Le guide des élections de mi-mandat aux États-Unis

À quelques jours des élections de mi-mandat, le 6 novembre, l’Amérique apparaît plus divisée que jamais. La joute électorale a été vicieuse, méchante, sans merci. Avec une orgie de dépenses estimées à 5,2 milliards $, ces élections de mi-mandat s’imposent déjà comme les plus coûteuses de l’histoire. Elles ont aussi été marquées par plusieurs événements dramatiques, notamment une tuerie dans une synagogue de Pittsburgh, le 27 octobre. En attendant le verdict des électeurs, Le Soleil vous propose un survol de la campagne qui s’achève. Des dizaines de chiffres, de statistiques et de citations pour mieux comprendre où vont les États-Unis. Bonne lecture.

Trois questions que tout le monde se pose: 

1 Les élections de mi-mandat, ça sert à quoi?
Les élections de mi-mandat (midterms) ont lieu tous les quatre ans, entre chaque scrutin présidentiel. En 2018, tous les sièges de la Chambre des représentants (435) et 35 postes de sénateurs sont en jeu. U

ne liste à laquelle il faut ajouter 36 gouverneurs et plusieurs milliers d’élus dans les états. En général, les électeurs profitent des midterms pour exprimer leur mécontentement envers le président et son parti. 

On dit même que le parti présidentiel les voit arriver avec un enthousiasme qui n’excède pas celui d’une dinde à l’approche de l’Action de grâce.

2 On parle beaucoup de ces élections. Est-ce que cela veut dire que les électeurs y participent en grand nombre?
Pas vraiment. 

Depuis 1978, une moyenne de 39,4 % des électeurs se rend aux urnes lors des midterms, contre 53,5 % lors des élections présidentielles. Cette année, l’ampleur du vote par anticipation laisse entrevoir une participation plus élevée. Reste à voir si les électeurs feront mentir l’auteur Bill Vaughan, qui disait : «Un citoyen américain, c’est quelqu’un qui est prêt à traverser l’océan pour combattre en faveur de la démocratie, mais qui ne daignera pas traverser la rue pour voter, lors d’une élection qui se tient chez lui.»

3 À quoi ressemble la carte électorale actuelle?
En ce moment, le Parti républicain exerce un contrôle historique sur les principaux leviers du pouvoir. En plus d’avoir fait élire son candidat à la Maison-Blanche, il détient la majorité au Sénat et à la Chambre des représentants. Dans les états, pas moins de 33 postes de gouverneurs sur 50 sont aussi républicains.

Un référendum sur Donald Trump?

Le nom du président Donald Trump n’apparaît pas sur les bulletins de vote. Mais les midterms ont parfois ressemblé à un référendum sur sa personne. Loin de clamer le jeu, Donald Trump n’a cessé de faire monter les enchères. «[Si les Démocrates gagnent], ils vont balayer tout ce que nous avons réalisé jusqu’ici et ils vont le faire rapidement et violemment», a-t-il répété. 

La campagne avait plutôt mal commencé pour le président. Sa cote de popularité ne dépassait guère 40 %. Et les républicains semblaient démobilisés. Mais Donald Trump a su récupérer l’actualité pour fouetter ses troupes. 

D’abord en défendant la nomination à la Cour Suprême de Brett Kavanaugh, malgré des soupçons d’inconduite sexuelle. Puis en attisant la peur suscitée par une «caravane» de migrants d’Amérique centrale qui se dirige vers les États-Unis. Le procédé est peut-être indigne, mais il est efficace. Avec sa modestie habituelle, le président a pu conclure : «Je ne crois pas que quiconque ait jamais eu autant d’impact que moi».

Les tableaux qui montrent la division de l’électorat

Sources : Pew Research Center, fivethirtyeight.com et Public Religion Research Institute (PRRI)

