Le nombre des incendies a augmenté de 1130 dans tout le Brésil en 24 heures, selon l’Institut national de recherche spatiale. Les derniers chiffres arrêtés samedi soir font état de 79 513 feux de forêt depuis le début de l’année dans ce pays, dont un peu plus de la moitié en Amazonie.

Le Brésil entre en action contre les incendies en Amazonie

PORTO VELHO — Sous la pression internationale, le Brésil a fini par entrer en action dimanche en Amazonie, deux avions C-130 Hercules larguant les premières dizaines de milliers de litres d’eau au-dessus de la forêt tropicale où le nombre des incendies progressait.

Des manifestations ont eu lieu dans diverses villes brésiliennes en défense du «poumon de la planète», tandis que les pays du G7 annonçaient une aide à l’Amazonie «le plus vite possible».

Le président Jair Bolsonaro, auquel l’allié américain a offert son aide, a remercié dans un tweet non pas le G7 mais «les dizaines de chefs d’État qui (...) vont nous aider à surmonter la crise qui n’a d’intérêt que pour ceux qui veulent affaiblir le Brésil».

Il a à cet égard annoncé dans la soirée avoir accepté la proposition d’Israël de fournir un avion dans le cadre de la lutte contre les incendies.

Peu après, tandis que la sphère bolsonariste se déchaînait sur Twitter contre Emmanuel Macron, le ministre de l’Éducation Abraham Weintraub traitait de «crétin opportuniste» le président français, qui a été en pointe dans les pressions sur Jair Bolsonaro pour qu’il agisse en Amazonie.

Dans la capitale Brasilia, une quarantaine de personnes ont manifesté contre M. Macron devant l’ambassade de France.

À Rio de Janeiro, quelque 2000 personnes ont protesté dans le quartier d’Ipanema, deux jours après les manifestations en Europe. «Bolsonaro va-t’en, Amazonie reste !» scandaient-elles.

Un protestataire était équipé d’un masque à gaz, déguisé en arbre avec un feuillage fourni, des animaux en peluche et une pancarte clamant : «Vive la nature !»

«On est en train de détruire la nature», a dit à l’AFP Teresa Correa, de l’État amazonien du Para. «La situation a empiré depuis que Bolsonaro est devenu président (en janvier), il veut tout détruire».

Première action concrète du gouvernement : deux C-130 Hercules capables de larguer 12 000 litres d’eau et de produit retardant ont été déployés par la Force aérienne brésilienne (FAB), a annoncé le ministère de la Défense.

Ces bombardiers d’eau opèrent à basse altitude à partir de Porto Velho, la capitale de l’État de Rondônia (nord-ouest), qui s’est encore réveillée sous un inquiétant couvercle de fumée.

«Cela fait 20 ans que j’habite ici et j’ai vu beaucoup d’incendies», a dit à l’AFP Welis da Claiana, une habitante de cette ville, «mais je n’ai jamais rien vu de tel».

Le nombre des incendies a augmenté de 1.130 dans tout le Brésil en 24 heures, selon l’Institut national de recherche spatiale (INPE). Les derniers chiffres arrêtés samedi soir font état de 79.513 feux de forêt depuis le début de l’année dans ce pays, dont un peu plus de la moitié en Amazonie.

43 000 soldats 

Au-dessus de Rondônia, un État frontalier de la Bolivie, des feux de forêt envoient des colonnes de fumée avec leurs énormes quantités de carbone, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Parfois, un seul arbre resté debout au milieu d’un paysage de cendres, mais totalement calciné, témoigne de la destruction en marche dans la plus grande forêt tropicale de la planète.

Jusqu’à présent, sept États, dont celui de Rondônia, ont fait appel à l’armée. Quelque 43 000 soldats basés en Amazonie sont disponibles pour combattre les incendies, a déclaré le ministre de la Défense Fernando Azevedo e Silva.

Les gouverneurs des États touchés ont demandé d’urgence un «soutien matériel» à Jair Bolsonaro qui les avait accusés cette semaine de «connivence» avec les auteurs d»’incendies criminels».

Le gouvernement a débloqué des fonds d’urgence de 38 millions de réais (8,2 millions d’euros) pour les opérations de lutte contre l’incendie effectuées par le ministère de la Défense.

Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Sergio Moro, a donné son feu vert au déploiement d’effectifs policiers contre la destruction illégale de forêts en Amazonie.

La déforestation accélérée sous le gouvernement de Jair Bolsonaro qui encourage les cultures et l’élevage bovin en Amazonie, corrélée à la saison sèche, explique l’ampleur de ces incendies.

