Derrière ses paysages paradisiaques, Guam est une véritable forteresse. Un avant-poste stratégique de 550 km2, où sont stationnés quelque 7000 soldats. Avec ses deux bases, l'île fait partie du Commandement des opérations militaires américaines dans le Pacifique (PACOM), qui couvre la moitié de la planète.

Guam sereine malgré les menaces de Pyongyang

ANDERSEN AIR FORCE BASE — L'escalade des tensions entre la Corée du Nord et les États-Unis n'a pas bouleversé l'ambiance paisible de l'île de Guam, petite île paradisiaque perdue dans le Pacifique, qui se vante de «couchers de soleil célèbres dans le monde entier».

Lorsque Pyongyang menaçait de lancer ses missiles contre ce territoire américain, les habitants ont à peine bronché.

«S'il devait arriver quoi que ce soit, beaucoup d'efforts seraient déployés pour nous protéger et faire en sorte qu'on ne soit pas touchés», confie Blake Bristol, gérant du restaurant Mosa's Joint dans la capitale Hagatna. «On va juste continuer à profiter et apprécier le temps qui est devant nous. Si ça arrive, ça arrive».

«Il n'y a pas d'endroit aussi bien défendu que Guam», assure pour sa part le lieutenant de vaisseau Ian McConnaughey, qui se veut rassurant quand il fait visiter aux journalistes la base de l'armée de l'air Andersen, installée sur l'île tropicale.

Ses 160 000 habitants ont de bonnes raisons de se rassurer. Des dizaines de radar parsèment les falaises de l'île, située à environ 3400 kilomètres de la péninsule coréenne, scrutant signaux et menaces potentielles.

Le territoire est aussi équipé d'un bouclier antimissile sophistiqué : le THAAD, «Terminal High Altitude Area Defense». Le système a été conçu pour lancer des intercepteurs de missile de gamme intermédiaire qui pulvérisent leur cible.

Projection de la puissance

Car derrière ses paysages paradisiaques, Guam est une véritable forteresse. Un avant-poste stratégique de 550 km2, où sont stationnés quelque 7000 soldats. Avec ses deux bases, l'île fait partie du Commandement des opérations militaires américaines dans le Pacifique (PACOM), qui couvre la moitié de la planète.

Depuis 2004, ce territoire au cœur de l'archipel des îles Mariannes a toujours accueilli au moins un des trois types de bombardiers lourds de l'armée américaine, susceptibles d'être déployés, si nécessaire, face à la Corée du Nord.

Les responsables américains aiment parler de l'importance de Guam, symbole de «projection de la puissance», au fin fond de la région Pacifique.

Une stratégie qui intervient dans un contexte où le programme de «l'Amérique d'abord» martelé par le président Trump est utilisé par ses rivaux pour soutenir que Washington ne s'intéresse plus à sa présence dans cette région.

Avec d'autres responsables, le général Joe Dunford, chef d'état-major américain, qui s'est récemment rendu sur l'île avec un groupe de journalistes, conteste cet argument.

Présent sur la base de l'armée de l'air Andersen, le B2 Spirit, bombardier furtif en forme de boomerang, peut transporter des charges nucléaires en évitant les radars.

Lors de l'inspection du général Dunford, les responsables de la base ont exhibé un avion plus connu, l'imposant B-52, un bombardier géant de la guerre froide, toujours en service.

«On est la troisième génération à piloter cet avion, c'est incroyable», se réjouit le capitaine Joseph Trench Niez, âgé de 28 ans.

Campagne de pression

Avec le système THAAD et ses missiles intercepteurs qui peuvent, en théorie, détruire un missile balistique intercontinental (ICBM), le Pentagone assure qu'il peut déjouer toute menace provenant de la Corée du Nord.

Mais les défenses américaines ne sont en aucun cas garanties.

Le mois dernier, le test d'un missile conçu pour intercepter un engin d'une gamme intermédiaire a échoué, pour la deuxième fois en moins d'un an.

Une grosse salve de missiles pourrait surpasser les capacités du THAAD.

Et Kim Jong Un, le numéro un nord-coréen, aura la capacité d'envoyer un ICBM à tête nucléaire sur le continent américain dans «quelques mois», a récemment estimé le directeur de la CIA, Mike Pompeo.

Avec l'imprévisible rhétorique de Donald Trump, le département d'État et l'armée américaine semblent avoir repris en main la relation avec la Corée du Nord.

Le chef d'état major Dunford a insisté sur son rôle de soutien à «la campagne de pression diplomatico-économique» contre Pyongyang, menée conjointement par l'ambassadrice américaine aux Nations unies Nikki Haley et le département d'État.

Si la pression diplomatique et économique contre la Corée du Nord venait à échouer et qu'un conflit devait s'engager, comme Donald Trump l'a déjà envisagé, l'île de Guam et d'autres avant-postes américains dans le Pacifique en deviendraient des centres de commandement vitaux.