Quelques chiffres

  • 69 %
    Proportion des électeurs qui se disent «anxieux» quand ils pensent à l’avenir des États-Unis.
  • 5500
    Nombre de soldats américains déployés en Irak, au plus fort des combats contre l’État islamique (mai 2016)
  • 15 000
    Nombre de soldats américains que voudrait déployer le président Trump à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, en prévision de l’arrivée d’une «caravane» de 7200 migrants d’Amérique centrale
  • 28 %
    Proportion des électeurs de moins de 30 ans qui se disent «absolument certains» d’aller voter le 6 novembre.
  • 41 275
    Nombre de messages publicitaires diffusés par les différents candidats à Phoenix, en Arizona, entre le 3 septembre et le 16 octobre. Un record national.
  • 96
    Nombre de sièges de la Chambre des représentants qui font l’objet d’une véritable lutte électorale. La grande majorité (339) est considérée comme des forteresses imprenables. La faute à un découpage électoral très partisan, qui fabrique des circonscriptions sur mesure pour chaque parti.
  • 13 %
    Proportion des Américains qui estiment que les sujets reliés à l’économie constituent le principal problème des États-Unis, en 2018
  • 86 %
    Proportion des Américains qui estimaient que les sujets reliés à l’économie constituaient le principal problème des États-Unis, en 2009.
  • 100 M$
    Somme déjà amassée par le président Donald Trump en vue de sa réélection, en 2020. Près de 98 % du magot proviendrait de dons de moins de 200 $. «Le président a vraiment récolté beaucoup d’argent, s’est exclamé un humoriste. Tellement, que la prochaine fois, il n’aura peut-être même pas besoin de l’aide des Russes.

Sources : Federal Election Commission, American Psychological Association, fivethirtyeight.com, Fox News, Harvard Institute of Politics (IPO), USA Today/Kantar Media/CMAG et Gallup

Testez vos connaissances

  • 1. Vrai ou faux? 

En 2018, 69 % de la publicité électorale diffusée par les deux principaux partis est négative, i.-e. qu’elle contient au moins une attaque contre un adversaire.

  • 2. En moyenne, combien coûtait une campagne électorale victorieuse au Sénat, en 2016?
    a.   19,4 millions $
    b.   31,1 millions $
    c.   1,7 million $
    d.   5,2 millions $
    e.   11,9 millions $
  • 3. Qui suis-je? Je suis élu pour un mandat de seulement deux ans. Cela signifie que je suis perpétuellement en campagne électorale. Selon des chiffres récents, je consacre près de la moitié de mon temps de travail à récolter de l’argent, le plus souvent par téléphone.
    a.   Le président des États-Unis
    b.   Un sénateur des États-Unis
    c.   Un sénateur de l’état de l’Oregon;
    d.   Un député de la Chambre des représentants des États-Unis
    e.   Toutes ces réponses
  • 4.   Quelle proportion des électeurs estiment «probable» ou «très probable» qu’une guerre civile éclate aux États-Unis, au cours des cinq prochaines années?
    a    12 %
    b    83 %
    c    51 %
    d    23 %
    e    42 %

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Réponses

1. Vrai

2. A

3. D

4. E

Sources : Rasmussen Report, Wesleyan Media Project, opensecrets.org, cbsnews.com

Trois courses à surveiller

  • Le siège de sénateur du Missouri

Sans la réélection de la sénatrice Claire McCaskill, dans le Missouri, les probabilités que les Démocrates prennent le contrôle du Sénat voisinent le zéro. Pour l’instant, le républicain Josh Hawley détient une longueur d’avance. 

Farouche partisan du président Trump, il présente son adversaire comme une «relique» de gauche, opposée aux baisses d’impôts et favorable à l’immigration illégale. Signe des temps, il a eu droit à deux visites de Donald Trump en fin de campagne. 

Pour éviter de couler à pic, la sénatrice McCaskill a pris ses distances avec le Parti démocrate. Elle se vante d’être souvent d’accord avec le président Trump. «Je ne fais pas partie des démocrates fous», assure sa publicité électorale.

  • Le 4e district de l’Iowa

En temps normal, on dit que le résultat des élections dans le 4e district de l’Iowa est aussi prévisible «que le nombre de nez au milieu d’un visage». En 2016, le républicain Steve King a obtenu 61 % des suffrages. Seulement voilà. 

Le monde et les temps. Avant, M. King pouvait multiplier les commentaires incendiaires sur les «races» et la religion, sans trop subir de dommages. Aujourd’hui, il semble avoir dépassé les bornes en multipliant les contacts avec des groupes et des individus prônant la suprématie blanche. Plusieurs bailleurs de fonds se sont retirés. 

Fait rarissime, la direction de la campagne républicaine a condamné le candidat. Soudain, la course s’est resserrée. Pour la première fois depuis des lustres, le 4e district de l’Iowa n’est plus gagné d’avance...

  • Le poste de gouverneur de la Géorgie

La démocrate Stacey Abrams tente de devenir la première femme noire élue gouverneure d’un état, l’équivalent d’un premier ministre. Comme beaucoup de démocrates, sa campagne se concentre sur la promesse de fournir l’assurance maladie à tous les citoyens. 

