Né le 20 avril 1889 dans la ville autrichienne de Braunau-am-Inn, Hitler ignorait avoir des talents artistiques nettement moins développés que ses ambitions.

Les ambitions lyriques d'Hitler exposées pour la première fois en Autriche

SANKT PÖLTEN — On savait Adolf Hitler admiratif du compositeur allemand Richard Wagner, mais que le futur dictateur nazi se soit lancé dans la composition d'un opéra en étonnera plus d'un.

Une partition de ce projet avorté intitulé Wieland der Schmied (Wieland le forgeron) est présentée pour la première fois dans le cadre d'une exposition sur le «jeune Hitler» qui ouvre ses portes ce week-end en Autriche.

Les débuts d'une mélodie ont été griffonnés sur du papier à musique jaunit en 1908 par son seul ami d'alors, August Kubizek, qui les a conservés et les a transmis à ses héritiers. Hitler avait vingt ans. C'est lui qui jouait du piano.

Il n'avait pourtant suivi que quatre mois de cours, ce qui en dit long selon Christian Rapp, l'un des commissaires de l'exposition, sur sa mégalomanie. «Hitler a toujours surestimé ses capacités», explique M.Rapp à l'AFP.

Cette partition est considérée comme la seule page survivante d'un projet ambitieux basé sur la mythologie germanique ressemblant étroitement à une oeuvre inachevée de Wagner, qui porte le même nom.

L'exposition, intitulée Le jeune Hitler - Années de formation d'un dictateur. 1889-1914 ouvre ses portes samedi à la Maison de l'Histoire du Musée de Basse-Autriche à Sankt-Pölten (nord-est) et expose jusqu'au 9 août une série d'objets ayant appartenu à Hitler ou liés à lui, collectés par August Kubicek entre 1907 et 1920.

Ce dernier les avait d'abord conservés comme des souvenirs de sa jeunesse avant de réaliser leur potentielle importance historique. Lettres, cartes postales rédigées par Hitler, peintures et croquis réalisés de sa main...

On y retrouve lettres, cartes postales rédigées par Hitler, peintures et croquis réalisés de sa main.

Né le 20 avril 1889 dans la ville autrichienne de Braunau-am-Inn, Hitler ignorait avoir des talents artistiques nettement moins développés que ses ambitions.

«Quand quelque chose n'allait pas, c'était toujours de la faute des autres, jamais de la sienne», explique Christian Rapp. Hannes Leidinger, un autre commissaire de l'exposition, explique à l'AFP que ceux qui ont connu Hitler dans ses premières années l'ont tous trouvé «intransigeant, indocile et agressif».

«Une bombe»

Pour M. Rapp, Hitler était «déjà dans sa jeunesse une bombe, si vous voulez. La Première Guerre mondiale a fourni le détonateur et elle a été allumée en Allemagne, mais vous pouvez trouver tous les composants d'une bombe pendant sa période autrichienne».

En plus de retracer le parcours personnel d'Hitler, l'exposition explore la face cachée de la Belle époque, c'est à dire le contexte politique et social de Autriche au tournant du XXe siècle.

Elle tente de démontrer que si la modernité éclorait à Vienne, de nombreux concepts de l'idéologie nazie - racialisme, antisémitisme, militarisme - étaient déjà en parallèle largement répandus dans la société autrichienne.

En plus de retracer le parcours personnel d'Hitler, l'exposition explore la face cachée de la Belle époque, c'est à dire le contexte politique et social de Autriche au tournant du XXe siècle.

L'Autriche, annexée par Hitler à l'Allemagne en 1938, entretient une relation complexe à son passé nazi. Après la Seconde guerre mondiale, ses gouvernements successifs l'ont présentée comme «la première victime du nazisme», niant la complicité de nombreux Autrichiens dans les crimes du IIe Reich.

Un regard critique a commencé à s'exercer au milieu des années 1980, lors de la candidature à la présidence de la République de Kurt Waldheim, un ancien officier de la Wehrmacht. Mais c'est aussi en 1983 que le parti autrichien de la Liberté (FPÖ), créé en 1956 et dirigé dans ses premières années par un ex-officier de la Waffen-SS a fait son entrée au gouvernement pour la première fois. Il a de nouveau dirigé le pays en coalition entre 2000 et 2005, puis entre 2017 et 2019.

Les commissaires espèrent que leur exposition permettra aux visiteurs de comprendre comment naissent les projets totalitaires. «Il faut du temps pour faire infuser des idées mauvaises dans la société et il en faut tout autant pour les faire disparaître... Cela fait des décennies qu'on y travaille», dit Christian Rapp.