Le candidat à la présidentielle mexicaine, Jose Antonio Meade, salue ses supporteurs, le 18 mars dernier.

Le Mexique s'attaque aux «fake news»

MEXICO — Un candidat accusé de liens avec le narcotrafic, la Russie soupçonnée de vouloir influencer le scrutin: à l’approche des élections générales du 1er juillet, le Mexique redouble d’efforts pour contrer l’afflux de fausses informations sur Internet.

«Nous voulons que ce soit la campagne avec le plus d’information et de transparence», assure à l’AFP Enrique Andrade, membre du conseil d’administration de l’Institut national électoral (INE).

Le défi est énorme, après le précédent de l’élection américaine de 2016, entachée par la multiplication de «fake news» et les accusations d’ingérence russe.

La campagne démarre le 30 mars, mais le ton a été donné dès février lors de la visite au Mexique du secrétaire d’État américain Rex Tillerson, qui a lancé: «Nous savons que la Russie pose ses empreintes sur un certain nombre de pays dans le monde. [...] Le Mexique devrait faire attention».

Ses déclarations faisaient écho aux informations de presse évoquant un trafic inhabituel depuis la Russie sur le site de l’INE pour l’enregistrement des votants à l’étranger, ce qui laissait craindre une ingérence dans les élections.

Interrogé, M. Andrade affirme qu’il n’y a «aucune alerte» de trafic anormal depuis Moscou. Mais par précaution, l’organisme a renforcé son système informatique.

Autre initiative de l’institution: une série d’alliances, inédites, avec Facebook, Twitter et Google, tout trois critiqués pour leur laxisme face aux fausses informations. «Nous allons demander à tous les réseaux sociaux de nous laisser diffuser l’information officielle» sur leur plateforme, explique M. Andrade.

Le premier accord signé avec Facebook prévoit d’y diffuser débats présidentiels et résultats officiels, mais n’évoque ni les fausses nouvelles ni les influences étrangères. Contacté, Facebook ne souhaite pas commenter.

En pleine polémique autour de la filtration de données personnelles par Facebook, l’INE a tenu à rassurer cette semaine: non, cet accord n’implique pas le partage d’»informations personnelles des Mexicains» avec le réseau social, a affirmé son président.

M. Andrade est optimiste, pour ces géants de l’internet, «cette élection les intéresse beaucoup après ce qui s’est dit aux États-Unis», ils sont donc «très intéressés par l’idée de coopérer et respecter la loi».

Facebook, Twitter et Google ont rejoint le projet  #Verificado2018, alliance de 60 médias mexicains, universités et associations destinées à détecter le détournement ou la fabrication d’informations.

Vidéos truquées, messages mensongers

Mais pour Ivan Silva, du cabinet de communication politique Heuristica, le risque est que tout discours officiel soit submergé par le torrent d’intox, particulièrement chez les jeunes, plus enclins à croire internet que le gouvernement.

Selon Heuristica, 40% des électeurs ont 18 à 34 ans: «Ils passent trois heures [par jour] face à la télévision et huit heures face aux réseaux sociaux», souligne Ivan Silva.

La principale cible des vidéos truquées, des messages mensongers ou des calomnies est le favori des sondages, Andrés Manuel Lopez Obrador, du parti Morena.

C’est un travail «de professionnels, financé avec beaucoup d’argent et donc cela ne laisse pas de trace» permettant d’identifier les auteurs, note Jesus Ramirez, responsable des réseaux sociaux de Morena.

Sur le site Pejeleaks.org, qui s’est donné pour mission de révéler au monde la «facette la plus sombre et inconnue» du candidat, deux articles, accompagnés de vidéos à la mise en scène dramatique, accusent deux proches de M. Lopez Obrador, sans fournir ni preuves ni sources, de blanchiment d’argent.

La page Facebook «Morenarcos» promet, elle, de démontrer les liens du politicien avec le narcotrafic.

À l’INE, M. Andrade admet qu’»il est très compliqué» pour les autorités d’empêcher ces messages.

Pour le communicant politique Roberto Morris, la législation mexicaine stimule le recours à internet et à l’anonymat.

«Aux États-Unis, il y a de la propagande de ce genre, mais elle est signée... on sait de qui ça vient. Au Mexique, ce pouvoir [de publicité politique] est tellement restreint que cela oblige, d’une certaine manière, à ce que ces campagnes se fassent de manière souterraine».

Face à cela, les principaux intéressés choisissent parfois de répliquer avec humour.

«Désormais, je suis Andresmanuelovich», déclare — dans une vidéo vue 2,7 millions de fois — M. Lopez Obrador pour railler ses prétendus liens avec la Russie. «Je vis grâce à l’or de Moscou», dit-il, tout sourire.