La place Campo Dei Fiori à Rome, mardi   

Coronavirus: la situation s’aggrave en Italie, du mieux en Chine

ROME — Le nouveau coronavirus sévissait de plus belle mardi en Italie, dont toute la population est désormais appelée à rester cloîtrée, y faisant un record de 168 morts supplémentaires en 24 heures, au moment même où une amélioration était annoncée en Chine. 

Plus de 1100 personnes ont désormais succombé à la maladie hors de Chine continentale, où le Covid-19 est apparu en décembre et où plus de 3100 personnes ont péri (plus de 60 000 des 80 000 porteurs du virus détectées y ont toutefois guéri), selon un comptage réalisé par l’AFP à partir de chiffres officiels.

À l’extérieur des frontières chinoises, l’épidémie poursuivait ainsi son inexorable avancée, se rapprochant d’une pandémie, selon l’Organisation mondiale de la santé : augmentation significative du nombre des victimes dans plusieurs pays, tels, outre l’Italie, l’Iran (plus de 8000 cas, près de 300 morts) et l’Espagne (plus de 1600 cas), premier décès au Maroc ou au Liban, première personne atteinte signalée en République démocratique du Congo, au Burkina Faso, au Panama ou en Mongolie, etc.

Au total, plus de 117 000 cas de contamination, dont 36 000 environ hors de Chine, ont été recensés dans 107 pays et territoires, selon le dernier bilan en date établi par l’AFP.

Sans compter que, effet collatéral du Covid-19 , «les écoles sont fermées dans 15 pays, affectant 363 millions» de jeunes, s’est alarmée l’UNESCO. La Grèce a annoncé à son tour mardi que tous les établissements scolaires garderaient portes closes, tout comme en Italie et en République tchèque, tandis qu’une série d’universités américaines généralisaient les cours en ligne.

Dans le même temps, au lendemain d’un spectaculaire plongeon sous l’action conjuguée de l’épidémie et d’un krach pétrolier, les Bourses repartaient à la baisse en Europe, à contre-courant du timide rebond observé auparavant en Asie.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a assuré mardi soir qu’elle allait utiliser «tous les instruments à disposition» pour soutenir les économies affectées par le coronavirus, à l’issue d’une visioconférence avec les dirigeants des 27 pays membres.

À New York, l’indice vedette de Wall Street, le Dow Jones, a par contre rebondi de 4,88 % dans l’attente de mesures de soutien aux entreprises et aux ménages promises par le président américain Donald Trump la veille.

Des mesures «audacieuses» 

«Je reste chez moi», a résumé en Italie le chef du gouvernement Giuseppe Conte qui a étendu par décret à toute la péninsule le dispositif confinant depuis dimanche, dans les régions du nord, un quart de la population.

Ce pays, membre du G7, est ainsi devenu le premier à généraliser des mesures aussi draconiennes, qualifiées d’«audacieuses» par l’Union européenne, afin de tenter d’enrayer la progression du coronavirus, qui y a déjà fait plus de 600 morts sur plus de 10 100 cas détectés.

Car si la Chine a elle aussi placé de facto en quarantaine plus de 50 millions de personnes à leur domicile, c’est dans la seule province du Hubei et pas sur l’ensemble de son territoire.

Tous les Italiens doivent «éviter les déplacements», sauf pour aller travailler, se ravitailler ou encore pour des soins médicaux. La basilique et la place Saint-Pierre du Vatican sont fermées aux touristes jusqu’au 3 avril.

Dès lundi soir, à Rome ou à Naples, des supermarchés ont été pris d’assaut, en particulier pour les produits essentiels, tels les pâtes et le papier hygiénique. «Comme en temps de guerre», a commenté un vendeur.

L’Italie se trouve en outre de plus en plus coupée du monde, l’Autriche exigeant des voyageurs en provenance de la péninsule la présentation d’un certificat médical, tandis que la Slovénie décidait de fermer sa frontière avec ce pays, de «mauvaises décisions», selon le président français Emmanuel Macron.

Participant à cet isolement, nombre de compagnies, de British Airways à Air France, en passant par l’irlandaise Ryanair et Air Canada, ainsi que l’Espagne, ont interrompu sur une période plus ou moins longue les liaisons aériennes avec les villes italiennes.

Le Chili a à son tour annoncé qu’il placerait en quarantaine les passagers en provenance d’Espagne et d’Italie pour tenter de freiner la propagation de l’épidémie.

Amélioration en Chine 

L’heure est en revanche à l’assouplissement des dispositifs en Chine, où le président Xi Jinping a affirmé que la propagation du coronavirus était «pratiquement jugulée».

