Les faits reprochés à Donald Trump représentent «une menace persistante contre l’intégrité de nos élections», a estimé dimanche l’élu démocrate Jerry Nadler, soulignant que le scandale ukrainien faisait suite à l’affaire russe.

Compte à rebours pour le renvoi historique en procès de Trump

WASHINGTON — Après trois mois de débats tendus, place au vote historique : les démocrates américains s’apprêtent à renvoyer Donald Trump en procès au Congrès en milieu de semaine, mais le camp républicain fait bloc pour ensuite lui éviter une destitution.

La Chambre des représentants va se réunir, a priori mercredi, pour se prononcer en séance plénière sur les deux chefs d’accusation déjà approuvés vendredi en commission contre le 45e président des États-Unis dans le scandale ukrainien : «abus de pouvoir» et «entrave à la bonne marche du Congrès».

Le résultat ne fait guère de doute. La chambre basse du parlement est dominée par les démocrates, déterminés à faire aboutir cette procédure d’impeachment qui plombe la fin de mandat de l’ex-magnat de l’immobilier.

Un vote qui marquera l’Histoire : ce sera seulement le troisième président américain à subir l’opprobre d’une mise en accusation formelle, après Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998. Richard Nixon, lui, avait démissionné avant le vote de la Chambre en 1974 afin d’éviter une destitution certaine dans l’affaire du Watergate.

Donald Trump est accusé d’avoir exercé un chantage, en gelant une aide militaire cruciale à l’Ukraine pour obtenir qu’elle enquête sur ses adversaires politiques, et notamment l’ancien vice-président Joe Biden, bien placé pour l’affronter l’an prochain dans la course à la Maison-Blanche.

Ensuite, il lui est reproché d’avoir empêché plusieurs témoins-clés de coopérer avec la procédure de destitution engagée par les démocrates.

«C’est une menace persistante contre l’intégrité de nos élections, ce n’est pas arrivé qu’une seule fois», a estimé dimanche l’élu démocrate Jerry Nadler, soulignant que le scandale ukrainien faisait suite à l’affaire russe — ces soupçons de collusion entre Moscou et l’équipe du candidat Trump avant la présidentielle de 2016.

«Nous ne pouvons pas permettre que ça continue», a-t-il plaidé sur la chaîne ABC.

Bloc contre bloc

Mais les auditions spectaculaires d’ambassadeurs et responsables de la Maison-Blanche, dénonçant un «donnant-donnant» que Donald Trump voulait selon eux imposer à Kiev, n’ont pas fait bouger les lignes partisanes, ni au Congrès, ni dans les sondages : si les démocrates veulent la destitution, les républicains y sont résolument opposés.

Or, c’est le camp présidentiel qui est majoritaire au Sénat, seul chargé du procès prévu en janvier. Ce qui anéantit à ce stade la probabilité d’une destitution.

Donald Trump, qui ne cesse de dénoncer une «chasse aux sorcières» et une procédure «honteuse», espère ainsi reprendre la main et assure qu’in fine, toute cette affaire lui profitera sur le plan électoral.

«Je me coordonne en tous points avec l’avocat de la Maison-Blanche», a d’ailleurs reconnu sans fard vendredi le chef de la majorité républicaine au Sénat Mitch McConnell. «Il n’y aura aucune différence entre la position du président et la nôtre dans la manière de gérer ça.»

«Main dans la main»

«Voilà donc la majorité au Sénat et, donc, le jury qui annonce qu’elle va travailler main dans la main avec l’avocat de la défense!», a protesté Jerry Nadler en estimant que les républicains violaient leur serment de respecter la Constitution.

Une membre de l’équipe de défense de Donald Trump a rétorqué que le président n’avait «pas eu droit à un processus juste à la Chambre». «Il mérite d’être entendu», a martelé Pam Bondi sur la chaîne Fox News.

«L’impeachment du président a été conçu comme un exercice éminemment politique», a renchéri le sénateur républicain Ted Cruz pour tenter de dédramatiser cette coordination entre la Maison-Blanche et le Sénat.

Reste à savoir combien de temps durera le procès, et qui seront les personnalités appelées à témoigner.