Le bilan se monte samedi à 1300 cas, dont 41 mortels, en Chine, d’où l’épidémie est partie. D’autres pays d’Asie sont touchés et quelques cas ont été détectés en Australie, en France et aux États-Unis. Aucun patient n’est mort hors de Chine.

Coronavirus: la gravité de l’épidémie dépend de plusieurs inconnues

PARIS — Quelle est la dangerosité du nouveau coronavirus? Quels symptômes provoque-t-il? Quel est son niveau de transmission entre humains? On en apprend un peu plus chaque jour sur l’épidémie partie de Chine, mais de nombreuses inconnues empêchent encore de déterminer son degré de gravité à l’échelle mondiale.

Quel bilan pour l’instant?

Il se monte samedi à 1300 cas, dont 41 mortels, en Chine, d’où l’épidémie est partie. D’autres pays d’Asie sont touchés et quelques cas ont été détectés en Australie, en France et aux États-Unis. Aucun patient n’est mort hors de Chine.

«À l’heure actuelle, il est difficile de déterminer le taux de mortalité puisqu’au stade initial de l’épidémie, on détecte seulement les cas sévères plutôt que les cas plus légers, voire asymptomatiques» (sans symptôme), explique dans la revue médicale The Lancet la scientifique chinoise Lili Ren.

En d’autres termes, on sait combien de patients sont morts à cause de ce virus, mais pas combien sont réellement infectés au total.

«Le taux de mortalité pour l’instant est de moins de 5 pour cent», juge toutefois le professeur français Yazdan Yazdanpanah, expert auprès de l’OMS et qui a pris en charge des patients en France.

Baptisé 2019-nCoV, ce nouveau virus appartient à la vaste famille des coronavirus.

Auparavant, seules deux épidémies mortelles ont été causées par un coronavirus: le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) et le Mers (syndrome respiratoire du Moyen-Orient).

Selon l’OMS, l’épidémie de SRAS avait fait 774 morts dans le monde sur 8096 cas en 2002/2003 avant d’être jugulée, soit un taux de mortalité de 9,5%. Toujours en cours, l’épidémie de Mers a fait 858 morts sur 2494 cas depuis septembre 2012, soit un taux de mortalité de 34,5%.

«De façon générale, les patients (touchés par le nouveau virus) sont dans un état moins grave qu’avec le SRAS», selon le Pr Yazdanpanah.

Quels symptômes?

Certains sont similaires à ceux du SRAS, selon les travaux de scientifiques chinois publiés vendredi par The Lancet, basés sur les 41 premiers cas repérés en Chine.

Tous ces patients avaient une pneumonie, la quasi-totalité avait de la fièvre, les trois quarts toussaient, plus de la moitié avait des difficultés respiratoires.

Mais «il y a d’importantes différences avec le SRAS, comme l’absence de symptômes affectant les voies aériennes supérieures (nez qui coule, mal de gorge, éternuements)», analyse l’auteur principal de ces observations, le Pr Bin Cao.

L’âge moyen des 41 patients est de 49 ans, 30 d’entre eux sont des hommes et 27 s’étaient rendus au marché de Wuhan, d’où est partie l’épidémie. Enfin, près d’un tiers a présenté une détresse respiratoire aiguë et six sont morts.

Bien qu’il ne faille pas tirer de conclusion générale étant donné le faible nombre de patients considérés, ces observations permettent de dresser un premier tableau clinique de la maladie.

Des indications d’autant plus précieuses que le diagnostic est rendu difficile par l’épidémie de grippe qui sévit actuellement, avec des symptômes proches.

Il n’existe ni vaccin ni médicament contre le coronavirus, et la prise en charge médicale consiste à traiter les symptômes.

Quelle transmission d’humain à humain?

C’est une question centrale. Si le risque de transmission d’humain à humain était d’abord jugé «faible», il ne fait aujourd’hui plus de doute. Reste à connaître son intensité.

«Le problème, c’est que nous n’avons pas encore assez de données pour déterminer précisément le taux de reproduction de base de cette maladie», souligne le Pr William Keevil (Université de Southampton, Angleterre).

Utilisée en épidémiologie, cette unité désigne le nombre moyen de cas provoqués par un seul patient atteint d’une maladie transmissible.

«Si ce taux est élevé et que le virus mute à l’avenir vers une forme plus dangereuse, cela deviendrait préoccupant», selon le Pr Keevil.

La période d’incubation (entre l’infection et l’apparition de symptômes) est estimée à deux semaines maximum.

Quelle origine?

Les chercheurs estiment que ce nouveau virus provient probablement des chauves-souris, comme celui du SRAS, avec lequel il partage 80% de similitudes sur le plan génétique.

Mais on ne sait toujours pas quel animal l’a transmis à l’homme. Mercredi, une équipe chinoise a émis l’hypothèse que cela pourrait être le serpent, mais cela a aussitôt été contesté par d’autres experts, qui penchent plutôt pour un mammifère.

Identifier cet animal est important, car cela pourrait contribuer à juguler l’épidémie.

Dans le cas du SRAS, l’animal en cause s’était avéré être la civette, mammifère dont la viande est appréciée en Chine. «C’est en interdisant la consommation des civettes et en fermant les fermes d’élevage qu’on avait pu prévenir toute réintroduction» du virus, rappelle le Pr Arnaud Fontanet, de l’Institut Pasteur à Paris.

À l’inverse, l’une des raisons pour lesquelles l’épidémie de Mers se poursuit est le fait que le réservoir du virus est le dromadaire, un animal domestique.

Comment se protéger?

Autorités sanitaires et scientifiques mettent en avant l’importance des «mesures-barrières», efficaces pour d’autres maladies virales comme la grippe: se laver les mains fréquemment, tousser ou éternuer dans le creux de son coude ou dans un mouchoir dont on se débarrasse ensuite, éviter de se toucher le visage (nez, mains, bouche)...

En outre, si un cas est avéré, le patient doit être placé à l’isolement pour éviter la contagion.

«Étant donné qu’un grand nombre de malades du SRAS et du Mers ont été infectés dans des lieux de soins, il faut prendre des précautions pour éviter que le virus se propage dans les établissements de santé», écrivent des scientifiques internationaux dans un commentaire publié par The Lancet.