Un supporteur de Jair Bolsonaro porte un masque de Donald Trump à Sao Paulo. Plusieurs engagements du futur président du Brésil, Jair Bolsonaro entrent en résonnance avec la politique américaine du président Trump.

Bolsonaro, un allié de poids pour Trump?

WASHINGTON — Souvent surnommé le «Donald Trump tropical», le futur président brésilien Jair Bolsonaro pourrait être un allié de poids pour son homologue américain, qui s’est empressé d’appeler de ses vœux une «coopération étroite» avec le dirigeant d’extrême droite.

«Il n’y a qu’un seul Donald Trump», a balayé lundi, amusée, la porte-parole du président des États-Unis, Sarah Sanders.

Au-delà de la boutade, les États-Unis et le Brésil, les deux pays les plus peuplés du continent américain, auront désormais à leur tête deux impétueux présidents portés au pouvoir par la vague populiste et au diapason sur de nombreux sujets de politique étrangère.

Le milliardaire républicain installé depuis près de deux ans à la Maison-Blanche a appelé dimanche soir l’ex-capitaine de l’armée pour le féliciter chaleureusement dès l’annonce de sa victoire. «Le Brésil et les États-Unis vont avoir une coopération étroite sur le commerce, la défense et tout le reste», a renchéri lundi Donald Trump sur Twitter.

Un enthousiasme qui fait écho à celui de Jair Bolsonaro, «admirateur du projet Trump».

Pour Steve Bannon, qui fut l’une des éminences grises de Donald Trump, cela ne fait aucun doute : Washington va se rapprocher «encore plus» de Brasilia et de son «gouvernement populiste nationaliste». Trump et Bolsonaro, qui ont tous deux réussi à «communiquer avec les masses» en usant de «déclarations provocatrices pour réussir à se faire entendre au milieu du bruit», ont indéniablement des points communs, a-t-il souligné dans un entretien au quotidien Folha de São Paulo.

«Les relations É.-U.-Brésil sont généralement déjà bonnes, donc il s’agit essentiellement d’une affaire de style», relève Joel Velasco, du cabinet de conseil en stratégie diplomatique Albright Stonebridge Group. «Et à cet égard, cela s’annonce bien, avec deux leaders populistes arrivés au pouvoir de manière similaire», dit-il.

Cette proximité naissante inquiète l’opposition démocrate aux États-Unis. Dix-huit élus ont ainsi écrit au secrétaire d’État Mike Pompeo pour s’alarmer de la nostalgie de Jair Bolsonaro pour la dictature militaire de 1964-1985 et pour appeler l’administration Trump à lier toute coopération au respect des droits de l’homme. Le chef de la diplomatie américaine, qui s’est également entretenu lundi avec le vainqueur, a mis l’accent sur «la promotion de la sécurité, de la démocratie, de la prospérité économique et des droits de l’homme».

Climat, Israël et Chine

Sur le fond, plusieurs engagements du futur président du Brésil entrent en résonnance avec la politique américaine. Donald Trump peut notamment espérer un renfort sur deux décisions qui l’ont vu totalement isolé sur la scène internationale : le changement climatique et les relations avec Israël.

Fervent soutien de la filière agroalimentaire, Jair Bolsonaro semble donner la priorité aux investisseurs plutôt qu’aux écologistes, et a menacé de retirer son pays de l’Accord de Paris sur le climat, comme seul le président américain l’a fait jusqu’ici. Mais il a finalement promis d’y rester s’il garde sa pleine souveraineté sur l’Amazonie.

Le président élu a aussi envisagé de déménager de Tel-Aviv à Jérusalem l’ambassade du Brésil en Israël, ce qu’une seule autre grande puissance a fait jusqu’ici : les États-Unis de Donald Trump.

Le nouveau gouvernement brésilien devrait par ailleurs afficher une plus grande fermeté à l’égard du Venezuela, et renforcer la coalition continentale contre le président Nicolas Maduro menée par Washington. Le Brésilien partage également l’idée d’une nécessaire contre-offensive pour contenir l’expansionnisme de la Chine, qu’il a accusée d’«acheter le Brésil».

Mais les deux présidents ne gouvernent pas dans le même contexte : les États-Unis sont en pleine croissance, tandis que le dirigeant d’extrême droite brésilien a été élu sur fond de crise économique.

Alors que Trump peut engager une guerre commerciale avec Pékin et faire des déclarations tonitruantes sur Twitter, «Bolsonaro va devoir faire beaucoup plus attention à ce qu’il dit, car son économie est beaucoup plus fragile», estime Joel Velasco.

Le Brésil est le premier exportateur mondial de bœuf et le deuxième de soja, des denrées pour lesquelles la Chine et les pays musulmans sont des marchés vitaux. Il devra donc peser attentivement l’impact de ses décisions, ajoute cet expert.

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FREELAND FÉLICITE BOLSONARO... SANS LE NOMMER

OTTAWA — La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a félicité lundi le président élu du Brésil, Jair Bolsonaro, mais en s’abstenant bien de le nommer. Et le premier ministre Justin Trudeau, lui, n’a «rien à dire» sur le politicien d’extrême droite.

Dans une brève déclaration transmise par son bureau au lendemain de cette élection, la ministre Freeland a surtout salué les dizaines de millions de Brésiliens pour avoir exercé leur droit de vote.

«Leur participation témoigne des fortes convictions démocratiques du peuple brésilien», a noté la diplomate en chef du Canada, évoquant la «relation forte» qu’entretiennent Ottawa et Brasilia.

«Nous avons hâte de faire progresser les négociations en vue d’un accord de libre-échange ambitieux et global entre le Canada et les pays du Mercosur, de même que de continuer à promouvoir les valeurs démocratiques et les droits de la personne», conclut-elle.

Quant au premier ministre Trudeau, il s’est montré avare de commentaires. 

«Je n’ai rien à dire sur le président», a-t-il lâché avant d’entrer en Chambre pour aller enregistrer un vote, lundi après-midi.

Celui qui prendra les rênes de la puissance économique sud-américaine a eu le meilleur sur son rival de la gauche Ferrnando Haddad, du Parti des travailleurs, dimanche, au second tour de scrutin, avec environ 55 % des voix.

Le politicien d’extrême droite, un admirateur de la dictature militaire qui a pris fin en 1985 au Brésil, s’est fait remarquer dans le passé pour des propos racistes, homophobes et misogynes. Sa victoire lui a valu un coup de fil du président des États-Unis, Donald Trump.

«Nous avons convenu que le Brésil et les États-Unis travailleraient étroitement ensemble sur le commerce, l’armée et tout le reste. Excellent appel, je l’ai félicité!» a relaté le locataire de la Maison-Blanche sur Twitter.  La Presse canadienne