Famille royale inc.

Pour durer, la famille royale britannique s’est réinventée en multinationale qui gère de l’immobilier, cultive des produits bio et surtout, vend du rêve bon marché. Rien ne doit éclabousser son image «d’entreprise charitable». Ni les sautes d’humeur du prince Harry, ni l’association du prince Andrew avec le pédophile Jeffrey Epstein. Portrait d’une royale business que les habitués surnomment «la Firme».

La «Firme» aime se présenter comme une machine énorme, bien huilée, réglée au quart de tour. Ses royaux administrateurs doivent donner toujours l’impression qu’ils vivent dans un conte de fée, même si c’est complètement faux. Leur devise se lit comme suit: «Ne te plaint jamais et ne t’explique jamais». Car la stratégie ultime de la Firme, c’est de faire croire au public qu’il n’y a pas de stratégie et que le rêve royal existe vraiment. (1)

Pour la bonne marche de la Firme, l’improvisation doit être réduite au minimum. Chacun tient un rôle, en particulier au sommet. La reine Elisabeth II, c’est la patronne. La Mère de la nation. Son fils Charles, l’héritier du trône, apparaît comme le «gentleman-farmer», «l’écolo pince-sans-rire». (2) Quant au prince William, il joue le rôle du père de famille exemplaire que toutes les grand-mamans veulent avoir comme petit-fils.

Au fil des ans, la Firme a traversé plusieurs tempêtes. En juillet 1917, en pleine guerre mondiale, la royale famille a même changé de nom. Pour soigner son image patriotique, elle se rebaptise «Windsor», au lieu de «Saxe-Coburg-Gotha», qui rappelle trop ses origines allemandes. Plus près de nous, en 1992, la Firme connaît une «annus horribilis», marquée par trois divorces princiers et par l’incendie de l’emblématique château de Windsor.

Mais c’est probablement en 1997 que la royale business touche le fond, avec la mort tragique de la princesse Diana. Sur le coup, la Firme semble indifférente à l’immense chagrin qui secoue la Grande Bretagne. La rumeur veut qu’en apprenant la nouvelle, la Reine se contente de dire à son fils Charles: «Occupe-toi de gérer ça. Moi, je regarde les courses de chevaux à la télé.» (3) 

Pour redorer son image, la Firme fait appel à des as des relations publiques. Des experts capables de réaliser des miracles, comme l’amélioration de l’image du prince Charles.

Soudain, la Firme est ébranlée. Sa popularité vacille. Les Windsor sont rebaptisés «les cubes de glace royaux». Une majorité de jeunes britanniques souhaitent la disparition de la monarchie. (4) Ceux-là tombaient d’accord avec l’ancien chroniqueur Pierre Foglia, pour dire: «Dieu a inventé les malades pour que Mère Teresa devienne une Sainte et pour que la famille royale ait quelque chose à faire le mardi après-midi».

Charles le miraculé

Pour redorer son image, la Firme fait appel à des as des relations publiques. Des experts capables de réaliser des miracles, comme l’amélioration de l’image du prince Charles. Jusque-là, le pôvre est vu comme un mauvais père. Ou comme le mari indigne qui a trompé son épouse Diana, la princesse bien-aimée.

Le prince Charles, c’est l’hurluberlu qui a expédié les meubles de sa chambre chez un ami où il s’apprêtait à passer la fin de semaine.(5) C’est l’être insaisissable qui se fait mettre K.O. par la question d’un petit garçon, dans un documentaire de 1994.

— Qui es-tu? lui demande le garçonnet. (6)

— J’aimerais bien le savoir, répond le Prince.

Pas grave. Grâce à un certain Mark Bolland, bientôt surnommé le «Machiavel du Prince», l’image de Charles se métamorphose. Bye-bye le père indigne. Bonjour le courageux père de famille monoparentale. Soudain, la presse s’intéresse davantage à ses œuvres caritatives. Il devient un «entrepreneur», qui dirige (de très haut) une marque de produits bio rapportant des millions.

