Interrogations sur le parc des «héros américains» de Trump

WASHINGTON — Un parc peuplé de statues de «héros américains». L’idée, lancée par Donald Trump à l’occasion des célébrations du «4th of July» dans une Amérique profondément divisée, ne semble pas destinée à apaiser les passions.

Sur le fond comme sur la forme, l’annonce de cette initiative au financement et au devenir incertains (l’objectif affiché est une ouverture au public en 2026) a surpris.

À quatre mois de l’élection présidentielle, elle renforce encore un peu plus l’image d’un président ayant renoncé à endosser les habits de rassembleur, qui joue bloc contre bloc.

Annoncée sans consultation, la démarche intervient au moment où, à travers le pays, des manifestants réclament le déboulonnage de certaines statues, en particulier celles des généraux sudistes, y voyant la célébration d’un passé raciste.

Esquivant le débat de fond, réduisant le mouvement de protestation à des actes violents, le milliardaire républicain se pose depuis plusieurs semaines en défenseur de «l’intégrité» du pays face aux «marxistes, anarchistes, agitateurs et pilleurs».

Pour Julian Zelizer, professeur d’histoire à l’université de Princeton, l’annonce de ce projet est d’abord une démarche politique pour Donald Trump.

«Il essaye d’utiliser une certaine version de l’histoire américaine pour mettre en scène ses attaques contre la "gauche radicale" et pour rassurer les conservateurs qui peuvent être frustrés par l’échec de sa politique sur la pandémie (de la Covid-19)», explique-t-il à l’AFP.

L’idée de ce «Jardin national des héros américains», où seraient rassemblées des statues «réalistes» et non pas «abstraites», a été lancée vendredi soir lors de son discours devant le Mont Ruhsmore qui célèbre quatre de ses lointains prédécesseurs.

Ce «vaste parc» accueillerait les statues des «plus grands Américains ayant jamais vécu».

Mais comment dresser la liste de ces «géants du passé», selon les termes de Donald Trump? Qui doit participer à son élaboration?

Dans une première liste, citée dans le décret présidentiel, on trouve pêle-mêle, George Washington, Martin Luther King, Davy Crockett, l’aventurier devenu héros de Disney, le prêcheur évangélique Billy Graham, Ronald Reagan, ou encore Antonin Scalia, juge de la juge Cour suprême et pilier de la droite conservatrice.

Choix «étranges»

«Certains de ses choix sur les personnes devant être honorées sont un signal envoyé à la droite, comme le juge Scalia par exemple. Certaines absences, comme celle de Franklin Roosevelt, participent de la même logique», souligne Julian Zelizer.

James Grossman, directeur de l’American Historical Association, cité par le Washington Post, y voit lui un mélange de choix «étranges, déplacés, voire provocateurs».

Le décret prévoit aussi la possibilité d’accorder une place à des individus qui n’étaient pas Américains, mais ont contribué de manière significative à «la découverte, le développement ou l’indépendance» de ce qui allait devenir les États-Unis.

L’explorateur génois Christophe Colomb, le missionnaire espagnol Junipero Serra, ou encore le Marquis de La Fayette, héros de la Guerre d’Indépendance américaine, sont cités.

Plusieurs statues de Christophe Colomb ont été déboulonnées ou vandalisées ces dernières semaines à travers les États-Unis. La municipalité de San Francisco a retiré une statue du navigateur de son parlement local.

Dans son discours du 4 juillet, depuis les jardins de la Maison-Blanche, Donald Trump a pris soin de le mentionner explicitement.

«Nous nous battrons ensemble pour le rêve américain, et nous défendrons, protègerons, et préserverons le mode de vie américain qui a commencé en 1492 quand Christophe Colomb a découvert l’Amérique», a-t-il lancé, avant de défendre une nouvelle fois son idée de «parc des héros».

La classe politique américaine est restée dans son ensemble muette face à cette proposition.

Exception notable : Eugene Scalia, ministre du Travail dans le gouvernement Trump. Se disant très touché à l’idée qu’une statue de son père figure dans ce parc, il a loué l’initiative présidentielle.

«Nous avons besoin de héros», a-t-il expliqué sur Fox News. «Nous avons besoin d’admirer nos ancêtres et de reconnaître ce qui est grand et bon dans notre passé. Et c’est ce que fait le président».

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UNE STATUE DE CHRISTOPHE COLOMB DÉBOULONNÉE À BALTIMORE

Des protestataires ont déboulonné une statue de Christophe Colomb samedi à Baltimore, sur la côte est des États-Unis, dernière attaque en date contre des monuments ou statues de personnages historiques liés à l’esclavage ou la colonisation.

Selon des images diffusées par le Baltimore Sun, des manifestants ont déboulonné la statue du navigateur génois à l’aide de cordes, près du quartier de Little Italy.

Longtemps célébré comme «celui qui a découvert l’Amérique», Christophe Colomb est aujourd’hui vu par certains comme le symbole de l’arrivée des Européens et de la conquête de terres ne leur appartenant pas.

Dans la foulée des manifestations contre les inégalités raciales déclenchées par la mort de George Floyd, un Afro-Américain tué par un policier blanc à Minneapolis le 25 mai, de nombreuses statues de personnages liés à l’histoire coloniale ou aux discriminations ont été déboulonnées ou attaquées, aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

Dans son discours samedi à l’occasion de la fête nationale du 4 juillet, marquant le Jour de l’indépendance, lorsqu’en 1776 treize colonies britanniques proclamèrent leur séparation de la couronne britannique, le président Donald Trump a mentionné le navigateur génois.

«Nous nous battrons ensemble pour le rêve américain, et nous défendrons, protègerons, et préserverons le mode de vie américain qui a commencé en 1492 quand Christophe Colomb a découvert l’Amérique», a-t-il déclaré, s’en prenant aux manifestants qui dénoncent les discriminations raciales. AFP