Une véritable «playlist» s’est constituée, résonnant dans la rue et sur les réseaux sociaux, avec les plus grands succès de la résistance à la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990) que des succès récents.

La bande-son de la révolte chilienne

SANTIAGO DU CHILI — Au fil des manifestations qui rythment la vie du Chili depuis des semaines, une bande son de ce printemps social a pris forme, remettant au goût du jour des succès des années 1970 et 1980, au milieu de tubes actuels.

Une véritable «playlist» s’est constituée, résonnant dans la rue et sur les réseaux sociaux. On y retrouve aussi bien les plus grands succès de la résistance à la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990) que les tubes de la chanteuse de rap Anita Tijoux ou les balades pop de Mon Laferte.

«El baile de los que sopran» (Le bal de ceux qui restent) de Los Prisioneros, groupe de rock chilien le plus populaire des dernières années de la dictature, ou «El derecho de vivir en paz» (Le droit de vivre en paix), de Victor Jara, chanteur assassiné trois jours après le coup d’État militaire de 1973, sont lancés à plein volume depuis les balcons du centre de Santiago pour soutenir les manifestants.

«Adios general» (Au revoir génral) du goupe Sol y lluvia, autre hymne des années 1980 contre la dictature, est chanté en choeur lors des défilés.

Le tube de Los Prisioneros a été composé en 1986, mais ses paroles sont reprises par la nouvelle génération comme si le morceau venait tout juste de sortir : «Ils ont vraiment donné aux autres ce qu’on appelle l’éducation / Ils ont demandé des efforts, ils ont demandé du dévouement / Et pour quoi ? Pour finir par danser et donner des coups de pied dans les cailloux».

Le 25 octobre, lors d’une mobilisation historique qui a réuni plus d’un million de manifestants dans le centre de Santiago, le succès a été chanté par une partie de la foule alors que des dizaines de musiciens étaient venus protester avec leur guitare.

«El pueblo unido»

«C’est triste de voir qu’il est encore nécessaire de chanter cette chanson, les problèmes sont toujours les mêmes et aucune solution n’y a été apportée. Le gateau (de la prospérité) peut être mieux réparti», a estimé récemment, dans un entretien à une télévision locale, le compositeur et leader du groupe, Jorge Gonzalez, 54 ans.

En guise d’hommage aux concerts de casseroles, forme de protestation traditionnelle au Chili depuis des décennies et qui ont repris de la vigueur depuis le début de la crise, la rappeuse franco-chilienne Ana Tijoux, 42 ans, a lancé au début du mouvement un refrain résumant les revendications des manifestants.

«La Constitution, et les grands pardons (en référence à la justice peu sévère à l’égard des puissants) /Avec un poing et une cuillère devant le pouvoir / Et pour l’État tout entier, concert de casseroles ! / Écoutez, voisin, plus d’énergie / Et la barricade ? / Donnez-lui de l’essence !», dit la chanson devenue virale sur les réseaux sociaux.

La rappeuse exprime ainsi sans détour son soutien aux manifestants et n’a pas manqué de critiquer la gestion de la crise par le gouvernement et les forces de l’ordre, accusées de multiples violations des droits de l’homme.

Même ton critique de la part de la chanteuse pop Mon Laferte, 37 ans, qui a fait sensation il y a quelques semaines aux Latin Grammy Awards aux États-Unis où elle est apparue devant les photographes seins nus, avec l’inscription «Au Chili, on torture, on viole, on tue».

Enfin, le Chili a bien sûr retrouvé son chant emblématique de la gauche, devenu un hymne en faveur de la liberté et contre l’oppression bien au-delà de ses frontières : «El pueblo unido jamas sera vencido» (Le peuple uni ne sera jamais vaincu).

Enregistrée en 1970 par le groupe Quilapayun, elle résonne à nouveau en force dans les rues du pays.