«Sois cool avec moi, gamine», a glissé Joe Biden à Kamala Harris en la saluant avant même que le débat commence.

Les démocrates promettent l’unité, mais divergent sur la santé

DETROIT - Les candidats à la primaire démocrate ont lancé de vibrants appels à l’unité pour battre Donald Trump en 2020 et restaurer «l’âme» de l’Amérique à l’ouverture d’un débat télévisé mercredi, mais les tensions ont rapidement repris le dessus, en particulier entre Joe Biden et l’une de ses principales rivales, Kamala Harris.

«Regardez cette estrade, il y a des gens avec des parcours divers», a lancé l’ancien vice-président et grand favori Joe Biden, encadré de deux sénateurs noirs, d’un élu latino, d’un entrepreneur asiatique...

«M. Président, c’est ça l’Amérique et c’est ce qui nous rend plus fort», a-t-il poursuivi dans son propos introductif. «Alors, disons-le franchement, nous aimons notre pays, nous n’allons pas le quitter et nous n’allons certainement pas vous le laisser.»

Sur une même note, la sénatrice Kamala Harris, quatrième dans les sondages, a promis de «lutter» pour éviter un nouveau mandat de quatre ans du milliardaire républicain.

Derrière cette unité affichée, des divergences et des échanges musclés sont immédiatement apparus entre les deux têtes d’affiche de la soirée, qui s’étaient déjà affrontées lors d’un précédent débat. Cette fois-ci, c’est sur la réforme du secteur de la santé, thème majeur de ce début de campagne, qu’ils se sont vivement opposé.

«Sois cool avec moi, gamine», a glissé Joe Biden à Kamala Harris en la saluant avant même que le débat commence.

En juin, la sénatrice noire avait reproché à l’ancien numéro deux de Barack Obama des prises de position remontant aux années 70 sur la question raciale.

Comme abasourdi par la charge, Joe Biden, 76 ans, s’était mal défendu et avait temporairement chuté dans les sondages, avant de retrouver sa confortable avance : 32 % de soutiens démocrates, contre 15 % chacun environ pour les sénateurs progressistes Elizabeth Warren et Bernie Sanders, et 10,5 % pour Kamala Harris.

«Avenir» 

Ce vétéran de la politique, qui a servi 36 ans au Congrès, a également fait l’objet d’attaques d’autres démocrates sur son soutien passé à une loi répressive ayant poussé de nombreux Noirs en prison, ou à une autre loi interdisant de financer les avortements avec des fonds publics.

Pour contrer l’image d’un homme dépassé par les évolutions du monde, il s’est dépeint comme un candidat tourné vers «l’avenir et non le passé» dans un tweet publié quelques minutes avant le début du débat.

Donald Trump l’accuse régulièrement d’être «endormi», «moins en forme» qu’avant, mais prédit sa victoire à la primaire.

Selon le site RealClearPolitics, qui compile les différents sondages, le milliardaire républicain perdrait face à Joe Biden, très populaire dans les milieux ouvriers grâce à ses origines modestes et sa personnalité chaleureuse.

À quelques heures du débat, l’ancien vice-président a encore joué la carte de l’empathie dans une tribune consacrée à ses projets de réforme de l’assurance maladie.

Rappelant avoir perdu sa première femme et leur fille dans un accident de voiture, qui avait aussi blessé ses deux fils, il a écrit avoir eu «la chance d’avoir une assurance privée». Mais, a-t-il ajouté, «je crois sincèrement que la santé est un droit pour tous».

Ce qui ne l’a pas empêché de décrier le projet de couverture santé universelle financée sur des fonds publics prôné par Bernie Sanders et Elizabeth Warren, selon lui coûteux et long à mettre en place.

«Conte de fées» 

Cette proposition, tout comme d’autres promesses de réformes radicales sur l’immigration ou l’environnement, ont été au cœur de la première soirée de débat mardi, qui a jeté une lumière crue sur les lignes de fractures au sein du parti démocrate.

Des petits candidats centristes ont décrié des promesses «de contes de fées» risquant de «faire fuir les électeurs indépendants». Elizabeth Warren, 70 ans, a refusé de se contenter de «petites idées mal articulées». «Les républicains n’ont pas peur des grandes idées eux», a renchéri Bernie Sanders, 77 ans.

Les débats ont été «animés», mais «je pense que c’est sain», a commenté le chef du comité national démocrate Tom Perez. Il y a «indéniablement de grosses différences d’opinions», mais ce sont «les électeurs qui vont choisir la ligne du parti».

La jeune vedette démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, la plus jeune élue du Congrès, à 29 ans, a apporté son soutien aux sénateurs de gauche. «Une vision progressive nous fera gagner parce qu’il ne s’agit pas juste de grappiller des votes républicains, mais d’inspirer et d’augmenter la participation», a-t-elle estimé.

Le premier vote de la primaire démocrate aura lieu dans le petit État de l’Iowa, le 3 février 2020.