Bientôt, le Prince un peu coincé se déhanche sur la musique endiablée du film The Full Monty, une comédie dans laquelle des chômeurs désespérés se reconvertissent en gogo-boys. Il confesse sa fascination pour Harry Potter. Il lit même le bulletin météo de la BBC, la télé publique. (7) 

Les résultats sont spectaculaires. En 1997, au lendemain du décès de Diana, à peine 20% des Britanniques ont une opinion favorable du prince. Deux ans plus tard, la proportion atteint 75%. (8)

Un miracle. Un vrai.

En 1997, au lendemain du décès de Diana, à peine 20% des Britanniques ont une opinion favorable du prince Charles. Deux ans plus tard, la proportion atteint 75%.

Au tour de la sorcière

La réinvention de Charles passe aussi par celle de sa maitresse Camilla Parker-Bowles. Une cause quasi-perdue. La presse à scandale britannique ne pardonne pas à Madame d’avoir pris la place de Diana. Les journaux la décrivent comme «la vilaine sorcière», «le vampire» et même «la vieille truite».

Dès 1992, la retranscription d’une conversation intime entre Charles et Camilla cause un scandale. Charles déclare qu’il veut vivre «dans le pantalon» de son amoureuse. Si possible, «sous la forme d’un tampax». (9) Shocking. Lors d’une sortie au supermarché, la malheureuse Camilla est attaquée par des clientes qui lui lancent des petits pains.

Encore une fois, les experts embauchés par la Firme prennent les choses en main. Ne reculant devant rien, Mark «Machiavel» Bolland scelle un pacte avec le Diable, l’hebdomadaire News of the World. D’un côté, Monsieur fournit des révélations croustillantes sur la famille royale. De l’autre, l’hebdomadaire s’engage à couvrir Charles et Camilla de manière plus flatteuse.

Avec le temps, la «méchante» Camilla est réhabilitée. Le 19 janvier 1999, l’ex-ennemie publique et son Charles peuvent effectuer leur première sortie publique, à l’hôtel Ritz de Londres. Au moment où le couple prend la pose, les flashes sont si nombreux, qu’ils provoquent une sorte d’effet stroboscopique.

Incroyable mais vrai, l’Association britannique de l’épilepsie supplie les télévisions de ne pas utiliser les images, craignant des effets possibles sur les téléspectateurs épileptiques! (10)

Les experts des relations publiques s’écrient «mission accomplie». Mais à quel prix? En 2015, un documentaire de la BBC révèle l’ampleur du pacte scellé avec la presse à scandales. En échange de bons mots sur Charles, on aurait coulé à la presse qu’un de ses fils fumait de la marijuana. L’épisode permettait de faire passer Charles pour un père consciencieux, inquiet des «dérives» possibles de son adolescent. (11) 

La reine de James Bond

L’image de la reine Elisabeth II fait aussi l’objet d’un sérieux «lifting». La Reine abandonne son yatch de luxe et son hélicoptère. Elle multiplie aussi les voyages en province, là où la presse régionale se montre plus enthousiaste. (13)

Le tout dernier carrosse royal, inauguré pour le 60e anniversaire du couronnement de la reine, se veut le compromis idéal entre l’ancien et le moderne. D’accord, ce petit chef d’œuvre kitsch est encore tiré par six chevaux. Mais il est équipé d’un écran géant, d’un climatiseur et de vitres électriques...

Grâce à des indiscrétions savamment calculées, on veut montrer le côté «humain» de la souveraine. Madame aime les mots croisés. Elle boit du Gin-Dubonnet. Bizarrement, elle raffole de la série Downtown Abbey, ce qu’on a comparé à un chat qui serait accroc aux vidéos mettant en vedette d’autres chats, sur Internet.

