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Des manifestants de la communauté ouïghoure participent à une marche aux côtés de la communauté tibétaine en France, place du Trocadéro à Paris le 24 mars 2019 pour protester contre la visite du président chinois en France.
Des manifestants de la communauté ouïghoure participent à une marche aux côtés de la communauté tibétaine en France, place du Trocadéro à Paris le 24 mars 2019 pour protester contre la visite du président chinois en France.

Human Rights Watch demande à un organe de l'ONU d'enquêter sur les Ouïghours

Ken Moritsugu
Associated Press
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Un groupe de défense des droits de la personne demande à l'ONU d'enquêter sur les allégations selon lesquelles le gouvernement chinois commettrait des crimes contre l'humanité dans la région du Xinjiang.

Human Rights Watch cite des informations faisant état de détentions massives de musulmans, d'une répression des pratiques religieuses et d'autres mesures prises contre les minorités dans cette région du nord-ouest de la Chine. L'organisme estime qu'il s'agit bel et bien de crimes contre l'humanité, tels que définis par le traité qui a institué la Cour pénale internationale.

Or, la Chine n'est pas membre de ce tribunal international et pourrait utiliser son droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies pour bloquer toute motion visant les responsables chinois, rappelle Human Rights Watch dans son rapport. Mais l'organisme établi à New York estime que la Commission des droits de l'homme des Nations unies devrait, elle, créer un organe spécifique pour enquêter sur les accusations, identifier les responsables et fournir une feuille de route pour leur demander des comptes.

Par contre, la Chine a toujours refusé aux Nations unies un accès sans entraves à la région pour mener une enquête.

Plus d'un million de personnes ont été confinées dans des camps au Xinjiang, selon des gouvernements et des experts étrangers. Pékin est accusé d'imposer à ces minorités le travail forcé et la régulation des naissances.

Le gouvernement chinois rejette les allégations d'abus et affirme que les camps sont destinés à la formation professionnelle, pour soutenir le développement économique et lutter contre le radicalisme islamique. Pékin fait pression sur les grandes marques étrangères de vêtements et de chaussures pour qu'elles reviennent sur leurs décisions de cesser d'utiliser le coton du Xinjiang.

Sanctions et motions

L'ancien secrétaire d'État américain Mike Pompeo avait déclaré, aux derniers jours de l'administration Trump, que la Chine était en train de commettre un génocide au Xinjiang. Son successeur sous Joe Biden, Antony Blinken, a repris exactement la même position officielle.

Les parlements du Canada, de Belgique et des Pays-Bas ont officiellement accusé Pékin de génocide, bien que le premier ministre canadien Justin Trudeau ait hésité à utiliser ce terme précis, parlant plutôt, pour l'instant, d'«énormes violations des droits de l'homme» au Xinjiang.

Un porte-parole du Parti communiste au pouvoir en Chine a rejeté lundi les accusations. «Il n'y a pas de crimes contre l'humanité ni de génocide, et les populations des minorités ethniques et des Ouïghours sont en augmentation», a assuré Xu Guixiang, directeur général adjoint du département de propagande du parti pour le Xinjiang. «Vous pouvez voir la stabilité et l'harmonie au Xinjiang.»

Human Rights Watch, qui a déclaré avoir été aidé dans son rapport par des experts des droits de la personne de la faculté de droit de l'Université de Stanford, a déclaré qu'il n'avait pas documenté l'intention de génocide. Mais «si de telles preuves devaient apparaître, les actes commis contre les musulmans turcs au Xinjiang […] pourraient également étayer une conclusion de génocide», indique le rapport de l'ONG.

Les États-Unis ont imposé des sanctions financières et de voyage à des responsables chinois accusés d'abus au Xinjiang. Washington a bloqué les importations de plusieurs entreprises et de produits de coton et de tomates de la région.