Les conditions de déplacement restent très difficiles dans Paris et sa région, en raison d’un mouvement de grève depuis une semaine contre une réforme des retraites : neuf lignes de métro sur seize sont fermées, 40 % des liaisons en bus sont assurées.
Les conditions de déplacement restent très difficiles dans Paris et sa région, en raison d’un mouvement de grève depuis une semaine contre une réforme des retraites : neuf lignes de métro sur seize sont fermées, 40 % des liaisons en bus sont assurées.

Des Français dans la jungle des transports

AFP
Agence France-Presse
PARIS — Coups de sonnettes et de klaxons, «pardons» scandés sur tous les tons, et parfois des injures : tous les moyens sont bons aux habitants de la région parisienne pour se sortir de la mêlée des transports, toujours saturés mercredi au septième jour d’une grève.

«Ne me poussez pas, sinon je tape!» lance Évelyne Bonfill, 57 ans, sur le quai du RER B (train de banlieue, NDLR) à la Gare du Nord, la plus grande de la capitale française. Le train vient d’arriver, elle tente de retenir les dizaines de voyageurs massés derrière elle en se collant à la porte du wagon.

«D’habitude, entre chez moi et mon travail c’est une ligne directe, mais là elle est fermée, je dois prendre quatre RER et un bus. J’ai l’impression de faire le tour du monde», confie cette gestionnaire administrative.

«Je le prends avec le sourire, mais les gens sont des vrais sauvages. C’est très dangereux, on se fait tous bousculer, certains manquent carrément de tomber». Elle relève son défi : elle voyagera même assise jusqu’à la station du Châtelet, au cœur de Paris.

Les conditions de déplacement restent très difficiles dans Paris et sa région, en raison d’un mouvement de grève depuis une semaine contre une réforme des retraites : neuf lignes de métro sur seize sont fermées, 40 % des liaisons en bus sont assurées.

Dans le quartier des affaires de La Défense, où se croisent chaque jour des milliers d’usagers du métro, du RER ou du tramway, même marée humaine.

Pour accéder à la ligne 1, l’une des deux lignes — automatisées — à fonctionner normalement, les voyageurs se massent derrière un ruban de chantier maintenu par le personnel de la gare. La foule trépigne, mais se laisse guider docilement par les instructions : «on va vous donner accès aux quais, restez calmes».

«Tout le monde est à cran»

Une fois arrivés sur le quai, à destination de l’Est parisien, certains pressent le pas et commencent même à courir pour se placer stratégiquement, avant de se faire rappeler à l’ordre : «ça ne sert à rien de courir, vous allez vous faire mal, il y a un train toutes les deux minutes». Soupir irrité et regards assassins des intéressés, qui ralentissent aussitôt.

Certains couloirs de stations ont beau être bondés, des bagarres ont beau éclater, ou les insultes fuser, le gros des voyageurs reste calme.

«Dans le pire des cas, les gens s’énervent parce qu’ils doivent aller bosser, ils poussent et ils crient à l’arrivée du tram, mais une fois à bord, ils sont déjà passés à autre chose,» s’amuse Alain Brun, 53 ans, brancardier : «Tout le monde sait que c’est la grève, et qu’on peut être en retard».

Sur les routes, c’est la même jungle.

«À chaque feu rouge, les gens croient qu’ils sont dans le tour de France et se doublent pour être les premiers à démarrer», note Bérengère Colas, 30 ans, chef de projet.

Habituée à rallier l’Est parisien à son bureau dans le centre de Paris, elle regrette «le stress induit par la cohabitation entre des cyclistes chevronnés [...], les trottinettes qui roulent côte à côte pour discuter ou les débutants à vélo qui conduisent au milieu de la route, en traînant».

La galère ne se limite pas aux deux roues.

«Tout le monde est à cran sur la route, même à 5h quand je commence ma tournée en voiture», explique Françoise Garel, 63 ans, infirmière libérale.

Carole, ingénieure de 32 ans a choisi le covoiturage. Mais «le soir avec les bouchons, mieux vaut rentrer à pied». Pour Nabil Moussaoui, consultant de 30 ans, c’est le taxi, mais «quand ça monte à 100 euros, ça énerve».

Nanaëlle Aas, 22 ans, ose les vélos ou trottinettes à louer, mais «il faut parfois marcher trente minutes pour en trouver un qui fonctionne».

À 86 ans, Edmée Megnin, n’a pas l’intention de se mettre «aux patins à roulettes». Elle se dit «désolée» pour ceux qui travaillent : «Moi, j’ai un luxe qu’ils n’ont pas, il n’y a que mon chat qui m’attend».

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LES CONCESSIONS SUR LA RÉFORME DES RETRAITES N'APAISENT PAS LA FRONDE

Le gouvernement français a fait mercredi des concessions sur son projet contesté de système universel de retraites, mais sans réussir à apaiser des syndicats unanimes dans un appel à la poursuite de la mobilisation qui paralyse déjà largement les grandes villes du pays.

«Le temps est venu de créer un système universel de retraite», a asséné le premier ministre Édouard Philippe, envoyant une fin de non-recevoir aux manifestants qui réclament depuis le 5 décembre le retrait de cette réforme, promise par le président Emmanuel Macron avant son élection en 2017.

Face à cette nouvelle fronde sociale, le président français, qui a fait de la «transformation» du pays la raison d’être de son quinquennat, joue gros.

«Le temps du système universel est venu. Celui des régimes spéciaux s’achève», a affirmé M. Philippe dans un long discours, en référence aux nombreux «régimes spéciaux» qui permettent actuellement à certaines professions en France de partir plus tôt en retraite, notamment les cheminots de la SNCF (opérateur du rail) et les conducteurs du métro parisien (RATP).

La retraite est un sujet éminemment sensible en France, la population restant attachée à un des systèmes les plus avantageux au monde.

Les opposants les plus virulents espèrent faire durer le mouvement et mettre le pays à l’arrêt comme lors de la longue grève de décembre 1995.

«Nous mettrons fin aux régimes spéciaux», mais «progressivement, sans brutalité, avec respect», a dit Édouard Philippe.

Ainsi, la réforme ne s’appliquera qu’aux Français nés en 1975 et après, a-t-il concédé. De plus, la disparition des régimes spéciaux est confirmée, mais, pour les conducteurs de la SNCF et de la RATP, qui peuvent partir dès 52 ans, la réforme s’appliquera à partir de la génération de 1985.

Des mesures ont de plus été annoncées en direction des plus précaires, notamment l’instauration d’une retraite minimum garantie à 1000 euros. Mais, a averti, M. Philippe, «la seule solution est de travailler un peu plus longtemps et progressivement, comme c’est le cas partout en Europe». Ainsi, même si l’actuel âge légal de départ à la retraite reste fixé à 62 ans, la réforme «incitera» à travailler jusqu’à 64 ans.