Des centaines de personnes avaient tenu tête samedi aux forces de l'ordre dans le quartier de l'université à Téhéran avant d'être dispersées par des tirs de gaz lacrymogènes.

Iran: le président favorable à un «espace» pour la critique

TÉHÉRAN - Le président iranien Hassan Rohani a affirmé dimanche que son pays devait fournir «un espace» pour que la population puisse exprimer ses «inquiétudes quotidiennes», après quatre jours de contestation durant lesquelles deux personnes ont été tuées et des centaines arrêtées.

Le président a également fermement condamné «la violence et la destruction de biens publics», lors de sa première réaction depuis le début jeudi de manifestations contre le pouvoir et la vie chère dans plusieurs villes iraniennes.

«Critiquer, c'est totalement différent que d'utiliser la violence [...]», a déclaré Hassan Rohani en Conseil des ministres selon des propos rapportés par la télévision d'État. «Nous accueillons positivement les critiques», a-t-il dit, ajoutant qu'il fallait «même créer les conditions pour la critique, les protestations légales, y compris des manifestations [...]». «C'est le droit du peuple», a-t-il assuré.

Les rassemblements antigouvernementaux sont les plus importants en Iran depuis le mouvement de contestation contre la réélection de l'ex-président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2009, violemment réprimé.

Les autorités ont limité l'accès aux réseaux sociaux dans le but d'empêcher que les protestations prennent de l'ampleur et ont averti que les protestataires allaient «payer le prix».

Si la contestation reste dans l'ensemble plutôt faible à Téhéran, une métropole de 8,5 millions d'habitants, quelque 200 personnes se sont rassemblées dimanche dans la capitale, selon l'agence Fars proche des conservateurs.

Le sous-préfet de Téhéran a confirmé des «rassemblements épars» dans le centre, ajoutant que «la police faisait son devoir» pour contrôler la situation, selon l'agence Ilna.

Environ 200 manifestants ont été arrêtés samedi soir à Téhéran et «remis à la justice», a aussi annoncé Ali Asghar Nasserbakht. Des centaines de personnes avaient tenu tête aux forces de l'ordre dans le quartier de l'université avant d'être dispersées par des tirs de gaz lacrymogènes.

«Désordre»

Depuis quelques jours, des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des milliers de personnes défilant dans plusieurs villes d'Iran contre les difficultés économiques et le pouvoir.

Un site Internet des Gardiens de la révolution, l'armée d'élite de la République islamique, a publié dimanche des images montrant plusieurs centaines de manifestants à Kermanshah (ouest).

Les médias officiels ont aussi diffusé des vidéos de manifestations en présentant comme des «contre-révolutionnaires» ceux qui brûlent des drapeaux iraniens ou attaquent des biens publics.

Dimanche, le ministre de l'Intérieur Abdolreza Rahmani Fazli a averti que «ceux qui détruisaient les biens publics, créaient du désordre et agissaient dans l'illégalité devaient répondre de leurs actes et payer le prix».

«Nous agirons contre ceux qui provoquent la terreur», a-t-il ajouté, en faisant la distinction entre «ceux qui ont des revendications légitimes» et «les contre-révolutionnaires».

Le président Hassan Rohani a fermement condamné «la violence et la destruction de biens publics».

Réseaux sociaux bloqués

Les manifestations ont débuté jeudi à Machhad, la deuxième ville du pays avant de toucher d'autres cités vendredi et samedi.

Pour tenter de les empêcher, «les responsables chargés de la sécurité ont décidé de bloquer provisoirement Telegram et Instagram», a affirmé le site de la télévision d'État.

Les autorités accusent des groupes «contre-révolutionnaires» basés à l'étranger d'utiliser ces réseaux sociaux, en particulier Telegram, pour appeler les gens à manifester et faire usage de cocktails Molotov et d'armes à feu.

Samedi, deux manifestants ont été tués à Doroud (ouest), a dit un responsable local, Habibollah Khojastehpour, en assurant que les policiers n'avaient pas tiré sur les protestataires.

Et selon l'agence Ilna, 80 personnes ont été arrêtées à Arak (centre) durant les manifestations.

Silence de Khamenei

Le numéro un de la République islamique d'Iran, le guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei, n'a pas réagi publiquement depuis le début des troubles.

C'est la première fois depuis 2009 qu'autant de villes sont touchées par un tel mouvement.

Mais le régime continue d'avoir un large soutien parmi la population, avec la mobilisation de dizaines de milliers de personnes samedi pour marquer l'anniversaire du rassemblement qui a mis fin à la contestation de 2009.

Et dimanche, des centaines d'étudiants ont manifesté à l'université de Téhéran pour soutenir le gouvernement tout en dénonçant «la corruption et la vie chère».

Depuis quatre jours, les manifestants expriment leur colère contre les problèmes économiques et les scandales financiers dans le pays, isolé et soumis pendant des années à des sanctions internationales pour ses activités nucléaires sensibles. Des slogans comme «Mort au dictateur» y ont été lancés.

Des médias conservateurs iraniens soutiennent que la majorité des appels à manifester viennent de l'étranger, d'Arabie Saoudite, rivale régionale de l'Iran, ou de groupes d'opposition en exil.

Fustigeant à nouveau le régime iranien, bête noire des États-Unis, le président Donald Trump a tweeté dimanche : «Grosses manifestations en Iran. Le peuple a finalement compris comment son argent et ses richesses sont volés et gaspillés sur le terrorisme. On dirait qu'il ne supporte plus. Les États-Unis surveillent de près en cas de violation des droits de l'Homme».

«Ce monsieur aux États-Unis, qui veut montrer de la sympathie à l'égard du peuple iranien, oublie qu'il l'a traité de terroriste [...]», a jugé Hassan Rohani. Trump «n'a pas le droit de compatir avec le peuple iranien».