Bien que très développé, le système de transport à Tokyo parvient difficilememnt à répondre à la demande de ses nombreux utilisateurs. À preuve, depuis que Tokyo a accueilli les Jeux olympiques d’été de 1964 pour la dernière fois, la société des chemins de fer fait désormais appel à des oshiya spéciaux, ou «pousseurs», un employé qui pousse les voyageurs dans des trains déjà bondés pendant les heures de pointe du matin et du soir.

Le système de transport de Tokyo peut-il faire face à l’affluence olympique?

TOKYO — D’abord, les amateurs aux Jeux olympiques de Tokyo devront trouver les rares billets disponibles et en payer le prix.

Ensuite, le dilemme sera de trouver une chambre d’hôtel dont les tarifs sont gonflés en raison d’une demande sans précédent. Et la chaleur et l’humidité de l’été seront dérangeantes pour certains.

Enfin, il reste un autre obstacle à franchir: se déplacer ou même trouver un petit espace dans le système ferroviaire de Tokyo, réputé pour son efficacité, mais qui est surchargé.

Le professeur japonais Azuma Taguchi de l’Université Chuo étudie le système de transport de Tokyo depuis des années. Il affirme que le système fonctionne déjà au double de sa capacité et que la période olympique pourrait le pousser à son point de rupture.

«Lorsque la capacité de pointe est deux ou trois fois supérieure à la normale, il est possible que ça représente un risque pour la vie de certaines personnes», a précisé Taguchi à l’Associated Press.

Sa simulation par ordinateur prédit que la vague des spectateurs aux Jeux olympiques devra composer avec les travailleurs des banlieues aux stations de correspondance populaires pendant les heures de pointe matinales, tandis que les petites stations proches des sites seront submergées.

À cela s’ajoute le fait que les nouveaux venus transportent leurs bagages à bord de wagons de métro et peinent à man?uvrer pour en sortir ainsi que dans des gares bondées.

Les responsables des transports à Tokyo considèrent que les wagons de train à 200 pour cent de leur capacité donnent aux passagers assez d’espace pour lire un magazine. Cela représente probablement un trajet normal un jour de semaine à Tokyo.

À 250 pour cent, ils «ne peuvent même pas bouger une main.»

L’étude de Taguchi prévoit que 15 stations connaîtront une capacité supérieure à 200 pour cent, plusieurs atteignant près de 400 pour cent à leur maximum.

Depuis que Tokyo a accueilli les Jeux olympiques d’été de 1964 pour la dernière fois, la société des chemins de fer fait désormais appel à des oshiya spéciaux, ou «pousseurs», un employé qui pousse les voyageurs dans des trains déjà bondés pendant les heures de pointe du matin et du soir - ceux-ci portant souvent des gants blancs. Les résidents sont habitués à ce traitement, mais les visiteurs ne le seront peut-être pas.

Le comité d’organisation des Jeux de Tokyo remet en question les prédictions de Taguchi. Ils reconnaissent que les chemins de fer seront congestionnés avec 800 000 passagers supplémentaires par jour. Ils prévoient également que la congestion sur les autoroutes de Tokyo doublera.

Dans l’espoir d’éviter les encombrements, le comité veut lancer une application pour téléphone intelligent, renforcer la signalisation multilingue et utiliser les bateaux et la technologie assistée par robot pour aider les amateurs et les usagers habituels à se déplacer. Comme pour tous les Jeux olympiques, les autorités testent des voies réservées et modifient le flux de transit en ville.

Rien de nouveau

Les préoccupations relatives au transport ne sont pas nouvelles aux Jeux olympiques, et les foules sont souvent surestimées et éventuellement bien prises en charge, comme ce fut le cas à Londres en 2012. Les touristes potentiels restent parfois à l’écart, sachant que le moment est mal choisi pour visiter la ville. Cela s’est passé en 2008 à Pékin et il y a trois ans à Rio de Janeiro.

«Vivant à Tokyo, nous vivons chaque jour un encombrement de 100 pour cent, 150 pour cent, 180 pour cent. Nous savons naviguer dans les gares à cette heure-là, a déclaré Katsuhisa Saito, responsable de la stratégie des transports pour les organisateurs de Tokyo. La principale préoccupation concerne le moment où les étrangers assistent à ces événements et utilisent les stations. Ils risquent de ne pas savoir comment gérer cela.»

Les organisateurs espèrent maintenir le niveau de congestion dans les rames de métro entre 150 et 180 pour cent, une journée assez agréable pour les usagers de Tokyo. Et aussi, peut-être, un objectif noble.

Taguchi et les organisateurs s’accordent sur un point: garder les travailleurs japonais à la maison pendant les Jeux olympiques pourrait contribuer grandement à résoudre les problèmes.

Les organisateurs demandent aux entreprises de Tokyo d’encourager leurs employés à travailler à domicile pendant les Jeux olympiques, qui s’ouvriront le 24 juillet 2020 et se termineront le 9 août. Ils disent que plus de 2000 entreprises ont accepté de collaborer.

Le professeur de l’Université de Tokyo, Katsuhiro Nishinari, qui travaille avec le comité organisateur, est un expert dans ce qu’il appelle «la jam-ologie» - l’étude du comportement des foules.

«Nous sommes habitués à tenir une compétition par jour au stade, mais nous avons un calendrier serré aux Jeux olympiques et nous avons trois ou quatre compétitions en une journée, a-t-il expliqué. Il y a des mouvements de foule deux ou trois fois par jour. C’est là que nous n’avons pas d’expérience.»

Un autre défi de taille consistera à convaincre une main-d'œuvre assidue d’éviter de se déplacer - ou même d’aller au bureau - pendant deux semaines l’été prochain.

«Nous expliquons à toutes les entreprises et aux médias d’inviter les gens à ne pas travailler pendant ces deux semaines, a déclaré Nishinari. Profitez simplement des Jeux olympiques.»