La Reine cool est sur Twitter et Facebook. En 2012, pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, elle accepte de tourner un vidéo en compagnie de l’acteur Daniel Craig, alias James Bond. À la fin, un sosie saute en parachute à sa place. (14) 

Le culte royal triomphe. En 2018, après 65 années de règne, plus de 80% des Britanniques ont une opinion favorable de la Reine. Environ la même proportion qu’au moment de son couronnement, en 1953.(15)

Last but not least, plusieurs anecdotes soulignent l’humour et le sens de la répartie de Sa Majesté.

«Vous ressemblez vraiment beaucoup à la Reine,» lui aurait dit un quidam, croisé en marge d’une cérémonie.

— Ce que vous dites-là me rassure beaucoup, aurait-elle répondu.

Famille royale inc.

Il n’empêche. Derrière sa nouvelle façade «cool», la Firme protège jalousement sa marque de commerce. Les apparitions des royaux sont le plus souvent minutées. Leurs associations avec des œuvres de charité sont soigneusement comptabilisées. À elle seule, la Reine soutient plus de 800 causes et organismes. (16)

L’objectif ultime de la Firme consiste à fournir «une actualité royale heureuse». Chaque événement royal se transforme en infopub télévisée. Les excès sont vite pardonnés. En 1947, la robe de mariage d’Elisabeth II avait coûté 1 700 $CAD [environ 21 300 $ en argent d’aujourd’hui]. En 2011, la robe de Kate Middletown a coûté 650 000  $CAD. (17)

Le dernier mariage, celui du prince Harry et de l’américaine Meghan Markle, en mai 2018, était conçu comme le «conte de fée ultime». Pour éviter les critiques, la famille royale paye la cérémonie, les fleurs et la réception. Elle fait aussi circuler des statistiques flatteuses. Le mariage amènerait plus 850 millions $ à l’économie britannique. À eux seuls, les produits dérivés représentaient une cagnotte de 100 millions $. (18)

Dans l’euphorie, on oublie quasiment que les contribuables britanniques héritent de la responsabilité d’assurer la sécurité, une bagatelle évaluée à 51 millions $CAD. Ils payent aussi la facture des rénovations de la résidence officielle du couple, qui atteint 4,1 millions $.

Le prince Philippe, l’époux de la Reine, minimise ses menus détails grâce son humour pince-sans-rire: «nous sommes une entreprise familiale et nous vivons au dessus de la boutique. (19)

Le 10 janvier, The Daily Mail a consacré 17 pages au «Megxit», un jeu de mots avec «Brexit» et «Meghan».

GESTION DE CRISES ROYALES

Pendant plusieurs années, la Firme royale «revampée» a réussi à échapper aux scandales qui éclaboussent les autres institutions britanniques. Au milieu de la tempête du Brexit, elle apparaît même comme une référence. Mais voilà qu’à l’automne 2019, l’association désastreuse du Prince Andrew avec un pédophile vient tout ébranler. Sans parler des volontés d’indépendance du Prince Harry.

Jusqu’à la fin, le prince Andrew, le second fils de la Reine, est resté l’ami de Jeffrey Epstein, un pédophile retrouvé pendu dans sa cellule, le 10 août 2019. (20) En septembre, une jeune fille accuse même le Prince d’avoir eu des relations sexuelles avec elle, alors qu'elle se trouvait dans le «réseau» d’Epstein. L’étau se resserre. Le Prince croit s’en tirer en accordant une entrevue-fleuve à la BBC, mais son attitude insensible tourne au désastre. (21) La presse décrit l’entrevue comme «le plus beau but inscrit dans son propre filet de l’histoire». (22)

Chez les associés du Prince, c’est le sauve-qui-peut. Une dizaine de grandes entreprises associées à ses œuvres de charité prennent leur distance. (23) Ça ne peut plus durer. L’image de marque de la Firme est en jeu. Andrew doit s’éclipser. Le 20 novembre, le prince devenu radioactif annonce son retrait de la vie publique. «(..) La simple association du Prince Andrew avec Epstein était devenue toxique. (24) 

