Emmanuel Macron a lancé un appel à l'unité lors de discours de fin d'année à la nation française.

Macron exhorte les Français à l’«unité» et à «faire mieux» en 2019

PARIS - Après une année 2018 éprouvée par de «grands déchirements», le président français, très impopulaire, a tenté de reprendre le cap de son quinquennat lundi soir lors de ses voeux aux Français, les exhortant à «faire mieux» et à retrouver la «maîtrise» de leur «quotidien» et de leur «destin».

«Cessons de nous déconsidérer ou de faire croire que la France serait un pays où les solidarités n’existent pas, où il faudrait dépenser toujours davantage», a déclaré le président depuis le palais de l’Élysée, alors que des rassemblements de «gilets jaunes» avaient lieu à Paris et dans plusieurs villes de province.

«Nous pouvons faire mieux et nous devons faire mieux», a-t-il lancé.

Le mouvement populaire et inédit des «gilets jaunes» - ces Français mobilisés depuis mi-novembre contre la politique sociale et fiscale du gouvernement, lors d’actions qui ont été ponctuellement très violentes - a fortement déstabilisé le gouvernement d’Emmanuel Macron et fait douter sur sa capacité à poursuivre son programme de réformes.

Les controverses autour de son ex-collaborateur controversé Alexandre Benalla, la démission de deux de ses «ministres vedettes», des déclarations jugées méprisantes par une partie de l’opinion (ses attaques contre les «Gaulois réfractaires» ou les chômeurs qui n’auraient «qu’à traverser la rue» pour travailler): 2018 a été une année éprouvante pour Emmanuel Macron, arrivé à la présidence en 2017 à 39 ans, et dont la cote de popularité s’est effondrée ces derniers mois.

«Unité retrouvée» 

La «colère» des «gilets jaunes» a montré que «nous ne sommes pas résignés», a lancé M. Macron lundi soir. «Les résultats» des réformes engagées depuis le début du quinquennat «ne peuvent pas être immédiats et l’impatience, que je partage, ne saurait justifier aucun renoncement», a ajouté le chef de l’État.

Sans citer les «gilets jaunes», il a évoqué dans son allocution «de grands déchirements et une colère qui venait de loin: colère contre les injustices, contre le cours d’une mondialisation parfois incompréhensible, colère contre un système administratif devenu trop complexe et manquant de bienveillance (...)».

«Notre pays veut bâtir un avenir meilleur reposant sur notre capacité à inventer de nouvelles manières de faire et d’être ensemble; notre avenir ne se fera pas autrement que par une unité retrouvée et un effort de chacun», a-t-il martelé.

Les voeux à la Nation lui ont permis de parler des réformes annoncées pour 2019, en particulier celle de la fonction publique et de l’assurance chômage, mais aussi d’initiatives comme ce «grand débat national» prévu de janvier à mars avec lequel l’exécutif espère apaiser la colère des «gilets jaunes».

Il a précisé qu’il écrirait aux Français «dans quelques jours» afin d’en préciser les contours.

À Bordeaux (sud-ouest), où les «gilets jaunes» ont appelé à «faire la fête» pour le réveillon, très peu parmi la grosse centaine de manifestants présents ont regardé le président sur leur téléphone intelligent. «J’ai entendu que rien n’allait changer», a déclaré à l’AFP Rabah, 52 ans, chef d’équipe dans le bâtiment, qui l’a écouté. «Franchement, il est sourd, il ne montre aucun signe d’apaisement, les gens vont continuer de plus belle», a-t-il estimé.

«Projet européen renouvelé» 

Après des voeux de «vérité» et de «dignité», le président français a souhaité formuler un «voeu d’espoir en nous-mêmes comme peuple, en notre avenir commun, espoir en notre Europe». «Ce que nous voulons profondément, c’est retrouver la maîtrise de notre quotidien et de notre destin, ne plus subir».

«Retrouver la maîtrise de notre vie, c’est choisir notre alimentation, c’est assurer la justice fiscale, c’est nous protéger contre nos ennemis, c’est investir pour innover, c’est apporter une réponse commune aux migrations; je crois très profondément dans cette Europe qui peut mieux protéger les peuples et nous redonner espoir», a-t-il lancé.

«C’est aussi cela qui doit guider le projet européen renouvelé, que je vous proposerai dans les prochaines semaines», a-t-il ajouté, évoquant ainsi les élections européennes de mai 2019.

Au même moment, quelques dizaines de «gilets jaunes», mêlés à des touristes et des badauds, arpentaient l’avenue des Champs-Élysées à Paris, avant un spectacle «son et lumière» prévu sur l’Arc de triomphe.

Au fil des semaines, les Champs-Élysées sont devenus l’épicentre parisien de ce mouvement de contestation protéiforme, qui a rassemblé à son plus fort 282 000 personnes en France le 17 novembre.

Environ 12 000 policiers notamment étaient déployés lundi soir dans la capitale, selon la préfecture de police.

Dix personnes sont décédées depuis le début de la contestation des «gilets jaunes» en France et plusieurs milliers ont été blessées, parfois gravement.