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Le Premier ministre irlandais, Micheal Martin, présentera les «excuses» de l’État, mercredi devant le Parlement irlandais.
Le Premier ministre irlandais, Micheal Martin, présentera les «excuses» de l’État, mercredi devant le Parlement irlandais.

Irlande: 9000 décès dans des anciennes maisons pour mères célibataires, selon une enquête

Joe Stenson
Agence France-Presse
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DUBLIN — Une commission d’enquête sur les anciennes maisons pour mères célibataires en Irlande a mis en lumière mardi la mortalité dramatique des enfants dans ces établissements tenus par des religieuses catholiques et l’État, et l’hostilité générale envers ces naissances jugées illégitimes.

«Toute la société était complice», a résumé le Premier ministre Micheal Martin à l’occasion de la publication après cinq ans d’enquête du rapport de 3000 pages. Il a annoncé qu’il présenterait les «excuses» de l’État mercredi devant le Parlement irlandais, le Dail.

L’enquête a mis en évidence 9000 décès, soit 15 % des 57 000 enfants qui sont passés par ces établissements entre 1922 et 1998.

«Il est difficile de concevoir l’ampleur de la tragédie et le chagrin qui se cache derrière ce chiffre», a déclaré le ministre irlandais de l’Enfance, Roderic O’Gorman.

Dans son rapport, la commission a conclu qu’avant 1960, ces maisons «mère-enfant» ne «sauvaient pas les vies des enfants "illégitimes"», pire, «elles semblent avoir significativement réduit leurs perspectives de survie».

Le taux de mortalité «très élevé» était «connu des autorités locales et nationales à l’époque et enregistré dans les publications officielles», souligne-t-il. La plupart des décès dont les causes étaient identifiables étaient dus à des infections respiratoires et des gastro-entérites.

Ces maisons accueillaient jeunes filles et jeunes femmes rejetées par leurs familles qui n’avaient pour la plupart «aucune alternative». Considérés comme illégitimes, les enfants qui y naissaient étaient souvent séparés de leur mère pour ensuite être adoptés, rompant tout lien avec leur famille biologique.

La commission a été mise sur pied pour faire la lumière sur le haut niveau de mortalité des enfants dans ces anciennes institutions de la très catholique Irlande.

«Culture misogyne»

Cette affaire s’inscrit dans une série de scandales qui ont ébranlé la puissante Église catholique irlandaise ces dernières années, avec l’ampleur de la pédophilie et les «Magdalene Sisters», ces jeunes filles qui travaillaient gratuitement dans des blanchisseries exploitées commercialement par des religieuses.

Dans le cas des «maisons mère-enfant», l’enquête avait été ouverte en 2015 dans le sillage des travaux d’une historienne, Catherine Corless. Elle affirmait que près de 800 enfants nés dans l’une de ces maisons de naissance, le foyer St Mary des sœurs du Bon Secours de Tuam (ouest de l’Irlande), avaient été enterrés dans une fosse commune entre 1925 et 1961.

Le rapport final porte surtout la responsabilité sur les familles qui envoyaient les femmes concernées dans ces établissements ou ne leur laissaient pas d’autre choix faute de soutien, et au-delà sur toute la société irlandaise.

Il décrit un chapitre «sombre et honteux de l’histoire récente de l’Irlande», a déclaré Micheal Martin, et met en lumière la «culture misogyne» qu’a connue le pays pendant «plusieurs décennies», particulièrement les «discriminations graves et systématiques envers les femmes, particulièrement celles qui ont accouché hors mariage».

«Nous avions une attitude complètement déformée vis-à-vis de la sexualité et de l’intimité», «dysfonctionnement» pour lequel «les jeunes mères et leurs fils et filles» dans ces établissements «ont été contraints de payer un prix terrible», a déclaré Micheal Martin.

Un groupe de victimes de ces institutions, «Irish First Mothers», a dénoncé l’échec du rapport à établir que «les mères étaient forcées à abandonner leurs enfants».

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, le groupe estime que la commission «absout à la fois l’Église et l’État de toute responsabilité systémique pour ce qu’elle reconnaît comme l’incarcération de fait de mères enceintes».

Jusqu’aux années 1960, «la plupart des femmes plaçaient leur enfant à l’adoption» et quittaient l’établissent «dans les quelques mois qui suivaient la naissance», selon le rapport.

Certaines estiment que «leur consentement n’était pas total, libre et éclairé», mais hormis quelques cas qui ont été portés devant la justice, «il n’y a pas de preuve que tel était leur opinion au moment de l’adoption».

Les investigations ont également permis d’établir que sept essais de vaccins contraires à l’éthique ont été menés dans ces maisons entre 1934 et 1973.