Dimanche déjà, une soirée de violences près du Parlement avait obligé la Croix-Rouge libanaise à soigner 45 personnes sur place.

La désignation d’un premier ministre de nouveau reportée au Liban

BEYROUTH — Des consultations parlementaires lundi au Liban pour permettre d’avancer vers la formation d’un gouvernement ont de nouveau été repoussées, provoquant une nouvelle soirée d’affrontements entre les forces de l’ordre et des manifestants, après les dizaines de blessés du week-end.

Le Liban vit depuis deux mois au rythme d’un mouvement de contestation inédit contre l’ensemble de la classe dirigeante, accusée de corruption et d’incompétence, ayant entraîné la démission dès le 29 octobre du premier ministre Saad Hariri.

Mais les tractations entre les partis au pouvoir traînent depuis, au grand dam des protestataires et alors que la situation socio-­économique se dégrade dans ce pays déjà lourdement endetté et dont environ le tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Le président Michel «Aoun a répondu au souhait du premier ministre Hariri de reporter les consultations parlementaires» à jeudi, a écrit la présidence dans un tweet lundi matin.

Ces consultations, prévues par la Constitution, avaient été fixées dans un premier temps au 9 décembre, après plusieurs semaines de tergiversations ayant attisé la colère des manifestants. Puis elles avaient été reportées d’une semaine.

L’une des raisons du report est la réticence de certains blocs politiques, notamment les deux principales formations chrétiennes au pouvoir, à reconduire M. Hariri.

Dans un communiqué publié par son bureau de presse, M. Hariri a imputé le nouveau report à une volonté d’éviter le scénario de sa «désignation sans la participation d’un bloc chrétien de poids» au gouvernement.

«Ce que veut le peuple» 

Dans la soirée, des dizaines de jeunes partisans des deux principaux partis chiites ont tenté d’attaquer le camp des manifestants antigouvernementaux dans le centre de Beyrouth, ont rapporté les télévisions. Sur les images, on les voyait jeter des pierres sur la police, laquelle a répliqué par des gaz lacrymogènes.

Les contestataires réclament inlassablement un cabinet composé exclusivement de technocrates et de personnalités indépendantes des partis traditionnels chapeautés par des chefs communautaires. Ils refusent aussi la reconduction de M. Hariri à son poste et quelques dizaines d’entre eux s’étaient rassemblés lundi en début de soirée près de son domicile.

«Nous manifesterons ici jusqu’à ce qu’ils forment le gouvernement que nous voulons», affirme le militant Claude Jabre.

Pour Youssef, 27 ans, M. Hariri représente le vieux système politique qu’il veut voir disparaître. «Les consultations parlementaires devraient refléter ce que veut le peuple, pas ce que le Parlement et les autorités veulent».

Dimanche déjà, une soirée de violences près du Parlement avait obligé la Croix-Rouge libanaise à soigner 45 personnes sur place et hospitaliser «28 personnes», selon son directeur Georges Kettané, interrogé par l’AFP.

Le coordinateur spécial de l’ONU pour le Liban, Jan Kubis, a plaidé en faveur d’une enquête sur l’«usage excessif de la force», soulignant sur Twitter la nécessité d’une «identification des instigateurs de la violence».

Les forces de sécurité intérieure (FSI) ont indiqué dans un communiqué que 29 policiers avaient été blessés durant les affrontements et l’armée a déploré des «actes de vandalisme et d’atteintes aux propriétés privées et publiques».