C'était l'explosion de joie au centre de contrôle de la mission situé au Jet Propulsion Laboratory (JPL) à Pasadena en Californie.

La sonde InSight réussit son atterrissage sur Mars

PASADENA — «Atterrissage confirmé!» La sonde InSight de la NASA s'est posée comme prévu à la surface de Mars après sept ans de travail, sept mois de voyage dans l'espace et sept minutes d'angoisse durant sa périlleuse descente.

Explosions de joie et embrassades ont soudainement remplacé les sourires crispés au centre de contrôle de la mission situé au Jet Propulsion Laboratory (JPL) à Pasadena (Californie).

Des applaudissements repris en écho sur tout le site du JPL, où retraités et familles de la NASA étaient venus nombreux pour célébrer le premier engin (américain une fois de plus) à se poser sur la planète rouge depuis six ans.

«C'était intense!», s'est exclamé depuis Pasadena Jim Bridenstine, le patron de l'agence spatiale américaine, qui avait revêtu la chemise bordeaux servant d'uniforme aux équipes d'InSight.

«Cacahuètes porte-bonheur»

Deux heures seulement avant son entrée dans l'atmosphère martienne, InSight se trouvait encore à plus de 25 000 km de la planète rouge et les ingénieurs de la NASA ne pouvaient rien faire d'autre que croiser les doigts. Et faire circuler des «cacahuètes porte-bonheur», une tradition inaugurée au JPL en 1964 pour conjurer une série d'échecs.

Car de l'entrée dans l'atmosphère martienne et ses tempêtes de poussière jusqu'au contact avec le sol, tout était préprogrammé.

Et ces phases critiques se sont déroulées lundi conformément aux prévisions, à un détail près : la sonde a atterri avec une minute d'avance sur l'horaire, à 19h53 GMT (11h53 heure de Californie), selon les derniers relevés de la NASA.

«Avec Mars, rien n'est jamais acquis. Mars est difficile», résumait encore dimanche Thomas Zurbuchen, chef du directorat scientifique de la NASA, qui a approuvé cette mission de près d'un milliard de dollars qui doit prendre le pouls de Mars et étudier sa structure interne pour mieux comprendre notre propre planète Terre.

Quelques minutes plus tard, InSight a envoyé sa première photo prise depuis la surface de la planète, une image brumeuse, sans doute assombrie par le nuage de poussière créé par l'impact, mais où l'horizon est visible, de même qu'une ou deux roches.

Autopilote 

Peu après son entrée dans l'atmosphère de Mars, les frottements ont fait monter la température à 1500°C, mais InSight était bien à l'abri derrière son bouclier thermique renforcé.

L'appareil se déplaçait alors à environ 20 000 km/h, soit trois à quatre fois plus vite qu'une balle de fusil, après un périple interplanétaire de 480 millions de km.

Quatre minutes et une centaine de kilomètres plus bas, un parachute s'est ouvert automatiquement, freinant brutalement la descente. Puis l'atterrisseur a déployé ses trois jambes et le parachute s'est détaché.

La sonde a ensuite allumé ses 12 rétrofusées qui ont ralenti à environ 8 km/h sa vitesse.

Le ventre de Mars

Durant tout ce laps de temps, rien ni personne ne pouvait venir en aide à InSight pour corriger une trajectoire ou remédier à une défaillance.

«Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour nous assurer du succès de la mission, mais on ne sait jamais ce qui peut se passer», expliquait Tom Hoffman, chef du projet InSight pour la NASA, reconnaissant «ne pas avoir très bien dormi» récemment.

«Je suis soulagé, très heureux», a lâché lundi Philippe Lognonné, père du précieux sismomètre français équipant InSight, qui a suivi l'atterrissage depuis la Cité des Sciences à Paris.

«Je viens d'avoir confirmation qu'il n'y a pas de cailloux devant l'atterrisseur. Je ne dis pas que ce sera facile de déployer le sismomètre, mais cela se présente très bien», a ajouté le chercheur, ému aux larmes.

Dernière étape cruciale : le déploiement des deux panneaux solaires de l'engin, car «toute notre énergie est solaire», souligne M. Hoffman.

Par temps clair, ces panneaux, qui ont la forme de grands parasols circulaires de 2m de diamètre, fournissent une puissance de 700 watts. Tout juste de quoi faire tourner un robot-mixeur, relève la NASA.

Ils alimenteront pourtant le déploiement des multiples instruments transportés par InSight, qui va de son côté commencer à récolter ses premières données scientifiques dans les jours qui viennent.

Car un programme de travail chargé attend la mission et ses chercheurs aux multiples nationalités.

La sonde doit scruter l'intérieur de Mars pour tenter de comprendre l'épaisseur et la composition du sol, de la croûte jusqu'au noyau, dont on ignore s'il est liquide ou solide. Des connaissances qui permettront de mieux comprendre la formation de la planète, voici des milliards d'années, et par conséquent de la Terre, seule planète rocheuse dont nous avons réellement étudié l'intérieur jusqu'à présent.

Le sismomètre de conception française écoutera les plus infimes vibrations du sol, provoquées principalement par les ondes de choc des météorites et les tremblements de terre. Comme un sonar de bateau, ces ondes permettront de dessiner une carte intérieure de la planète.

Autre instrument remarquable, allemand celui-là : HP3 ressemble à une taupe reliée par une laisse à l'atterrisseur et creusera de 3 à 5 mètres de profondeur sous la surface de Mars pour prendre sa température.