Le président américain Donald Trump

La fin de l'enquête russe, si proche que le dit Trump ?

WASHINGTON — Donald Trump est désormais prêt à être interrogé par le procureur spécial chargé de l'enquête russe, Robert Mueller. Est-ce à dire qu'on approche de la clôture de ces investigations ultra sensibles, comme l'assure le président américain ? La réponse n'est pas si simple.

Plusieurs motifs commandent en effet la prudence sur l'avenir de cette enquête, que la Maison Blanche dénonce comme une chasse aux sorcières et que les démocrates espèrent voir provoquer la destitution de M. Trump.

Pour mémoire, la question clé est de savoir si l'équipe de campagne du milliardaire républicain s'est concertée avec Moscou pour influencer les résultats de l'élection présidentielle de 2016.

Les fluctuations de Trump

Il y a deux semaines, le président considérait «improbable» qu'il s'entretienne avec le procureur Mueller, vu l'absence selon lui d'un début de preuves.

Mercredi, juste avant de s'envoler pour Davos, il a opéré une volte-face. «Je suis prêt à le faire [...] J'aimerais vraiment le faire», a confié M. Trump, se disant même prêt à être questionné sous serment.

Impossible de savoir si cette déclaration inattendue relève de l'improvisation, fréquente chez Donald Trump, ou d'une concertation avec son équipe juridique.

En disant accepter la contrainte du serment, une hypothèse qui s'accompagne d'un témoignage devant un grand jury, le 45e président des États-Unis aggrave le risque pour lui d'être accusé de parjure.

Mais, considérée sous un autre angle, une telle annonce peut être vue comme stratégique: le président affiche publiquement sa bonne volonté, sa certitude de n'avoir rien à se reprocher et son désir d'arriver à une conclusion rapide, laissant à son équipe juridique le soin de négocier âprement dans l'ombre les conditions de son audition.

Mercredi dans la soirée, Ty Cobb, avocat de la Maison Blanche, s'est gardé de confirmer l'engagement présidentiel du serment, en notant que M. Trump s'était "exprimé hâtivement" mais qu'il restait "déterminé à continuer à coopérer pleinement".

Aucune collusion prouvée

Donald Trump a une conviction profondément ancrée: l'enquête russe est une initiative déloyale, animée par des éléments restés fidèles à Barack Obama, visant à lui voler sa victoire dans les urnes, à laquelle le camp démocrate ne s'est jamais résolu.

Les piratages informatiques menés par Moscou contre Hillary Clinton, qu'il met par ailleurs en doute, ne servent selon M. Trump que de prétexte à ces investigations infondées.

Même si dans ce dossier Michael Flynn, ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, a reconnu avoir menti au FBI et accepté de coopérer avec la justice, et même si auparavant trois membres de l'équipe de campagne de Donald Trump, dont son ex-directeur Paul Manafort, ont été mis en accusation, le président a raison sur un point essentiel: pour l'instant rien ne suggère d'entente délibérée entre son équipe de campagne et les autorités russes.

Partant de ce constat, le président ne cesse d'annoncer une prochaine clôture des investigations, par manque de munitions du procureur Mueller. Mais cela est réducteur, M. Trump feignant d'ignorer la portée réelle de cette enquête hors norme.

Le mandat de Robert Mueller est en effet d'enquêter sur "tout lien et/ou coordination entre le gouvernement russe et des individus associés à la campagne du président Donald Trump", mais aussi "tout sujet" découlant "directement" de ces investigations.

Ce super enquêteur à l'indépendance renforcée, nommé en mai 2017 et qui agit dans une grande discrétion, est notamment chargé d'évaluer si le président s'est rendu coupable d'entrave à la justice en limogeant ce même mois le directeur du FBI, James Comey.

Ce volet de l'enquête a semblé connaître une accélération ces dernières semaines, M. Mueller recueillant les déclarations du directeur du Renseignement, Dan Coats, du chef de l'Agence de sécurité nationale (NSA), l'amiral Michael Rogers, du ministre de la Justice, Jeff Sessions et du directeur de la CIA, Mike Pompeo.

Certains en concluent à une décision prochaine sur les soupçons d'obstruction judiciaire. Mais rien en l'état ne permet d'avoir une telle assurance sur le volet russe, tentaculaire.

Ceux qui connaissent M. Mueller, un ancien directeur du FBI, s'accordent sur son opiniâtreté, ne doutant pas qu'il remuera ciel et terre avant d'achever sa mission.