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Le barrage Xiaolangdi à Luoyang, dans la province chinoise du Henan, photographié lundi   
Le barrage Xiaolangdi à Luoyang, dans la province chinoise du Henan, photographié lundi   

L’eau des crues, premier des risques pour les barrages

Catherine Hours
Agence France-Presse
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Une brèche de 20 mètres dans un barrage en Chine le montre: les crues sont le premier risque pour la sécurité des barrages mondiaux, ainsi exposés aux impacts du dérèglement climatique, explique à l’AFP Michel de Vivo, secrétaire général de la Commission internationale des grands barrages (CIGB).

Cette société savante aux 104 pays membres, fondée en 1928, recense près de 60.000 grands barrages dans le monde (hauts de plus de 15 mètres ou retenant plus de 3 millions de m3 d’eau), dont environ la moitié en Chine.

Quel est le risque principal pour la sécurité des barrages?

L’eau, bien plus qu’un séisme, est LE risque majeur: dès que l’eau passe sur la face non immergée du barrage, elle s’infiltre et crée des dommages à la base de l’ouvrage, qui peut finir par être emporté.

En Californie, à Oroville, 180.000 personnes ont dû être évacuées en 2017, car l’évacuateur de crue du plus haut barrage des États-Unis avait été endommagé: l’évacuateur est ce dispositif qui permet d’évacuer l’eau excédentaire sans toucher l’ouvrage.

Le risque concerne surtout les barrages en terre, c’est-à-dire la majorité des barrages dans le monde. Par exemple le barrage égyptien d’Assouan.

En Chine, dans les zones montagneuses, les barrages récents ont été réalisés en béton compacté au rouleau, une technique qui permet d’économiser de la matière et de construire plus vite. Les Chinois et les Espagnols sont pionniers dans ce procédé.

Le barrage Hoover sur le fleuve Colorado, à la frontière du Nevada et de l’Arizona, photographié lundi  

Comment réduire ce risque?

Par une surveillance permanente de l’ouvrage et de ses abords grâce à une instrumentation mesurant le déplacement de ses composants ; la plupart des structures construites depuis les années 1970 en sont équipées.

Cela permet d’ailleurs de continuer à exploiter des barrages, même quand une brèche s’est créée. Car pour s’effondrer un barrage doit être fortement endommagé. Mais nous parlons ici de brèches de quelques centimètres, pas de 20 mètres comme en Chine, ce qui est en effet énorme!

Nous recommandons aussi une inspection plus approfondie régulière, par des ingénieurs experts du génie civil.

La CIGB vient de publier une déclaration mondiale sur la sécurité des barrages, adressée aux pouvoirs publics et aux institutions de financement, car nous sommes dans un contexte de risques accrus et de plus en plus de pays construisent des barrages. Nous constatons que le souci de sécurité doit être renforcé, notamment dans les pays en développement.

En quoi le réchauffement climatique accentue cette vulnérabilité ?

Le risque essentiel est lié aux difficultés de prévision des crues.

Les barrages sont conçus pour résister à des crues centennales, majeures. Mais le changement climatique change la donne. Il n’y aura pas forcément plus d’eau, mais une plus grande variabilité ; des périodes de sécheresse prolongée, suivies de crues plus intenses...

Pour chaque barrage il faudra revoir les prévisions locales, si elles sont disponibles, et éventuellement renforcer, et adopter des règles de gestion différentes.