Il s’est d’ailleurs rendu pour la première fois à Wuhan, la capitale de la province du Hubei, le berceau du Covid-19, dont les autorités ont annoncé une levée partielle du confinement imposé aux habitants.

De fait, seules 19 nouvelles contaminations ont été enregistrées en 24 heures en Chine, un ralentissement spectaculaire par rapport aux centaines annoncées quotidiennement par Pékin en février.

Le président français a par ailleurs expliqué que la France en était «au tout début de cette épidémie», avec près de 1800 cas et 33 décès, écartant, sans les exclure, des dispositifs aussi draconiens qu’en Italie.

Peu de temps auparavant on apprenait que, sur l’autre rive de l’Atlantique, New Rochelle, dans la banlieue de New York, allait être placée en confinement.

Plus d’une semaine après une décision similaire à son quartier général de Genève, l’ONU a pour sa part suspendu les visites des touristes à son siège principal aux États-Unis et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) toutes ses réunions.

Le président Trump a assuré qu’il était prêt à être testé pour le coronavirus, mais a souligné qu’il se sentait «très bien» et que son médecin n’en voyait pas l’utilité.

Les candidats démocrates à la présidentielle américaine Joe Biden et Bernie Sanders ont tous deux annulé leur rassemblement de campagne mardi en raison de l’épidémie.

Les autorités russes ont de leur côté recommandé d’éviter les transports en commun aux heures de pointe, et ont interdit les rassemblements de plus de 5000 personnes. À Berlin, les concerts ont été annulés jusqu’à la mi-avril.

Les grands rendez-vous sportifs sont particulièrement touchés avec des reports en cascade, à l’instar du Grand Prix moto des Amériques d’Austin au Texas, de celui des 24 Heures du Mans moto en France, et de l’ensemble des compétitions en Algérie.

Quant au match de préparation à l’Euro-2020 de football entre l’Allemagne et l’Italie, s’il sera bien joué à la date prévue du 31 mars à Nuremberg, il le sera à huis clos, tout comme en France les rencontres de championnat prévues pour d’ici au 15 avril.

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RÉVOLTE DANS LES PRISONS ITALIENNES: TROIS DÉTENUS MEURENT PRÈS DE ROME 

Trois détenus ont été retrouvés morts mardi dans leur cellule de la prison de Rieti, à 70 kilomètres au nord-est de Rome, où a eu lieu une révolte déclenchée par l’épidémie de coronavirus.

En tout, douze prisonniers sont décédés dans les prisons italiennes, dont neuf à Modène (nord), depuis le début dimanche de ce mouvement de révolte déclenché par l’inquiétude sur l’épidémie et l’annulation des parloirs pour les familles.

Le neuvième mort de la prison Sant’Anna de Modène est un Tunisien de 41 ans, a annoncé mardi soir le ministère de la Justice qui a dit «soupçonner que décès ait pu être causé par la prise imprudente de drogues absorbées lors du pillage de l’infirmerie».

À Rieti, trois détenus ont été retrouvés sans vie mardi, les premières constatations suggérant que ces décès aient aussi pu avoir été causés par la prise de médicaments «dérobés lors du soulèvement d’hier à l’infirmerie», selon le ministère de la Justice.

Sept autres détenus sont morts pendant ou après les affrontements survenus dimanche dans cette prison Sant’Anna après l’annonce par les autorités que les visites familiales et les permissions de sortie étaient suspendues pour combattre l’épidémie.

Ces mesures restrictives ont déclenché des soulèvements dans une vingtaine de prisons à travers le pays, de Milan à Palerme en passant par Rome et Naples.

«Il semble que les mesures de confinement préconisées pour l’ensemble des citoyens ne soient pas acceptées par les prisonniers qui sont déjà contraints par la surpopulation carcérale, parfois à cinq dans une même cellule», a expliqué sur la chaîne Rai News 24 Mauro Delma, garant italien des personnes privées de liberté. «C’est le scénario propice à ce que les situations explosent, la sensation de se sentir dans un monde à part par rapport à tout ce qui est dehors», a-t-il ajouté.

Le patron de la Ligue (extrême droite) et ancien ministre de l’Intérieur Matteo Salvini a fustigé la faiblesse du gouvernement dans ce dossier. «Il n’est pas possible que des images de prisons en révolte circulent dans le monde. Un État qui se respecte et qui veut instaurer une zone rouge fait respecter la loi dans les prisons d’une main de fer», a-t-il déclaré.