Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des dizaines de corps ensanglantés enveloppés dans des draps sur le plancher de la mosquée.

Égypte: 305 victimes et un deuil national

LE CAIRE — L’Égypte a entamé samedi trois jours de deuil national en hommage aux 305 morts tombés la veille dans une mosquée, la plus sanglante attaque de l’histoire récente du pays, tandis que l’armée lançait en réplique de premières frappes contre ses auteurs désignés.

Encore non revendiqué, même si tout pointe vers une opération djihadiste, l’attentat survenu lors de la prière du vendredi dans la mosquée Al-Rawda de Bir Al-Abed, à 40km à l’ouest d’Al-Arich, capitale de la province du Nord-Sinaï, s’est soldé par au moins 305 tués et 128 blessés, selon un nouveau bilan fourni samedi par le Parquet égyptien. 

Le président Abdel Fattah Al-Sissi a promis de répondre avec «une force brutale» à cet attentat. «Les forces armées et la police vengeront nos martyrs», a assuré le chef de l’État.

Quelques heures plus tard, l’armée annonçait avoir procédé à des frappes aériennes dans la région, où les forces de sécurité combattent la branche égyptienne du groupe djihadiste État islamique (EI).

L’armée de l’air «a détruit plusieurs véhicules utilisés dans l’attaque» et «ciblé plusieurs foyers terroristes contenant des armes et des munitions», annonçait dans la nuit le porte-parole de l’armée, Tamer el-Refaï.

La mosquée Al-Rawdah se trouve dans la ville de Bir Al-Abd

La mosquée Al-Rawda est notamment fréquentée par des adeptes du soufisme, un courant mystique de l’islam honni par l’EI.

L’an dernier, les djihadistes avaient capturé et décapité un vieux chef soufi, l’accusant de pratiquer la magie, interdite par l’islam. Plusieurs adeptes du soufisme ont également été kidnappés puis libérés après s’être «repentis».

Massacre dans la mosquée

Depuis 2013 et la destitution par l’armée du président islamiste élu Mohamed Morsi, un groupe djihadiste qui est devenu la branche égyptienne de l’EI attaque régulièrement les forces de sécurité égyptiennes dans le nord du Sinaï.

Des centaines de policiers et soldats, ainsi que des civils, ont été tués dans ces attaques.

Vendredi, des témoins ont déclaré que les assaillants avaient encerclé la mosquée avec des véhicules tout-terrain et qu’ils avaient ensuite posé une bombe à l’extérieur du bâtiment.

Après qu’elle eut explosé, les hommes armés ont tiré sur les fidèles paniqués qui tentaient de fuir et mis le feu aux véhicules de ces derniers afin de bloquer les routes menant à la mosquée.

Les hommes armés «sont entrés dans la mosquée, ils étaient entre 10 et 20 et ont tué plus de personnes qu’ils n’en ont blessées», a raconté à l’AFP Magdy Rizk, blessé dans l’attaque.

«Ils portaient des masques et des uniformes militaires», a ajouté M. Rizk, précisant que les familles vivant dans cette zone majoritairement soufie avaient déjà subies des menaces de groupes extrémistes.

Des conscrits faisaient également partie des fidèles, selon des sources médicales à Al-Arich.

Les ambulances étaient nombreuses pour transporter des dizaines de blessés vers l'hôpital.

Indignation internationale

Le président russe, Vladimir Poutine, a évoqué une attaque frappante «par sa cruauté et son cynisme», tandis que le président américain, Donald Trump, a dénoncé un «acte choquant» lors d’un appel téléphonique avec son homologue égyptien.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a déploré un «ignoble attentat», son homologue britannique Boris Johnson se disant «profondément attristé par [...] cet acte barbare».

Le grand imam d’Al-Azhar, principale institution de l’islam sunnite, le cheikh Ahmed el-Tayeb, a condamné dans les «termes les plus fermes l’attaque terroriste barbare», et le pape François s’est dit «profondément attristé par les pertes humaines».

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, a condamné un «crime horrible qui confirme que la vraie religion de l’islam est innocente par rapport à ceux qui épousent l’idéologie terroriste extrémiste».

L’Arabie Saoudite et l’Iran, les deux grands rivaux régionaux, ont également condamné l’attaque.

Le premier ministre irakien, Haider Al-Abadi, a assuré que son pays se tenait aux côtés du peuple égyptien dans la lutte contre «le terrorisme, un ennemi commun».

Le passage frontalier entre l’Égypte et la bande de Gaza, qui devait rouvrir samedi, restera fermé jusqu’à nouvel ordre, a indiqué vendredi à l’AFP un responsable palestinien.

La précédente attaque la plus meurtrière en Égypte remonte à octobre 2015, lorsqu’un attentat à la bombe revendiqué par la branche égyptienne de l’EI avait coûté la vie aux 224 occupants d’un avion russe après son décollage de Charm el-Cheikh, station balnéaire du Sinaï.

Cibles civiles

La branche égyptienne de l’EI mène régulièrement des attaques contre les forces de sécurité dans la péninsule du Sinaï, qui borde Israël et la bande de Gaza palestinienne, bien que la fréquence et l’ampleur de ces attaques contre les militaires aient diminué au cours de l’année écoulée.

Les djihadistes se sont tournés vers des cibles civiles, attaquant non seulement des chrétiens et des soufis, mais aussi des habitants bédouins du Sinaï accusés de collaborer avec l’armée.

En février, les chrétiens d’Al-Arich ont fui en masse leur région après une série d’attaques.

Depuis un an, une centaine de chrétiens, essentiellement des Coptes, ont été tués dans des attentats contre des églises ou des attaques ciblées dans le Sinaï et à travers le pays.

En plus de l’insurrection djihadiste de l’EI dans le Sinaï, l’Égypte est menacée par des djihadistes alignés sur Al-Qaïda opérant à partir de la Libye, à la frontière occidentale du pays.