Le Vénézuélien Eymir Aponte prend la pose devant le refuge de Jéhova Giré, un édifice judiciaire à moitié construit dans le quartier de Petare, à Caracas. Occupé depuis l'époque du défunt président vénézuélien Hugo Chavez (1999-2013), le squelette de béton abrite des indigents, des victimes de désastres naturels, et des personnes tombées en disgrâce pendant la pire crise économique de l'histoire récente.

Dans l’enfer des squats de Caracas

CARACAS — Erick Hurtado voudrait fuir le bâtiment abandonné qui lui sert de maison depuis huit ans à Caracas. Mais malgré l’enfer qu’il y vit au quotidien, il préfère continuer d’y attendre le logement que le gouvernement lui a promis.

C’est le rêve d’environ 120 personnes qui vivent à Jéhovah Giré, le nom qu’ils ont donné à un bâtiment inachevé, initialement destiné au ministère de la Justice dans le quartier de Petare, un des plus pauvres de la capitale.

La plupart ont été victimes de catastrophes naturelles ou de la pire crise économique de l’histoire moderne du Venezuela.

«J’en ai assez de vivre ici (...). Si j’avais un endroit où aller, je quitterais ce trou», explique Erick Hurtado à l’AFP depuis le bâtiment d’où l’on peut contempler les immenses favelas de Petare.

Deux hommes se tiennent sur le toit du refuge de Jéhova Giré, d'où l'on peut contempler les immenses favelas de Petare.

Ce chauffeur de taximoto de 42 ans n’en peut plus: depuis quatre mois, il n’y a plus d’eau. Les habitants ont creusé l’asphalte et improvisé un bassin au milieu de la rue pour se laver et faire la lessive.

Un seau en plastique sert de latrines, l’électricité est limitée au rez-de-chaussée et les maladies se propagent. «Il y a des épidémies, des moustiques, des cafards, des rats», se plaint Roni Aranguren, un maçon de 42 ans, venu avec sa femme et ses quatre enfants après avoir perdu son emploi et sa maison.

Lui aussi a un rêve: «Une maison digne».

Le Vénézéulien Carlos Daniel Herrera, 23 ans, qui souffre de problèmes psychiatriques et de malnutrition sévère, se repose au refuge de Jéhova Giré.

Quelque 80 enfants vivent à Jéhovah Giré, mais seuls 50 vont à l’école, et ils sont souvent absents faute de moyens de transport et de nourriture, explique Stéphanie Marcelot, de l’ONG Rayiluz, qui aide les habitants.

Beaucoup d’enfants ont l’estomac gonflé, signe d’une malnutrition chronique. Les cas de dengue, de gale ou de bronchite ne sont pas rares.

Des enfants marchent près d'une corde à linge, où des vêtements ont été laissés à sécher.

Au fil des ans, on a oublié les raisons pour lesquelles le bâtiment a été abandonné. On raconte que les fonctionnaires ont refusé de travailler dans une banlieue considérée comme dangereuse, explique Katiuska Camargo, de Rayiluz.

Certains anciens occupants ont réussi à obtenir un appartement grâce à un programme du gouvernement, selon lequel 2,6 millions de logements ont été livrés depuis 2011. L’opposition dénonce un chiffre surestimé.

Des jeunes jouent au basketball au refuge de Jéhova Giré.

Selon Roberto Orta, président de la Chambre immobilière de Caracas, quelque 155 immeubles — pour la plupart privés — ont été envahis entre 2003 et 2007, et 241 expropriés «sans indemnisation» entre 2006 et 2008 sous le mandat du président Hugo Chavez (1999-2013). L’occupation illégale la plus célèbre a été celle la Tour de David, un gratte-ciel de 28 étages qui a abrité 1150 familles entre 2007 et 2014 et demeure aujourd’hui abandonné.

Un enfant attend au centre du refuge de Jéhova Giré.

Les occupants de Jéhovah Giré ont formé une coopérative pour être reconnus comme victimes et non envahisseurs. Ils espèrent ainsi être prochainement transférés dans un complexe de logements dans la banlieue de Caracas.

Un homme prend une douche au boyau d'arrosage dans une rue près du refuge de Jéhova Giré.