Les communautés autochtones machiguengas du Pérou ne sont pas reliées au reste du pays par les routes. Il faut emprunter le fleuve Urubamba sur des barques à moteur pour atteindre la jungle amazonienne où se trouvent ces villages éloignés.

Des décès de mères évités chaque mois [VIDÉO]

CAMISEA (Pérou) — Les décès de trois femmes ont été évités en mai dernier alors qu’elles donnaient naissance à leur enfant dans la lointaine jungle où vivent les communautés autochtones machiguengas du Pérou.

Encore en 2019, des femmes doivent se déplacer d’urgence à pied à travers la végétation dense puis dans des embarcations rudimentaires par les rivières pour se rendre au centre de santé le plus près lors de complications liées à leur grossesse ou leur accouchement.
Et parfois, il est même déjà trop tard.

Dans le district de Megantoni au Pérou, la mortalité des mères dépasse largement la moyenne péruvienne de 581 décès pour 100 000 naissances.

« Il ne faut pas que le facteur de distance vienne interférer dans le processus de naissance », soutient Angela Chavez Coca, l’obstétricienne en chef des cinq centres de santé du bas Urubamba, une région qui porte maintenant le nom de Megantoni.

Ces communautés autochtones machiguengas ne sont pas reliées au reste du pays par voie terrestre. Au bout de la route accidentée, un minimum de deux heures de navigation, dont plusieurs sections dans les rapides, est nécessaire pour rejoindre la première communauté machiguenga à Timpia. Plusieurs villages sont accessibles seulement par d’autres rivières ou après des heures de marche à travers la jungle.

Quelque 12 000 personnes sont dispersées sur le vaste territoire du district de Megantoni qui compte pour 40 pour cent de la superficie de la province de La Convention.

Angela Chavez Coca soutient que l’apport de matériel et la formation du personnel dans le cadre du projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants mis en place par l’ONG péruvienne Ayni Desarrollo en partenariat avec le Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke ne sont pas étrangers au fait que ces mères puissent voir grandir leurs enfants.

La Tribune s’est rendue en pleine jungle péruvienne pour constater les résultats de ce travail qui contribue ultimement à sauver des vies.

Avec des distances à parcourir par les rivières et à pied sur des chemins sinueux, les urgences obstétriques finissent souvent par des décès.

Les césariennes doivent être pratiquées à Lima, qui est située à une heure d’avion. Cependant, les vols offerts par la compagnie Gaz Camisea, qui exploite le gaz naturel du territoire, partent seulement une fois par jour.

« Nous devons travailler en amont. Dans plusieurs cas, il n’est pas possible d’attendre au lendemain » signale l’obstétricienne qui pratique principalement dans la communauté de Camisea, située à environ douze heures de transport de l’hôpital le plus proche à Quillabamba, la ville-centre de la province.

Elle avance que ce sont une quinzaine de morts maternelles qui sont évitées par année depuis la mise en place du projet en 2015.

« Le nombre de décès de mères lorsqu’elles accouchent descend d’année en année. Notre personnel se rend dans les communautés éloignées des centres de santé pour faire des suivis auprès des femmes. Par le passé, il était difficile d’intervenir pendant la grossesse parce que les femmes n’étaient pas suivies », indique Angela Chavez Coca.

Dans l’une des salles dédiées au suivi des grossesses, une carte des femmes enceintes avec leur nom, la date prévue de leur accouchement et la distance de leur communauté avec le centre de santé permet d’être informé en un coup d’œil de la situation.

Le nombre d’enfants mort immédiatement après l’accouchement a augmenté de 10 à 13 décès de 2017 et 2018.

« Il est difficile de tirer des conclusions, mais je pense que l’augmentation est due au fait que nous sommes maintenant informés de ce qui se passe dans les communautés. La malformation, l’asphyxie néonatale et les accidents sont les principales causes de décès à la naissance », mentionne Angela Chavez Coca.

Cette dernière a eu le privilège de venir à Sherbrooke pour des visites liées à la natalité dans le cadre du projet en collaboration avec le CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« J’ai vraiment été impressionnée par la maison des naissances de Sherbrooke. Nous voulons nous inspirer de ce qui se fait là-bas afin que les femmes d’ici se sentent comme à la maison lorsqu’elles accouchent », signale l’obstétricienne.

Ce reportage a été réalisé grâce à l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires Mondiales Canada.