«Nous n'allons pas permettre que nos sanctions soient contournées par l'Europe ou qui que ce soit d'autre», a averti mardi le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo au lendemain de l'annonce européenne.

Les Européens veulent faire du troc avec l'Iran

NATIONS UNIES — Les États-Unis ont vivement répliqué mardi au projet européen d'instaurer un troc avec l'Iran pour contourner les sanctions américaines, menaçant de leur foudre ceux qui se prêteront au jeu.

«Nous n'allons pas permettre que nos sanctions soient contournées par l'Europe ou qui que ce soit d'autre», a averti mardi le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo au lendemain de l'annonce européenne.

Il a notamment mis en cause le système SWIFT, qui supervise les transactions bancaires internationales, contre toute coopération avec ce qu'il a qualifié de «banque centrale du terrorisme».

«Véhicule spécial»

Lundi soir, la chef de la diplomatie de l'Union européenne Federica Mogherini avait annoncé la création d'un «véhicule spécial» (Special purpose vehicle - SPV), qui fonctionnera comme une bourse d'échanges, pour permettre à l'Iran de continuer à vendre du pétrole.

«Cela ressemblera à une chambre de compensation. Lorsque nous importerons du pétrole d'Iran, l'argent sera versé au SPV. Si ensuite une machine est vendue par une société européenne en Iran, le paiement interviendra via le SPV», a expliqué un diplomate européen à l'AFP.

«Le pétrole est la seule contrepartie que l'Iran peut donner (...) Il permet aux recettes du pétrole d'être utilisées pour importer des biens», a ajouté une source française.

Impact limité

Mike Pompeo a promis de suivre de près l'affaire tout en ironisant sur le fait que «pour l'heure cette entité n'existe pas et qu'aucune échéance n'est même annoncée pour sa création». «L'Union européenne est forte en rhétorique, mais faible en travaux de suivi», a-t-il lancé.

L'accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 est censé empêcher l'Iran de se doter de la bombe atomique tout en sortant le pays de son isolement économique grâce à une levée des sanctions qui l'étranglaient.

Mais en claquant la porte de l'accord en mai, Donald Trump a rétabli une série de sanctions lourdes de conséquences pour l'économie iranienne et pour les entreprises étrangères commerçant avec l'Iran si elles opèrent en dollars ou ont aussi des intérêts aux États-Unis.

Le 4 novembre, une nouvelle vague de sanctions frappera directement les exportations de brut iranien et les opérations bancaires avec ce pays qui va se retrouver de facto déconnecté des circuits financiers internationaux.

Le président français Emmanuel Macron a concédé que ces nouveaux circuits de paiement ne combleraient pas l'impact des sanctions américaines sur l'économie iranienne.

«Ils ne permettront pas de corriger ou faire changer les décisions de certains grands groupes européens ou internationaux qui sont très exposés aux États-Unis», a-t-il admis.

Commerce ou chaos

Sous la menace, nombre de grands groupes (Total, Daimler...) très engagés aux États-Unis ont cessé toute activité avec l'Iran par crainte de représailles américaines.

Mais en préservant un minimum de bénéfices, les Européens espèrent convaincre Téhéran de rester dans l'accord nucléaire et de ne pas reprendre son programme nucléaire, susceptible de déclencher une course à l'arme atomique dans la région.

Ils s'inquiètent aussi d'un affaiblissement du président iranien Hassan Rohani, ardent défenseur de l'accord nucléaire mais qui, pour l'heure, n'en a pas engrangé les bénéfices escomptés, au profit des éléments les plus radicaux du régime.

«Si les fronts se durcissent, rien n'ira mieux, rien ne sera plus simple, tout deviendra plus difficile et plus dangereux. Ce chemin conduirait à une impasse et mènerait au danger d'une escalade régionale», a averti le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas.

Donald Trump fait exactement le pari inverse : exercer une pression maximale sur l'Iran pour le convaincre de négocier un accord plus draconien, limitant aussi ses activités balistiques.

«Nous ne pouvons pas permettre au principal soutien du terrorisme dans le monde de posséder les armes les plus dangereuses de la planète» ou de «menacer l'Amérique» ou Israël, a-t-il martelé, appelant «toutes les nations» à isoler le régime iranien. Mercredi, il devrait tenter d'unifier le Conseil de sécurité à cette idée mais qui sera probablement rejetée par notamment la Russie et la Chine.

Lundi, le président iranien Hassan Rohani a affirmé à la chaîne de télévision NBC que son pays avait choisi de rester pour l'instant dans l'accord nucléaire.