances avec Donald Trump, Mike Pompeo s’est contenté de condamner l’assaut du 6 janvier.

«Ce qui s’est passé ce jour-là était terrible», a-t-il encore dit mardi. «Mais l’Histoire montrera le bon travail que ce président et notre gouvernement auront réalisé», a ajouté celui qui peaufine, sur Twitter, son propre bilan diplomatique.

Peu après les violences, il a d’ailleurs pris le temps de poser pour une photo avec la députée Lauren Boebert, nouvelle égérie de l’ultradroite qui a provoqué la polémique pour ses propos avant et pendant l’émeute.

«Certains estiment qu’il y a eu une tentative de coup d’État contre le gouvernement américain et sont choqués. Pompeo voit tout cela et se dit "Je peux surfer sur cela jusqu’à la Maison-Blanche en 2024"», déplore David Rothkopf, spécialiste de politique étrangère et journaliste souvent critique à l’égard de Donald Trump.