Les ex-otages Laurent Lassimouillas et Patrick Picque ont été accueillis par des membres du gouvernement français, dont le président Emmanuel Macron (non visible sur la photo).

Deux otages français au Burkina Faso rentrent au pays

VÉLIZY-VILLACOUBLAY — Les deux otages français libérés par les forces spéciales françaises dans le nord du Burkina Faso au prix de la mort de deux militaires ont été accueillis samedi avec sobriété par le président Emmanuel Macron.

Le président de la République les a salués brièvement, de même que l’ex-otage sud-coréenne libérée en même temps qu’eux, au pied de la passerelle d’un Falcon de l’Armée de l’air qui venait de se poser sur la base aérienne de Villacoublay, au sud de Paris.

Le chef de l’État s’est ensuite entretenu quelques minutes hors caméras avec les otages et leurs familles, avant de s’éclipser.

«Il est très important pour les militaires qu’il se rende sur place, il est dans son rôle de chef des armées», a expliqué l’entourage du chef de l’État: «C’est une mission dont il a été le chef, qu’il a décidée lui-même en tant que chef des armées donc il veut aller au bout de cela».

«Sa décision d’aller accueillir les otages va de pair avec sa décision de rendre un hommage mardi aux militaires» à Paris, a poursuivi cette source, en soulignant qu’Emmanuel Macron «est le président de tous les Français, y compris ceux qui ont commis des actes inconsidérés».

«Le devoir de l’État c’est d’assurer la sécurité des Français, où qu’ils se trouvent, y compris dans des conditions extrêmes à l’étranger», a insisté le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, avant d’exprimer «une pensée émue pour Sophie Pétronin», Française détenue en otage au Mali depuis trois ans et demi.

Le maire LR de Toulon — chef-lieu du département où étaient basés les militaires tués —, Hubert Falco, a dit samedi «refuser de «cautionner l’accueil solennel envisagé» pour les ex-otages, qu’il a qualifiés de «touristes inconscients».

«Certainement aurions-nous dû prendre davantage en compte les recommandations de l’État et la complexité de l’Afrique, et éviter de nous rendre dans cette magnifique région du monde qui malheureusement bascule dans l’instabilité», a affirmé de son côté Laurent Lassimouillas, l’un des ex-otages.

Plus tôt dans la journée, à Ouagadougou, il avait saisi l’occasion de ses premiers mots en public pour présenter des condoléances aux soldats français tués lors de l’opération de libération, ainsi qu’à leurs familles. Il a aussi dit avoir «une pensée» pour son chauffeur-guide béninois, assassiné par les preneurs d’otages le jour de l’enlèvement.

Patrick Picque et Laurent Lassimouillas avaient été enlevés le 1er mai pendant un séjour touristique au Bénin, pays jusque-là épargné par l’insécurité en Afrique de l’Ouest, mais dans une zone déconseillée par le ministère français des Affaires étrangères. Ils ont été libérés dans la nuit de jeudi à vendredi en même temps qu’une Sud-Coréenne et une Américaine qui étaient captives depuis 28 jours. L’otage sud-coréenne a également été ramenée à Villacoublay samedi.

Les deux Français et l’ex-otage sud-coréenne étaient arrivés samedi matin au palais présidentiel de Ouagadougou, sans l’ex-otage américaine.

Une otage sud-coréenne a également été ramenée à Villacoublay samedi.

Hommage national

Un hommage national sera rendu mardi à Paris aux deux militaires tués au cours de l’intervention.

Membres du commando Hubert, unité d’élite de la Marine française, le maître Cédric de Pierrepont et le maître Alain Bertoncello ont été salués comme des «héros» par l’ensemble de la classe politique française.

«Ils ont donné leur vie pour en libérer d’autres», a écrit Emmanuel Macron sur Twitter.

L’opération de libération des otages a été «rendue possible par la mobilisation des moyens de (la force antijihadiste française au Sahel) Barkhane, le soutien logistique des forces burkinabè et le soutien américain en renseignement», a déclaré le chef d’état-major français, le général François Lecointre.

Quant aux deux autres otages libérées, l’Américaine et la Sud-Coréenne, «personne n’avait connaissance de leur présence» au Burkina, a-t-il dit.

Les Français suivaient l’évolution des ravisseurs depuis plusieurs jours et ont saisi l’opportunité d’agir en raison du risque «de transfèrement de ces otages à une autre organisation terroriste qui agit au Mali [...] la Katiba Macina» du prédicateur Amadou Koufa, ce qui aurait dès lors «rendu impossible d’organiser une quelconque opération de libération», a-t-il détaillé.

L’identité des preneurs d’otages est encore inconnue.

«Zone rouge»

«Ce que l’on peut dire c’est qu’il y a deux mouvements terroristes principaux qui opèrent dans cette zone et qui sont affiliés pour l’un à Al Qaïda, pour l’autre à l’EIGS (État islamique au Grand Sahara)», a déclaré Florence Parly.

Les attaques jihadistes, concentrées initialement dans le nord du Mali, se sont étendues vers le centre du pays puis vers le Burkina Faso et menacent désormais les pays côtiers du golfe de Guinée, jusque-là épargnés.

«Il faut maintenir la pression sur ces groupes», a estimé samedi Jean-Yves Le Drian, jugeant l’action de la force française Barkhane «tout à fait essentielle» dans ce contexte.

Cette force antijihadiste compte 4500 soldats sur cinq pays du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad et Mauritanie). M. Le Drian a rappelé que «la zone où étaient nos deux compatriotes était considérée depuis déjà pas mal de temps comme une zone rouge, c’est-à-dire une zone où il ne faut pas aller, où on prend des risques majeurs si on y va».