Le trouble-fête

Le cas du prince Harry, le deuxième fils de Charles et de Diana, apparaît plus compliqué. Il y aquelques années, les folles nuits du Prince défrayaient les manchettes. Un jour, le jeune Harry se présente à une fête déguisée en officier de l’Afrika Korps, le corps expéditionnaire de l’Allemagne nazie en Afrique. Plus tard, des photos le montrent complètement nu, lors d’une soirée de Strip Poker dans un hôtel de Las Vegas.

Avec le temps, le Harry le fêtard devient pourtant un actif précieux pour la Firme. Ancien militaire, il peut jouer un rôle utile auprès des vétérans. Et à partir de 2018, son mariage avec Meghan Markle, dont la mère est noire, le replace au centre du conte de fée. Le couple «métissé» propose une image moderne et multiculturelle de la royauté. Un must, dans une Grande-Bretagne où 14% des citoyens sont nés à l’étranger.

Du coup, la Firme ferme les yeux sur les excès de franchise du Prince. On lui pardonne de dire que personne ne veut vraiment être roi ou reine. (25) On tolère qu’il tienne son bébé Archie loin des caméras, pour préserver sa vie de famille. On excuse même ses relations tendues avec la presse à scandale. Après tout, il faut freiner les dérives racistes. Un éditorialiste idiot a même évoqué «l’ADN exotique» de Meghan.

Le 20 octobre, la décision du couple Harry-Meghan de poursuivre quatre journaux crée des remous dans l’entourage royal. (26) La Firme sait qu’on ne gagne pas une guerre totale contre la presse à potins. Mais lorsque le couple annonce qu’il veut devenir «financièrement indépendant», elle doit réagir. La famille royale est comme l’hôtel California popularisé par la chanson du groupe The Eagles. Lorsque vous y entrez, vous ne pouvez plus en sortir...

Hystérie autour du Megxit

Le 12 janvier, une réunion d’urgence du noyau dirigeant de la Firme est convoquée. Sans parvenir à une décision définitive. Entretemps, la presse à scandales frôle l’hystérie. Le 10 janvier, The Daily Mail a consacré 17 pages au «Megxit», un jeu de mots avec «Brexit» et «Meghan».(27)

La presse tourne en dérision les projets du Prince. Sans l’argent royal, elle calcule que Monsieur n’empocherait qu’un salaire de 35 000 $CAD par année, à titre de travailleur communautaire. (28) Elle s’indigne aussi que le couple Harry-Meghan ait fait breveter des centaines produits dérivés à leur image. On l’accuse de se distancer de la royauté, tout en planifiant de continuer à en tirer profit.

Soudain, la «Firme» n’est plus une machine bien huilée. Ses royaux administrateurs ne donnent plus l’impression de vivre dans un conte de fée. À 93 ans, la Reine a dû réduire ses apparitions publiques. Et pour éviter de nouveaux dérapages, on raconte que le prince Charles veut recentrer les activités royales autour d’un nombre réduit de têtes couronnées.

Mais ne parlez surtout pas de stratégie. La stratégie ultime de la Firme, c’est de faire croire qu’il n’y a pas de stratégie et que le rêve royal existe vraiment.

Jusqu’à la fin, le prince Andrew, le second fils de la Reine, est resté l’ami de Jeffrey Epstein, un pédophile retrouvé pendu dans sa cellule, le 10 août 2019

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LA FAMILLE ROYALE EN CHIFFRES

527,4 millions $ Estimation de la fortune personnelle de la reine Elisabeth II par le Sunday Times. 

13,4 millions  $ Fonds publics consacrés aux dépenses annuelles de la Reine, non imposables. 