Mais le gouverneur sortant, le républicain Brian Kemp, constitue un redoutable adversaire. Jusqu’à tout récemment, ses publicités le montraient en train de caresser des armes à feu. Ou au volant d’un gros pick-up, qu’il promettait de remplir d’immigrants illégaux. 

Depuis le début de la campagne, M. Kemp propose cependant une image plus «modérée». Ce qui ne l’empêche pas d’être associé au retrait de 1,5 million d’électeurs des listes électorales, entre 2012 et 2016. Officiellement, le «nettoyage» visait à empêcher la fraude, notamment en éliminant les noms des personnes décédés. Officieusement, il aurait exclu beaucoup de gens bien vivants. Surtout des Noirs et des Latinos, deux groupes plus favorables aux Démocrates. 

Si vous n’aviez pas voté depuis quelques années, vous pouviez être exclus. S’il y avait une petite erreur dans les informations inscrites, même un trait d’union au mauvais endroit, vous pouviez être exclus. Et ainsi de suite.

La campagne en cinq citations 

  • «[La gauche] veut faire de notre état du Texas une autre Californie, obsédée par le tofu, les implants de silicone et les cheveux de toutes sortes de couleurs»
    Le sénateur républicain du Texas, Ted Cruz, dénonçant l’influence grandissante des démocrates dans son état chéri. Le Texas n’a pas élu un sénateur démocrate depuis 1994
  • «Je crois que nous avons atteint un point où la meilleure chose à faire, ça serait d’activer les touches control-alt-delete sur notre clavier d’ordinateur pour effacer le pays et tout recommencer à zéro»
    Jimmy Kimmel, animateur du Jimmy Kimmel Live! , sur la chaine ABC
  • «Les médias bidon sont le véritable ennemi du peuple»
    Donald Trump, dans un message relayé sur Twitter quelques heures à peine après qu’une douzaine de bombes aient été expédiées à des personnalités associées au Parti démocrate et à quelques médias, dont la chaine de télévision CNN, qu’il traite souvent de «média bidon»
  • «La campagne électorale a été dominée par la peur et par des événements vraiment terribles. C’est pourquoi, à l’Halloween, au lieu de décorer ma maison avec des sorcières et des gobelins, je me suis contenté d’accrocher les premières pages des journaux»
    Stephen Colbert, animateur du Late Show, sur la chaine CBS
  • «Plusieurs se diront que j’exagère en affirmant que les élections du 6 novembre sont les plus importantes de notre vie. J’ai eu l’imprudence de répéter ce genre de choses lorsque j’étais candidat. Mais un simple coup d’œil sur les manchettes devrait vous convaincre que nous vivons un moment décisif»
    Barack Obama, qui a délaissé la réserve habituelle des anciens présidents pour appuyer personnellement 300 candidats démocrates

Et après le 6 novembre? Trois scénarios possibles

  • 1. Les Républicains conservent leur majorité au Sénat et à la Chambre des représentants.
    Le rêve de Donald Trump. Le cauchemar des Démocrates. Le président considérerait le résultat comme un triomphe personnel, un appui inconditionnel à ses politiques. Grâce au contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat, le président pourrait tenter un grand coup avant les élections présidentielles de 2020. Le mur à la frontière mexicaine? Le durcissement des politiques d’immigration? Une autre tentative pour en finir avec le programme Obamacare, l’assurance-­maladie de l’Administration précédente? Faites vos choix.
  • 2. Les Démocrates obtiennent la majorité au Sénat et à la Chambre des représentants.
    Le rêve des Démocrates. Le cauchemar de Donald Trump. Le président aurait les mains liées jusqu’aux élections présidentielles de 2020. Il est probable que les élus démocrates en profiteraient pour élargir les enquêtes sur les liens entre la Russie et la campagne Trump, en 2016. Parions que les plus belliqueux seraient même tentés d’amorcer le lourd processus de destitution du président, même en sachant qu’il n’a aucune chance d’aboutir.
  • 3. Les Républicains conservent leur majorité au Sénat et les Démocrates obtiennent la majorité à la Chambre des représentants.
    Le scénario le plus probable. Donald Trump aurait à composer avec une Chambre à majorité démocrate, qui pourrait essayer de dicter le calendrier politique. À la rigueur, le président pourrait travailler avec les élus démocrates, notamment en matière de commerce. Par contre, il devrait reporter ses projets plus controversés, comme le mur géant à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.