Un attentat-suicide a été perpétré en fin de journée samedi à Kaboul, tuant au moins 15 personnes.

Législatives en Afghanistan: dépouillement après le chaos et la violence

KABOUL — Le dépouillement des bulletins a commencé en Afghanistan au terme d'une journée de scrutin législatif marquée par des violences qui ont fait 36 morts et par un chaos ayant empêché de nombreux électeurs de voter.

Le vote n'est pas pour autant terminé, 401 bureaux qui n'ont pu ouvrir samedi en raison de divers dysfonctionnements — liste électorale incorrecte, manque d'assesseurs, terminaux biométriques récalcitrants — ouvriront dimanche, qui a été décrété férié.

Le vote dans la province de Kandahar (sud) a lui été reporté à samedi prochain à la suite d'une attaque des talibans jeudi qui a décimé la majorité de l'état-major sécuritaire provincial.

La composition du nouveau Parlement est attendue le 10 novembre.

Le vice-ministre de l'Intérieur Akhtar Mohammad Ibrahimi a indiqué au cours d'une conférence de presse que 36 personnes avaient été tuées, dont 27 civils, lors de 193 incidents sur tout le territoire.

Une centaine de civils ont également été blessés lors d'attaques par des hommes armés de 5 bureaux de vote, par plus de 70 tirs de roquettes et un nombre indéterminé d'explosions d'engins artisanaux.

Un attentat-suicide a été perpétré en fin de journée à Kaboul, tuant au moins 15 personnes.

M. Ibrahimi s'est néanmoins félicité que ce scrutin ait vu «50 % moins d'attaques que lors des élections présidentielles de 2014» au cours desquelles «plus de 400 incidents avaient été recensés».

Le porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid, qui dans la matinée avait sommé une nouvelle fois les citoyens de «s'abstenir de participer à ce processus théâtral afin de protéger leurs propres vies», a indiqué que «407 attaques [avaient] été menées». Elles ont fait selon lui «échouer l'élection».

Environ 1 million de personnes ont voté dans la capitale Kaboul, où la population est estimée à plus de 5 millions de personnes.

Dysfonctionnements

Sur les 8,9 millions d'inscrits, la participation à été évaluée à 3 millions de personnes samedi dans les 4500 bureaux de vote qui ont accueilli les électeurs, selon la Commission électorale indépendante (CEI) qui organise le scrutin. Avec les votes restant encore à exprimer dimanche, la participation devrait selon elle approcher les 5 millions.

Environ 1 million de personnes ont voté dans la capitale Kaboul, où la population est estimée à plus de 5 millions de personnes.

«Sous la pression des partis d'opposition et du gouvernement nous avions à mettre en place un système de vérification biométrique. Cela a été décidé trop tard et nous n'avons pu procéder qu'à un minimum de formations. Les problèmes étaient inévitables», a déclaré le chef la CEI, Abdul Badi Sayyad lors d'une conférence de presse tard samedi.

La Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) s'est dite «encouragée par le grand nombre d'Afghans qui sont venus faire entendre leur voix», rappelant qu'il s'agit «des premières élections entièrement organisées par les autorités afghanes depuis 2001».

Malgré ce satisfecit, de nombreux dysfonctionnements sont venus ternir l'organisation du vote.

Pourtant le président afghan Ashraf Ghani avait souhaité montrer la voie en déposant son bulletin dès l'ouverture des bureaux de vote à 7h et appelant ses compatriotes à «sortir et voter».

Semblant répondre à son appel, les électeurs ont formé de longues files d'attente dans la capitale et ailleurs. Mais leur attente s'expliquait aussi par de nombreux couacs, notamment en raison du non fonctionnement des terminaux de reconnaissance biométrique mis en place à la dernière minute et utilisés pour la première fois.

Le chef de l'exécutif afghan Abdullah Abdullah lui-même a dû attendre 45 minutes avant de pouvoir voter.

«On était près de 500 devant la porte à attendre depuis presque deux heures pour voter. Le centre a ouvert en retard, ensuite ils ne trouvaient pas nos noms, puis voter avec ces machines prend 15 à 20 minutes par personne», explique à l'AFP Haroon Majidi, un électeur de Kaboul.

«J'ai voté dans la plupart des autres élections mais aucune n'a été aussi chaotique que celle-là», a tweeté Tabish Forugh, électeur à Kaboul. «Des gens rentrent chez eux car ils n'ont pas pu voter», dit au autre électeur de Kaboul, Jumakhan Rahyab.

Excuses

La CEI a présenté ses excuses et a prolongé l'ouverture de centres de vote jusqu'à 20h, et reporté le vote à dimanche pour les bureaux n'ayant pu ouvrir.

Les électeurs se plaignaient surtout du danger à patienter dans la rue face au risque d'attentats.

«Je suis venu voter en risquant ma vie. Je suis inquiet pour ma sécurité», disait Asadullah, 22 ans, faisant la queue devant un centre de vote de Mazar-i-Sharif (nord). «Mais nous devons défier les talibans et sortir en grand nombre et voter, car c'est un jour historique pour nous.»

Près de 5000 bureaux de votes avaient ouvert dans les zones du pays sous contrôle du gouvernement. Pour des raisons de sécurité, sur d'autres parties du territoire contrôlées par les talibans, 2000 centres de vote sont restés fermés.

Plus de 2500 candidats étaient en lice pour les 249 sièges à la chambre basse du parlement. Il s'agit pour la plupart d'élus déjà établis, de descendants de seigneurs de la guerre, d'hommes d'affaires ou de membres de la société civile.

Ce scrutin législatif était également considéré comme un test crucial en vue de l'élection présidentielle de l'année prochaine et une étape importante avant une réunion de l'ONU en novembre à Genève où l'Afghanistan devra démontrer les progrès effectués en matière de «processus démocratique».