64,5 millions $ Somme versée annuellement à la famille royale par le Trésor britannique, à partir d’un calcul représentant 15% des revenus tirés des propriétés de la Couronne, évaluées à 21 milliards $. Le «Crown Estate» gère notamment des parcs éoliens, des forêts, des terres agricoles et la totalité de la célèbre Regent Street, à Londres. Il n’inclut pas des possessions d’un valeur de 15 milliards $ comme les joyaux de la Couronne ou la Royal Collection.

27,2 millions $  Revenus annuels du duché de Lancaster [Lancastre], détenu par la reine. Le duché, d’une valeur de 800 millions $, comprend notamment des immeubles et des terres agricoles. 

31,1 millions $ Revenus annuels du duché de Cornwall [Cornouailles], détenu par le prince Charles. Le duché comprend notamment des immeubles et des terres agricoles. Les enfants du Prince reçoivent 5% de ces revenus (1,6 millions $).


Note: Tous les chiffres sont de 2015, en dollars canadiens.

Sources: Bloomberg, Sunday Times, Forbes.

Notes

(1) Le nouvel essor de la marque Windsor, la famille royale britannique, Le Monde, 11 mai 2018.

(2) Comment Elizabeth II est redevenue «cool», Le Figaro, 2 juin 2012.

(3) Bower Tom, Rebel Prince: The Power Passion and Defiance of Prince Charles, William Collins, 2018. 

(4) Royaume-Uni: Elisabeth II ou Elisabeth the Last?  L’Express, 21 août 1997.

(5) Bower Tom, Rebel Prince: The Power Passion and Defiance of Prince Charles, William Collins, 2018.

(6)  Charles: The Private Man, The Public Role, 1994, ITV documentary, www.youtube.com/watch?v=heNuI0iQKl0

(7) Pour voir le Prince lire la météo: www.youtube.com/watch?v=ZQTPdEKGEBs

(8) Comment la crème anglaise a pris, Le Point, 17 février 2005.

(9) A Love Lived in Public and in Private, The Guardian, 10 février 2005. 

(10) The Rise of Camilla, BBC News, 7 juillet 2001.

(11) Steve Hewlett, «Reinventing the Royals», BBC 2, 2015.

www.youtube.com/watch?v=0W-rLu3jfCk

(12) Comment Elizabeth II est redevenue «cool», Le Figaro, 2 juin 2012.

(13) Grande Bretagne: Elizabeth For Ever, Le Point, 20 avril 2016.

(14) www.youtube.com/watch?v=1AS-dCdYZbo

(15) Le nouvel essor de la marque Windsor, la famille royale britannique, Le Monde, 11 mai 2018.

(16) Comment Elizabeth II est redevenue «cool», Le Figaro, 2 juin 2012.

(17) Royal-Wedding Fever: The View From Windsor, The New Yorker, 17 mai 2018.

(18) Royal Influencers Move May Costs British Brands, The New York Times, 10 janvier 2020.

(19) Les dessous de la fortune des Windsor, Le Point 23 juin 2019.

(20) La décision d’Harry et Meghan contrecarre la stratégie de Buckingham,  Le Monde, 15 janvier 2020.

(21) www.youtube.com/watch?v=_nxlggVDXhk

(22) L’interview du prince Andrew donne des sueurs froides à Elizabeth II, Le Point, 18 novembre 2019.

(23) What Prince Andrew’s Retrait From Public Life Means For The Royal Family, Forbes, 21 novembre 2019.

(24) The Wobbling of the House of Windsor, The New Criterion Magazine, 1er octobre 2019.

(25) Prince Harry on Chaos After Diana’s Death and Why the World Needs ‘the Magic’ of the Royal Family, Newsweek, 21 juillet 2017.

(26) Le Prince les accuse d’avoir piraté son téléphone, pour l’espionner.

(27) The British Press is Losing Its Mind Over Harry and meghan, Slate, 10 janvier 2020.

(28) Would Royals Survive in the REAL World?