Plus de 68 000 personnes ont été contaminées depuis le début de la crise, mais le nombre de nouveaux cas quotidiens tend à se tasser : il atteignait dimanche le chiffre de 2009, soit la troisième journée de repli consécutive.

Coronavirus: le virus tue encore, mais la contamination ralentit

PÉKIN — Des experts internationaux dépêchés à Pékin par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont commencé à discuter avec leurs homologues chinois de l’épidémie du nouveau coronavirus, dont la propagation est «impossible à prévoir», a annoncé dimanche soir l’agence de l’ONU. 

«Nous avons hâte que cette collaboration importante et vitale contribue aux connaissances mondiales sur l’épidémie de #COVID19», a estimé le chef de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus sur Twitter.

Cette rencontre intervient alors que le bilan de l’épidémie de pneumonie virale s’est encore alourdi en Chine continentale avec désormais 1765 morts, selon des chiffres officiels publiés lundi. Le rythme de contamination amorce néanmoins une décrue.

En dehors de la Chine continentale où au moins 70 400 personnes ont été infectées, près de 600 cas de contamination par l’épidémie du coronavirus, ont été confirmés dans une trentaine de pays du monde.

Alors que le Covid-19 a tué pour la première fois vendredi en dehors d’Asie, en l’occurrence un touriste chinois de 80 ans en France, un haut responsable chinois a estimé que son pays était en train de maîtriser l’épidémie : «On peut déjà constater l’effet des mesures de contrôle et de prévention de l’épidémie dans différentes parties du pays», s’est félicité le porte-parole du ministère chinois de la Santé, Mi Feng.

En visite au Pakistan, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres s’est dit confiant que «l’effort gigantesque» consenti par la Chine «permettra le recul progressif de la maladie».

Mais le chef de l’OMS a averti de son côté qu’il était «impossible de prévoir quelle direction l’épidémie prendra». «Nous demandons à tous les gouvernements, toutes les sociétés et tous les organismes de presse de travailler avec nous pour déclencher le niveau d’alarme idoine sans souffler sur les braises de l’hystérie», a-t-il lancé à la conférence de Munich sur la Sécurité.

Selon le dernier bilan diffusé dimanche par Pékin, l’épidémie a provoqué la mort de 1665 personnes, la plupart dans la province du Hubei (centre), où le virus est apparu en décembre. Cent quarante-deux personnes ont succombé au cours des dernières 24 heures.

Plus de 68 000 personnes ont été contaminées depuis le début de la crise, mais le nombre de nouveaux cas quotidiens tend à se tasser : il atteignait dimanche le chiffre de 2009, soit la troisième journée de repli consécutive.

Premier mort à Taïwan

Au centre de la crise, la province du Hubei, où 56 millions d’habitants sont coupés du monde depuis le 23 janvier, a encore restreint la liberté de mouvement de ses citoyens bien au-delà de sa capitale Wuhan.

Villages et cités résidentielles sont désormais soumis à «une stricte gestion fermée», 24 heures sur 24, ce qui signifie que les habitants ne sont plus censés sortir de chez eux jusqu’à nouvel ordre.

Les achats et la distribution de nourriture et de médicaments peuvent être faits de façon «centralisée», précise une directive provinciale publiée dimanche.

Dans le reste du monde, l’épidémie maintient la planète en alerte, avec près de 600 cas confirmés de contamination dans une trentaine de pays.

La ministre française de la Santé Agnès Buzyn a annoncé samedi le décès la veille au soir d’un touriste chinois hospitalisé en France depuis fin janvier. Ce décès est le «premier hors d’Asie, le premier en Europe», a-t-elle précisé.

L’Égypte avait annoncé vendredi avoir enregistré le premier cas sur le continent africain. L’île de Taïwan a aussi annoncé dimanche son premier mort, un chauffeur de taxi de 61 ans.

En Chine, après avoir révoqué vendredi les plus hauts responsables politiques du Hubei et de Wuhan, le régime communiste a poursuivi le mouvement dimanche avec l’annonce de sanctions contre de hauts fonctionnaires de moindre rang.

«Lorsqu’une crise de cette ampleur se produit, cela prend une importance politique, car l’image internationale de la Chine et la légitimité du Parti [communiste] sont en jeu», estime la sinologue Zhou Xun, de l’Université d’Essex (Angleterre).

Le régime du président Xi Jinping fait face à une vague inédite de mécontentement pour avoir tardé à réagir à l’épidémie. Une colère attisée par la mort au début du mois d’un jeune médecin de Wuhan qui avait été convoqué par la police pour avoir alerté dès décembre sur l’apparition du virus.

«De façon générale, depuis Mao, l’État a fait très peu pour la santé publique, selon Mme Zhou. Le résultat, c’est que le système de santé est très faible, inefficace, coûteux et chaotique.»