Les discussions se poursuivent entre la délégation ouest-africaine et les militaires. 
Les discussions se poursuivent entre la délégation ouest-africaine et les militaires. 

Mali : le sort du président Keïta au coeur des pourparlers entre délégation ouest-africaine et junte

Serge Daniel
Agence France-Presse
Malick Konate
Agence France-Presse
BAMAKO — Les discussions entre une délégation ouest-africaine et la junte qui a pris le pouvoir au Mali se poursuivent dimanche pour la seconde journée consécutive à Bamako, autour du sort du président déchu Ibrahim Boubacar Keïta.

«Ça se passe très bien», a assuré dimanche matin l’ancien chef de l’État nigérian, Goodluck Jonathan, le médiateur attitré de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), mandaté pour «assurer le retour immédiat de l’ordre constitutionnel» dans le pays sahélien.

«Depuis plus de trois heures, la junte et la délégation de la Cédeao discutent sur le sort du président IBK et sur le retour à un ordre constitutionnel normal», a déclaré à l’AFP un membre de la mission ouest-africaine, qui a requis l’anonymat.

Samedi, plusieurs envoyés de la Cédéao ont pu rencontrer le chef d’État déchu, qui a annoncé mardi sa démission, alors qu’il se trouvait aux mains des putschistes.

«Nous avons vu le président Keïta», a confirmé Goodluck Jonathan, qui a précisé à son propos : «Ça va».

Auparavant, les envoyés de la Cédéao avaient été reçus pendant une trentaine de minutes par les membres du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) mis en place par la junte, dont le nouvel homme fort du pays, le colonel Assimi Goïta.

Selon le porte-parole des militaires, Ismaël Wagué, «les échanges avec la Cédéao se passent très bien».

«Nous avons l’espoir de trouver des terrains d’entente», a confirmé dimanche un proche de la junte.

Les militaires acclamés

Le président de la Commission de la Cédéao, Jean-Claude Kassi Brou, a souligné la «volonté de vraiment aller de l’avant» des militaires et le souci des pays ouest-africains de trouver «une solution qui satisfasse les Maliens d’abord et qui soit aussi bénéfique pour tous les pays de la sous-région».

«Nous espérons pouvoir tout finaliser d’ici lundi», a-t-il ajouté.

Des avancées doivent être réalisées rapidement, a expliqué un membre de la délégation : «Il faut des résultats parce que le 26 aout, les chefs d’États de la Cédeao se réunissent pour dire s’ils renforcent les sanctions contre la junte ou si on desserre l’étau».

Les pays voisins du Mali, réunis en Sommet extraordinaire, avaient réclamé jeudi le «rétablissement» du président Keïta et décidé d’envoyer cette délégation à Bamako, la quatrième de l’ex-président Goodluck Jonathan depuis le début de la crise socio-politique qui ébranle le Mali depuis les législatives contestées de mars-avril.

Élu en 2013 et réélu en 2018, le président Keïta était fortement contesté dans la rue à l’appel d’un mouvement d’opposition hétéroclite qui réclamait sa démission.

Dénoncé par la communauté internationale, le coup d’État militaire n’a suscité aucune opposition notable à Bamako. Les Maliens ont repris leurs activités dès le lendemain du putsch et la télévision nationale, l’ORTM, poursuit ses programmes.

Les militaires au pouvoir ont promis de mettre rapidement en place une «transition politique». Ils ont été acclamés vendredi par des milliers de personnes dans le centre de Bamako.

Quatre soldats tués

Alors que les discussions politiques et diplomatiques se poursuivent à Bamako, quatre soldats ont été tués et un grièvement blessé samedi par un engin explosif dans le centre du pays.

En mars 2012, alors que les rebelles touareg avaient lancé une offensive majeure dans le nord du Mali, des soldats s’étaient déjà mutinés contre l’inaptitude du gouvernement à faire face à la situation et avaient chassé le président Amadou Toumani Touré.

Mais le coup d’État avait précipité la chute du Nord du Mali aux mains de groupes islamistes armés, jusqu’à ce qu’ils en soient en grande partie chassés par une intervention militaire internationale lancée par la France en janvier 2013 et toujours en cours.

Les attaques de groupes jihadistes se sont étendues en 2015 au centre du pays, entraînant de lourdes pertes civiles et militaires.

Ces attaques, mêlées à des violences intercommunautaires, ont également débordé au Niger et au Burkina Faso.

L’incapacité de l’État malien à contrôler de vastes parts de son territoire dans le Nord et le centre a été dénoncée pendant des mois par les opposants au président Keïta.

Les putschistes ont également justifié leur intervention notamment par l’insécurité régnant dans le pays et par le manque de moyens de l’armée.