La juge Ruth Bader Ginsburg siégeait à la Cour suprême depuis 1993.
La juge Ruth Bader Ginsburg siégeait à la Cour suprême depuis 1993.

La juge Ruth Bader Ginsburg s’éteint à l’âge de 87 ans

Mark Sherman
Associated Press
WASHINGTON — La juge de la Cour suprême des États-Unis, Ruth Bader Ginsburg, imposante défenseuse des droits des femmes ayant été la deuxième femme juge à accéder au plus haut tribunal, est décédée vendredi à son domicile à Washington. Elle avait 87 ans.

Mme Ginsburg est décédée des suites d'un cancer métastatique du pancréas, a indiqué le tribunal.

Elle avait annoncé en juillet qu'elle recevait un traitement de chimiothérapie pour des lésions au foie, la plus récente de ses multiples batailles contre le cancer.

Sa mort un peu plus de six semaines avant le jour des élections déclenchera probablement une bataille houleuse sur la question de savoir si le président Donald Trump devrait nommer - et si le Sénat dirigé par les républicains devrait confirmer - son remplacement, ou si le siège devrait rester vacant jusqu'à l'issue de la présidentielle entre Trump et le démocrate Joe Biden.

Le juge en chef John Roberts a salué le parcours exceptionnel de Mme Ginsburg. «Notre nation a perdu une juriste de stature historique. À la Cour suprême, nous avons perdu une collègue très chère. Aujourd'hui, nous sommes en deuil, mais avec la certitude que les générations futures se souviendront de Ruth Bader Ginsburg comme nous l'avons connue - une championne infatigable et résolue de la justice», a déclaré M. Roberts dans un communiqué.

Une vedette aux yeux de plusieurs admirateurs, Mme Ginsburg a passé ses dernières années sur le banc en tant que leader incontestée de l'aile libérale de la Cour suprême. Les jeunes femmes en particulier semblaient embrasser la grand-mère juive de la Cour suprême, l'appelant affectueusement la «Notorious RBG», pour sa défense des droits des femmes et des minorités, et la force et la résilience dont elle faisait preuve dans sa vie personnelle.

Ses problèmes de santé ont inclus cinq épisodes de cancer à partir de 1999, des chutes ayant entraîné des côtes cassées, l'insertion d'un tuteur vasculaire pour dégager une artère bloquée et diverses autres hospitalisations après l'âge de 75 ans.

Elle a résisté aux appels de libéraux lui suggérant de prendre sa retraite pendant la présidence de Barack Obama à un moment où les démocrates étaient majoritaires au Sénat et qu'un remplaçant avec des vues similaires aurait pu être confirmé.

Au lieu de cela, Donald Trump tentera presque certainement de pousser au Sénat un candidat pour occuper le siège de Mme Ginsburg - et de faire basculer le tribunal conservateur encore plus vers la droite.

Mme Ginsburg a contrarié Donald Trump lors de la campagne présidentielle de 2016 dans une série d'entretiens dans les médias, notamment en le traitant d'imposteur. Elle s'était éventuellement excusée.

Sa nomination par le président Bill Clinton en 1993 était la première par un démocrate en 26 ans. Elle a trouvé un foyer idéologique quelque part à gauche du centre sur un tribunal conservateur dominé par des personnes nommées par les républicains. Sa voix libérale devenait plus forte au fur et à mesure de son parcours.

Mme Ginsburg était une mère de deux enfants, une passionnée d'opéra et une intellectuelle qui observait ses interlocuteurs derrière des lunettes surdimensionnées pendant de nombreuses années, bien qu'elle les ait abandonnées pour des montures plus à la mode dans ses dernières années. Lors des plaidoiries dans la salle d'audience ornée, elle était connue pour se plonger profondément dans les dossiers et pour ne laisser passer aucune entorse au respect des règles.

Elle a représenté six affaires clés devant le tribunal dans les années 1970, alors qu'elle était une architecte du mouvement des droits des femmes. Elle en a remporté cinq.

«Ruth Bader Ginsburg n'a pas besoin d'un siège à la Cour suprême pour mériter sa place dans les livres d'histoire américains», a déclaré Bill Clinton au moment de sa nomination. «Elle l'a déjà fait.»

À la Cour suprême, ses opinions majoritaires les plus significatives furent la décision de 1996 qui ordonnait au Virginia Military Institute d'accepter des femmes ou de renoncer à son financement par l'État, et la décision de 2015 qui maintenait les commissions indépendantes que certains États utilisent pour dessiner les districts du Congrès.

Outre les droits civils, Mme Ginsburg s'est intéressée à la peine capitale, votant à plusieurs reprises pour restreindre son utilisation. Au cours de son mandat, le tribunal a déclaré inconstitutionnel pour les États d'exécuter des handicapés intellectuels et des meurtriers de moins de 18 ans.

De plus, elle a mis en doute la qualité des avocats chargés de représenter des accusés de meurtre à faible revenu. Dans les affaires les plus controversées, y compris la décision Bush c.Gore en 2000, elle était souvent en désaccord avec les membres les plus conservateurs de la cour -initialement le juge en chef William H. Rehnquist et les juges Sandra Day O'Connor, Antonin Scalia, Anthony M. Kennedy et Clarence Thomas.

Mme Ginsburg a dit un jour qu'elle n'était pas entrée dans la profession en tant que championne de l'égalité des droits. «Je pensais que je pouvais faire le travail d'avocat mieux que tout autre», a-t-elle écrit. «Je n'ai aucun talent artistique, mais j'écris assez bien et j'analyse les problèmes avec clarté.»