Dans le Little Village de Chicago, des résidents, dont Raul Montes Jr., Juan Rodriguez et Radames Pina unissent leurs forces pour protéger leurs maisons et leur quartier.
Dans le Little Village de Chicago, des résidents, dont Raul Montes Jr., Juan Rodriguez et Radames Pina unissent leurs forces pour protéger leurs maisons et leur quartier.

États-Unis: armes et applications pour protéger son quartier

MINNEAPOLIS — «Vivez-vous ici?» demande l’un des hommes, poliment, mais avec force. Ses mains reposaient nonchalamment sur le fusil en bandoulière sur sa poitrine, et un pistolet était attaché à sa ceinture.

«Nous avons beaucoup de personnes âgées ici», a-t-il poursuivi, convaincu que le chauffeur, un journaliste de l’Associated Press, ne présentait aucun danger. «Nous ne voulons pas que quelqu’un se blesse.»

Plus d’une semaine de troubles a conduit certains habitants de Minneapolis, près de l’épicentre de la violence, à prendre des mesures pour protéger leurs maisons et leurs quartiers. Ils ont fait le plein d’extincteurs et de seaux et formé des dizaines de groupes de surveillance de quartier.

Ils utilisent un ensemble d’applications et se servent des médias sociaux pour partager ce qu’ils considèrent comme des activités suspectes.

Se préparer à la tombée de la nuit à Minneapolis signifie une nouvelle routine pour plusieurs citoyens : ranger les poubelles pour les empêcher d’être jetées ou incendiées, allumer les lumières et ouvrir les rideaux. Dans certains quartiers à proximité de grandes manifestations, des témoins affirment que des résidents sont armés de battes de baseball, de barres à clous ou encore de pistolets afin d’éloigner les manifestants violents.

Des scènes similaires ont commencé à émerger à travers le pays à mesure que les manifestations de colère se sont propagées. Le sentiment de peur s’accentue à mesure que diminue le sentiment que la police maintiendra la paix.

Fierté communautaire

Dans l’enclave fortement mexicaine du Little Village de Chicago, des résidents du quartier font le guet alors que des pillages de commerces se produisent dans une rue commerçante animée.

Pour certains, tout cela est un signe de fierté communautaire et de réponse rationnelle lorsque la police ne peut plus protéger, comme ce fut le cas lors de certaines nuits à Minneapolis la semaine dernière. Mais d’autres voient dans ce phénomène quelque chose de troublant, d’autant plus que ces comportements se propagent dans des quartiers largement blancs qui ont vu peu ou pas de dommages.

Plus d’une semaine de troubles a conduit certains habitants de Minneapolis, près de l’épicentre de la violence, à prendre des mesures pour protéger leurs maisons et leurs quartiers.

«Il y a un sentiment d’échec de l’État et dans l’échec de l’État interviennent des actions privées pour protéger sa famille et sa communauté», a expliqué Omar Wasow, professeur adjoint de politique à l’Université de Princeton qui écrit sur les mouvements de protestation.

«Vous prenez cela et vous le superposez à la longue mythologie raciste profondément enracinée qui dit : “Je devrais avoir peur et les Noirs sont une menace”, et vous obtenez une sorte de comportement de défense communautaire.»

Peter Baggenstos a ressenti la tension dans son quartier, un secteur largement blanc et riche de Minneapolis à environ un kilomètre et demi de plusieurs magasins qui ont été vandalisés. Peter Baggenstos, un médecin afro-américain, a déclaré qu’il remarque beaucoup de «surveillance passive» la nuit, alors que les voisins gardent la lumière allumée et échangent des messages texte sur les voitures ou les gens dans la rue après le couvre-feu.

«Vous avez le sentiment que les yeux sont sur vous», a-t-il déclaré.

En conséquence, sa femme a alerté les voisins lorsque Peter Baggenstos est rentré tard récemment, au volant de sa Tesla. Il n’y a pas de plaque d’immatriculation en avant du véhicule, ce qui risque de soulever des soupçons ces jours-ci.

Les incendies criminels et le vandalisme ont dévasté une partie importante sud de Minneapolis, et se sont étendus au-delà de certaines banlieues.

«Les gens veulent reprendre le contrôle lorsqu’ils qu’ils sentent qu’ils perdent le contrôle — dans ce cas, ils veulent prendre le contrôle sur leur bien-être personnel et celui des membres de leur famille», a déclaré Peter Baggenstos. «Mais c’est arrivé à un niveau où c’est dangereux. Cela rend tout le monde paranoïaque.»

Il a dit qu’il était particulièrement préoccupé par la vague de rumeurs et d’affirmations sur les chaînes de texte et les applications, une technologie qui a transformé les anciennes notions de «surveillance de quartier».

Groupes de surveillance

Depuis que des manifestations ont éclaté pour la première fois à Minneapolis la semaine dernière en réponse au décès de George Floyd, un homme noir mort en garde à vue, des résidants de la partie sud de Minneapolis se sont précipités pour mettre à jour des applications comme Next Door, GroupMe et Citizen, et s’organiser par quartier. Mardi, un groupe de surveillance de quartier GroupMe comptait 479 membres, organisés en sept secteurs. Les membres, identifiés uniquement par leurs prénoms et leurs rues transversales, ont publié un flux constant de descriptions de véhicules suspects, de bruits, de soucis concernant les étrangers et d’objets qui pourraient être utilisés pour allumer des incendies.

Ces résidents ont des raisons d’être en état d’alerte. Les incendies criminels et le vandalisme ont dévasté une partie importante sud de Minneapolis, et se sont étendus au-delà de certaines banlieues.

Les autorités de l’État ont déclaré avoir trouvé des caches de liquides inflammables dans toute la région métropolitaine, ainsi que des véhicules volés sans plaque d’immatriculation qui, selon eux, ont été utilisés pour déplacer ce type de matériel.

Dans certains des quartiers les plus touchés par les incendies et le vandalisme, des groupes de voisins ont installé des barricades de fortune au coin des rues, se tenant derrière ces barricades pendant des heures avec des battes de baseball et des tiges métalliques.