«Utilisation politique» 

Ceux-ci ont provoqué une vive émotion sur la scène internationale. Dimanche, le pape François s’est dit «inquiet» pour «ce poumon vital pour notre planète».

Au sommet du G7 à Biarritz (sud-ouest de la France), les sept pays occidentaux les plus industrialisés se sont dits dimanche d’accord pour «aider le plus vite possible les pays frappés par les feux». Environ 60% de l’Amazonie se trouve en territoire brésilien.

«Il y a une vraie convergence pour dire +on se met tous d’accord pour aider le plus vite possible les pays qui sont frappés par ces feux+», a rapporté le Emmanuel Macron.

Samedi, le président Bolsonaro avait posté une vidéo sur Twitter dans laquelle il clame «une tolérance zéro» pour les crimes environnementaux et affirme : «nous allons agir fermement pour contrôler les incendies en Amazonie».

Il assure toutefois que les «incendies cette année ne sont pas plus nombreux que la moyenne de ceux des 15 dernières années» et fustige «l’utilisation politique de ces incendies» et «la désinformation».

Il y a quelques jours, il avait provoqué un tollé en évoquant ses «soupçons» sur une responsabilité des ONG dans les incendies.

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MACRON INSULTÉ SUR TWITTER PAR UN MINISTRE DE BOLSONARO

RIO DE JANEIRO — Le président français Emmanuel Macron, en première ligne dans les pressions exercées sur Jair Bolsonaro pour la lutte contre les incendies en Amazonie, était dimanche copieusement insulté sur Twitter au Brésil, y compris par un ministre.

«Macron n’est pas à la hauteur de ce débat. C’est juste un crétin opportuniste qui cherche le soutien du lobby agricole français», a ainsi écrit le ministre de l’Éducation Abraham Weintraub, en référence à l’opposition du président français à l’accord de libre-échange UE-Mercosur.

Le terme, très loin des usages diplomatiques, utilisé en portugais («calhorda») n’a pas d’équivalent en français, mais se trouve à la croisée de «tricheur», «crétin» et «connard».

«La France est un pays d’extrêmes. Elle a produit des hommes comme Descartes ou Pasteur, mais aussi des collaborateurs» sous les nazis pendant la Deuxième Guerre Mondiale, écrit M. Weintraub.

Au milieu d’une rafale de tweets, le ministre poursuit : «Ils ont choisi un président sans caractère» et «il faut attaquer ce crétin de Macron».

Olavo de Carvalho, écrivain et «gourou» de Jair Bolsonaro, exilé aux États-Unis, a de son côté forgé sur Twitter le nom de «Macrocon».

Se moquer de... Brigitte Macron 

Par ailleurs, sur son compte officiel Facebook, Jair Bolsonaro, a endossé un commentaire offensant à l’égard de la femme d’Emmanuel Macron, Brigitte Macron.

M. Bolsonaro a réagi à un post qui se moquait du physique de la première dame française - apparaissant sur une photo désavantageuse - en le comparant à celui de Michelle Bolsonaro (37 ans), rayonnante le jour de l’investiture de son mari.

«Vous comprenez maintenant pourquoi Macron persécute Bolsonaro?» lit-on à côté de photos des deux couples présidentiels. «C’est la jalousie (...) de Macron, je parie», écrit l’internaute, Rodrigo Andreaça.

«N’humilie pas le type - MDR («mort de rire»), a répondu le président Bolsonaro en référence à son homologue français.

Le fils de Jair Bolsonaro, Eduardo, un député et possible prochain ambassadeur du Brésil à Washington, avait retweeté vendredi une vidéo de violentes manifestations de gilets jaunes en France avec le texte : «Macron est un idiot».

L’Amazonie a jeté de l’huile sur le feu d’une relation franco-brésilienne qui s’est tendue après l’arrivée au pouvoir à Brasilia du président d’extrême droite.

Jair Bolsonaro avait infligé un affront diplomatique fin juillet au ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, en visite à Brasilia, en annulant leur rencontre.

Il avait posté sur Facebook un direct dans lequel on le voyait se faire couper les cheveux à l’heure prévue du rendez-vous, qui avait été annulé «pour des questions d’agenda».

Ces derniers jours, à propos de l’Amazonie, Jair Bolsonaro a accusé M. Macron d’avoir une «mentalité colonialiste» tandis que celui-ci l’accusait d’avoir «menti» sur ses engagements climatiques.