Emmanuel Macron et Donald Trump lors d'une rencontre à New York en septembre 2017

Macron retrouve son «ami» Trump sur fond de désaccords profonds

PARIS — Le président français, Emmanuel Macron, retrouvera lundi aux États-Unis son homologue Donald Trump, qu’il espère convaincre sur nombre de points de désaccord, Iran en tête, sans certitude aucune que celui qu’il appelle volontiers son «ami» l’écoutera.

Premier dirigeant étranger à être reçu par Trump avec les honneurs d’une «visite d’État», le président français aura droit au grand jeu: dîner privé dans le cadre enchanteur de Mount Vernon, la demeure historique de George Washington, cérémonie dans le jardin de la Maison-Blanche et soirée dans ses salons.

Ces deux hommes si dissemblables aiment chacun rappeler leur point commun: ils ont tous deux remporté une victoire longtemps jugée inimaginable.

Louant «une relation très personnelle» et «un bon niveau de confiance et de respect» avec le 45e président américain, M. Macron expliquait cette semaine dans Vanity Fair apprécier ses conversations «très directes» avec ce dernier.

Mais les deux dirigeants ont des positions diamétralement opposées sur bon nombre de dossiers, du climat à l’Iran en passant par le libre-échange.

Et s’il est tombé sous le charme du défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées parisiens, au point de vouloir s’en inspirer pour un «remake» à Washington, Trump n’a jusqu’ici pas cédé d’un pouce sur le fond.

Mount Vernon, la demeure de George Washington, située dans l'État de Virginie

Iran, sujet phare

Pour le président français, qui s’exprimera mercredi devant le Congrès en anglais, la question est de savoir ce qu’il rapportera de ses trois jours à Washington, au-delà d’un rappel du «statut unique de la France, tout premier allié de l’Amérique».

Dossier emblématique des désaccords, l’accord sur le nucléaire iranien devrait dominer les discussions, d’autant que Donald Trump tranchera sur son sort dans trois semaines.

En campagne, il avait promis de «déchirer» ce texte, fruit d’années d’âpres négociations visant à empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique.

Il a donné à ses signataires européens (France, Royaume-Uni et Allemagne) jusqu’au 12 mai pour le durcir, faute de quoi il mettra sa menace à exécution et rétablira les sanctions contre Téhéran.

Très attachée au maintien de l’accord, la présidence française se dit «extrêmement prudente» sur ses chances de convaincre, car «les signaux ne sont pas encourageants». Paris dit même ne «pas s’attendre à une percée diplomatique».

Autre date butoir sensible, source de très vives tensions transatlantiques: l’exemption de tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium pour les pays de l’UE expire le 1er mai.

Quant à la Syrie, Washington, Londres et Paris ont coordonné des frappes en réponse à l’attaque chimique près de Damas. Le président français s’est alors vanté d’avoir «convaincu» le président américain de «rester dans la durée» en Syrie. Mais, quelques heures plus tard, la Maison-Blanche démentait, rappelant que le président américain voulait toujours que «les forces américaines rentrent à la maison le plus vite possible».

Quant à l’accord de Paris de 2015 contre le réchauffement climatique, qu’Emmanuel Macron espérait encore cet automne convaincre Donald Trump de réintégrer, il semble relégué au second plan.

Shinzo Abe bredouille

Sur tous ces dossiers, «Emmanuel Macron peut espérer infléchir les positions de Donald Trump, mais jusqu’ici, les résultats concrets ont été très limités», reconnaît Benjamin Haddad, chercheur au Hudson Institute de Washington.

Mais l’approche «réaliste» du président français pourrait s’avérer payante sur d’autres fronts, souligne-t-il, citant la lutte contre le terrorisme.

Pour Paris, l’appui américain dans la lutte contre les djihadistes au Sahel reste en effet une priorité.

Le président français se rend aussi sur place comme chantre de l’Europe, notamment dans le différend commercial. «En étant pour Donald Trump ce qu’Angela Merkel était pour Barack Obama, l’interlocuteur central et fiable, il peut émerger comme le leader diplomatique de l’Union européenne et gagner du crédit pour son agenda de réformes de l’UE», estime l’expert.

Le face à face entre les deux hommes intervient quelques jours après la réception fastueuse, à Mar-a-Lago en Floride, de l’autre dirigeant avec lequel Trump affiche haut et fort sa bonne entente: le Japonais Shinzo Abe.

Mais en dépit des tapis rouges, d’une matinée de golf et d’un cheeseburger partagé sur les verts, les résultats furent plutôt maigres pour le dirigeant nippon, reparti sans l’exemption sur les tarifs douaniers qu’il espérait.