Le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong Un

Corée du Nord: Trump s'accroche à son «succès» diplomatique

WASHINGTON — «Il est calme, je suis calme.» Donald Trump résume ainsi la mue de sa relation jadis explosive avec Kim Jong Un. Et s'accroche à ce qu'il considère être son grand «succès» diplomatique, quitte à se satisfaire de gestes limités de la part du dirigeant nord-coréen.

Le président des États-Unis n'a pas tari de superlatifs pour commenter l'issue du sommet intercoréen cette semaine. «Super réponses», «progrès extraordinaires», relations «excellentes», a-t-il énuméré, insistant sur le «calme» qui prévaut après une année 2017 scandée par les bruits de bottes nucléaires.

Alors que Kim Jong Un souhaite rencontrer à nouveau Donald Trump «à une date rapprochée», le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo lui a fait écho vendredi en disant espérer qu'un nouveau sommet, après celui, historique, du 12 juin à Singapour, puisse se tenir «dans pas trop longtemps».

«Trump pense que son premier sommet avec Kim était un succès majeur», explique à l'AFP Jon Wolfsthal, directeur du Nuclear Crisis Group, une organisation de prévention des conflits atomiques. «Or il a besoin de succès diplomatiques rapides pour compenser des déboires en politique intérieure», ajoute cet ex-membre de l'administration démocrate de Barack Obama.

À Pyongyang où il accueilli le président sud-coréen Moon Jae-in, le dirigeant nord-coréen a confirmé le démantèlement d'un site balistique, promettant cette fois la présence cruciale d'inspecteurs internationaux. Et il s'est dit prêt à fermer définitivement un important complexe nucléaire, mais à condition d'obtenir des contreparties américaines — il pourrait s'agir d'une déclaration mettant fin à la guerre de Corée, qui ne s'est conclue en 1953 que par un armistice, mais aussi d'une levée partielle des dures sanctions internationales.

Des avancées concrètes, pour la première fois depuis Singapour, mais à la portée jugée limitée par la plupart des observateurs.

La dénucléarisation «d'abord»

Suffisantes en tout cas pour débloquer l'impasse dans laquelle se trouvaient les négociations sur la dénucléarisation: Mike Pompeo s'est dit prêt à les relancer «immédiatement», dès la semaine prochaine à New York.

Dans sa réaction, il a soigneusement ignoré la demande de contreparties américaines. Car cette exigence nord-coréenne ne cadre pas avec le discours très ferme que Washington tenait avant le sommet Trump-Kim et qu'une partie de l'administration tente de maintenir.

«Rien ne peut se passer sans dénucléarisation, la dénucléarisation doit intervenir d'abord», a martelé jeudi la porte-parole du département d'État américain, Heather Nauert. Et «les sanctions doivent être appliquées, on ne peut pas lever le pied», a-t-elle aussi insisté.

Sur les sanctions, les États-Unis ont jusqu'ici tenu bon.

Mais le président républicain semble davantage disposé que son gouvernement à faire d'autres concessions.

«Une lettre gentille de Kim Jong Un a suffi pour que le président se dise prêt à un autre sommet, alors qu'aucun des problèmes n'a été résolu», s'inquiète Bruce Klingner, longtemps chargé de la Corée du Nord à la CIA et aujourd'hui chercheur du think tank conservateur Heritage Foundation.

Or, ajoute-t-il pour l'AFP, «Pyongyang tente clairement de découpler Trump du reste de l'administration, ils le considèrent», «à raison», «plus susceptible de faire des concessions comme il l'a fait à Singapour sans rien demander en retour».

Pour Bruce Klingner, toutefois, «les États-Unis peuvent tenter d'utiliser ce vif désir nord-coréen de rencontrer Trump pour arracher des choses avant toute réunion».

«Dernière manœuvre de Kim»

Car contrairement au «tout ou rien» affiché, l'administration américaine semble elle-même s'engager sans le dire dans un processus de concessions réciproques, étape par étape.

«Il semble clairement que ce qu'ils ont convenu de mettre en place le 12 juin à Singapour est de l'ordre du donnant-donnant, comme le réclame Pyongyang», estime Joseph Yun, qui était encore récemment l'émissaire américain pour la Corée du Nord. «Espérer que la Corée du Nord dénucléarise complètement», «avant d'obtenir quoi que ce soit, c'est totalement irréaliste», plaide cet expert de l'United States Institute of Peace, un cercle de réflexion qui organisait vendredi un échange avec la presse.

Certains voient d'ailleurs d'un bon oeil les négociations prendre cette tournure.

Les annonces faites cette semaine sont limitées, mais «c'est la première fois que les Nord-Coréens acceptent de parler de dénucléarisation avec les Sud-Coréens», et pas seulement avec les Américains, fait valoir Joseph Yun, estimant qu'il ne fallait pas s'attendre à davantage de ce rendez-vous.

«Ça vaut la peine d'explorer leurs propositions», renchérit Jon Wolfsthal, «favorable à une approche étape par étape».

D'autres experts redoutent que Donald Trump soit en train de «tomber dans la dernière manœuvre de Kim», pour reprendre la formule de Bruce Klingner, et que le numéro un nord-coréen tente une fois de plus de gagner du temps, poussant les États-Unis à accepter, in fine, de cohabiter avec une Corée du Nord nucléaire.